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Répression

Projections et stands annulés : dans les facs le soutien propalestinien criminalisé grâce à Vigipirate

Contrôles renforcés, interdictions d’événements ou de stands d’organisations politiques et syndicales, la répression du soutien à la Palestine se renforce dans les facs. Un climat répressif favorisé par l’application du plan Vigipirate au niveau « urgence attentat ».

Hugo Simon

19 octobre 2023

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Projections et stands annulés : dans les facs le soutien propalestinien criminalisé grâce à Vigipirate

Crédits photo : Neil Dewhurst (Wikimedia commons)

Suite à l’attentat tragique d’Arras vendredi, le gouvernement a activé le plan Vigipirate au niveau « urgence attentat ». Une mesure qui implique un renforcement des contrôles policiers et une présence accrue de patrouilles militaires, notamment autour des établissements scolaires, et qui facilite la mise en place de mesures liberticides.

Ces dernières n’ont pas tardé à être prises dans les universités. Dès lundi, l’accès était restreint dans de nombreuses facultés avec un contrôle des cartes demandé par les présidences. C’est par exemple le cas à Saint-Quentin-en-Yvelines et à Paris-Cité, comme nous l’ont rapporté des étudiants et personnels suite à des mails de l’administration. Dans le même esprit, à Paris, le quartier de la Sorbonne était rempli de forces de répression avec des contrôles presque à chaque intersection. Quant à Aubervilliers, plusieurs bâtiments de l’EHESS étaient fermés au public. 

Ce renforcement policier et ces restrictions d’accès aux abords des centres universitaires ont aussi été accompagnés d’entraves au droit des étudiants et des personnels à se réunir et à s’exprimer. À l’université Montaigne à Bordeaux, la présidence a ainsi refusé d’attribuer une salle pour la projection du film « Fedayin », retraçant l’histoire du militant pour la libération de la Palestine Georges Ibrahim Abdallah, en raison « des consignes du ministère qui se sont durcies pour des raisons de sécurité », tel que cela a été rapporté aux élus étudiants du Poing Levé.

Mardi, à Paris 1, sur le campus de Tolbiac, le directeur du centre a décidé d’interdire toute table ou stand aux organisations étudiantes et syndicales alors que celles-ci se tiennent habituellement dans la cour de l’établissement. Cette décision arbitraire viendrait, selon la direction du centre, directement de la présidence et serait et en lien avec « tout ce qu’il se passe en ce moment ». Les militants du Poing Levé sur place, qui nous rendent compte de la scène, se sont donc fait interdire la tenue de leur table qui présentait différents tracts et articles informant sur la situation à Palestine au moment où plusieurs milliers de civils ont été tués en quelques jours. 

Ce ne sont pas n’importe quels contenus qui ont été visés, mais en particulier ceux défendant le peuple palestinien, dénonçant le drame terrible que vivent les habitants de Gaza, ou revenant sur l’histoire de la cause palestinienne et la répression dont elle fait l’objet. De telles interdictions s’inscrivent dans le contexte du renforcement du plan Vigipirate et de la criminalisation de tout soutien à la Palestine, et pourraient être le prélude de nouvelles attaques plus larges contre le droit à s’organiser et à militer politiquement sur les universités. 

Le cas de l’université Victoire à Bordeaux en est un exemple. Dans une interview publiée le samedi 14 octobre, le président explique clairement qu’il compte empêcher la tenue d’événements évoquant la situation en Palestine : « Les universités ne laisseront pas prospérer des initiatives visant, sous couvert de débattre de la situation au Proche-Orient, à faire circuler des propos chargés d’antisémitisme.  ». Quelques jours après cette interview, les 16 et 17 octobre l’établissement adressait aux organisations étudiantes de nouvelles consignes de sécurité en lien avec le plan Vigipirate. Elles prévoient par exemple la mobilisation d’un « agent de sécurité équipé d’un directeur de métaux » pour des événements organisés à l’université, et de nouvelles règlementations. Pour les appliquer, il est demandé aux associations débourser leurs propres fonds pour mobiliser des agents supplémentaires sur tous les événements avec une « thématique sensible » ou ayant trait au « mouvement étudiant ». Une façon à peine voilée d’empêcher la tenue de réunions et débats politiques qui résonne avec les déclarations récentes de la présidence. 

L’offensive, favorisée par les dispositions autoritaires du plan Vigipirate, s’inscrit dans la continuité la chasse aux sorcières lancée par la ministre de l’enseignement supérieur, évoquant des cas « d’apologie du terrorisme » de la part « d’associations, de collectifs, parfois d’acteurs de nos établissements », en visant clairement des organisations soutenant la cause palestinienne. La ministre a ainsi appelé à « prendre toutes les mesures nécessaires afin de veiller au respect de la loi et des principes républicains. ». Après la répression de l’État, la criminalisation du soutien à la Palestine se poursuit dans les universités avec l’appui des directions, jusqu’au signalement du syndicat Solidaires Étudiant-es par le président de l’EHESS.

Il s’agit d’une déclinaison sur les facs du climat liberticide ambiant, où tout soutien à Palestine est interdit et considéré comme une apologie du terrorisme, et où les manifestations et rassemblements sont donc empêchés. Les menaces de la censure et de la répression sont désormais particulièrement présentes dans les universités, alors que la jeunesse s’est fortement politisée ces dernières années contre le racisme, les violences policières et l’islamophobie, et que la situation à Gaza y suscite une profonde empathie. 

Face à ces intimidations il faut apporter une réponse large pour briser le carcan sécuritaire qui empêche d’exprimer tout soutien avec le peuple palestinien, à l’image du communiqué unitaire signé par des organisations de jeunesse. Pour imposer notre droit à soutenir la Palestine et endiguer cette offensive autoritaire, l’enjeu est donc de répondre par la mobilisation dans les universités, comme cela a été fait à l’université du Mirail à Toulouse ce mercredi, et dans la rue en rejoignant l’appel à manifester ce jeudi 19 octobre à 18h à Paris et partout dans le pays.


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