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Répression

Mises en examen après une action contre Lafarge : l’acharnement contre le mouvement écolo se poursuit

Après les vagues de perquisition et d’interpellations qui ont visé le mouvement écolo, la répression se poursuit sur le terrain judiciaire : mardi, deux personnes ont été mises en examen en lien avec l’action contre Lafarge en décembre 2022.

Seb Nanzhel

12 juillet 2023

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Mises en examen après une action contre Lafarge : l'acharnement contre le mouvement écolo se poursuit

Crédits photo : Révolution Permanente

Après la répression physique, les vagues d’arrestation et la dissolution des Soulèvements de la terre : la répression judiciaire. Mardi après-midi, deux personnes convoquées au tribunal d’Aix en Provence ont ainsi été mises en examen en lien avec une action contre une usine Lafarge près de Marseille, en décembre 2022. Une action au cours de laquelle quelques centaines de militants ont envahi une usine du cimentier et saboté des installations.

Des mises en examen qui font suite aux deux vagues de perquisitions et d’interpellations contre le mouvement écolo menées main dans la main par la sous-direction antiterroriste antiterroriste de la police judiciaire (SDAT), la section de recherche de la gendarmerie de Marseille et avec le concours des forces d’intervention de la BRI, au cours desquelles une trentaine de personnes ont été interpellées et mises en garde-à-vue pendant parfois plus de 80 heures.

Les deux personnes aujourd’hui mises en examen, le photojournaliste Joan Jäger et une militante écolo, avaient ainsi été retenus respectivement 3 et 4 jours au commissariat d’Orléans et dans les sous-sols de la SDAT à l’issue de ces vagues d’arrestations. Elles sont poursuivies pour « association de malfaiteurs » et « dégradation en bande organisée » (Joan Jäger) et «  ‘’association de malfaiteurs’’, et ‘’dégradation aggravée en bande en organisée’’ pour l’incendie de véhicules de chantier, avec un contrôle judiciaire (interdiction d’apparition dans les Bouches-du-Rhône, de manifestation près d’un site Lafarge et de toute communication avec l’autre prévenu)  » pour la militante écologiste, comme le rapporte Reporterre.

Mediapart révèle les moyens impressionnants déployés par les forces de répression pour construire des dossiers à charge à l’encontre des militants : « Après avoir collecté des indices en source ouverte - banderole déployée sur place, vidéos et communiqué relayé sur les réseaux sociaux, déclarations des porte-parole des SLT –, ils ont rassemblé et analysé une masse considérable d’images de vidéosurveillance : dans la rue, à bord de bus municipaux, dans des stations essence, au passage de péages routiers, depuis des propriétés privées. Ils ont ensuite utilisé des logiciels de reconnaissance faciale, et croisé le résultat avec des données téléphoniques (notamment le bornage d’appareil, permettant d’en situer la localisation), mais aussi des empreintes ADN relevées à proximité des faits. La garrigue environnant l’usine Lafarge de Bouc-Bel-Air a été ratissée par la garde républicaine, à la recherche de gants, mégots et autres objets potentiellement porteurs de traces ADN. » Le journal d’investigation révèle également que des membres de la SDAT auraient participé au commandement du dispositif policier déployé contre Sainte-Soline afin de collecter des informations.

Dans la lignée du discours gouvernemental sur « l’éco-terrorisme », et des mensonges d’Etat autour notamment de Sainte-Soline récemment exposés par un rapport de la LDH tous ces éléments sont assemblés de manière à créer une version policière permettant de criminaliser les militants. Mediapart rapporte ainsi la parole de la militante mise en examen, qui explique que « grâce à des niveaux spectaculaires d’intrusion dans la vie privée », les enquêteurs s’appliquent « à instrumentaliser tous les liens au profit du récit policier quitte à manipuler, omettre et traiter parfois de façon contradictoire les données ». « Dans ce dossier, quand ils ne savent pas, c’est qu’il y a infraction, et quand ils ne voient pas, c’est qu’il y a conspiration. », explique-t-elle devant le tribunal.

La mise en examen d’un photojournaliste pour avoir couvert et documenté l’action est également significative de la volonté gouvernementale de criminaliser le mouvement écologiste et de l’isoler, en plus d’une atteinte antidémocratique contre le droit d’informer. Comme l’écrit Reporterre, lors de la mise en garde-à-vue du photojournaliste en juin, l’association Profession : pigiste avait condamné « une nouvelle atteinte grave à la liberté de la presse » quand la secrétaire générale du Syndicat national des journalistes Agnès Briançon expliquait auprès du journal : « C’est aussi pour avoir des informations et des sources, alors que le secret des sources est un secret essentiel au sein de la profession de journaliste. » C’est également un signe du durcissement autoritaire du gouvernement, dans la lignée par exemple des attaques contre la LDH et du non-respect du statut protégé par le droit international de ses observateurs lors de la mobilisation de Sainte-Soline.

La débauche de moyens répressifs et d’outils appartenant à l’arsenal de la lutte antiterroriste à l’encontre des militants écologistes est également significative de la défense zélée du gouvernement du cimentier Lafarge, méga-pollueur et bailleur de fond de Daesh. Un financement du terrorisme international par la firme franco-suisse qui s’était fait avec la complaisance de l’Etat français.

Lire aussi : Répression des opposants à Lafarge. L’Etat défend un méga-pollueur financeur de Daesh

Alors qu’une répression judiciaire d’exception s’abat également sur les jeunes des quartiers populaires qui se sont mobilisés après le meurtre policier de Nahel , et que la BRI mobilisée pour perquisitionner et interpeller les militants écolos est la même qui patrouillait dans les quartiers populaires pour y semer la terreur, cette nouvelle répression judiciaire du mouvement écolo pose la tâche urgente d’un combat d’ensemble contre la répression policière et judiciaire que déploie le gouvernement. A ce titre, il faut s’organiser pour exiger l’amnistie et la fin des poursuites et enquêtes pour l’intégralité des réprimés du mouvement écolo, des quartiers populaires et plus largement de tout le mouvement social. De plus, alors que le gouvernement dissout les Soulèvements de la terre, s’attaque à des organisations autrefois légitimées au sein du régime comme Anticor et la LDH, censure les réseaux sociaux et évoque leur coupure, il est urgent de s’organiser pour faire face au durcissement autoritaire du régime.


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