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« Il faut élargir et coordonner » : des travailleurs des transports en soutien aux grévistes de Transdev

Les conducteurs Transdev de Coubron (93) et Chelles (77) ont entamé leur 11ème jour de grève ce jeudi. Une délégation de travailleurs des transports est venue rencontrer les grévistes. Une occasion de discuter de l’élargissement de la grève et des possibilités de coordination avec les différents dépôts de région parisienne.

Noah Rapa

1er décembre 2023

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« Il faut élargir et coordonner » : des travailleurs des transports en soutien aux grévistes de Transdev

Onze jours de grève, « la direction propose des miettes »

Avec onze jours de grève à leur actif, la détermination reste forte chez les conducteurs de Coubron et Chelles et aucun bus ne sort. Après des négociations en début de semaine qui n’ont quasiment rien donné, de nouvelles négociations se sont tenus mercredi et jeudi après-midi. La direction propose une augmentation de salaire de 0,7% brut rétroactif depuis le 1er janvier 2023 (équivalent à 13 euros brut pour un conducteur avec 14 ans d’ancienneté), une prime de 500 euros, dégressive en fonction de l’assiduité (seul un agent absent moins de 3 jours dans l’année toucherait 500€ et un agent à partir de 6 jours d’absence à l’année toucherait 0€), une prime d’intéressement exceptionnelle sur l’année 2023 de 200 euros et l’augmentation de la prime tenue, qui passerait de 3€/mois à 18€/mois, rétroactive au 1er janvier 2023.

En d’autres termes, chaque conducteur se verrait augmenter son salaire de 20 à 25 euros net, avec des primes, pour les plus assidus, qui iraient jusqu’à 700 euros pour l’année en cours. « Leurs propositions ne sont pas correctes, ils ne nous respectent pas, mais on reste motivés car maintenant qu’on a fait tout ça on ne peut pas s’arrêter sur ces miettes » s’indigne Samba, conducteur gréviste.

En effet, si les grévistes acceptaient cette proposition, les primes ne couvriraient même pas les journées de salaire perdues durant la grève, sans parler de la perte de pouvoir d’achat due à l’inflation. Pour rappel, ces derniers demandent 200 euros d’augmentation de salaire, une prime d’assiduité de 150 euros et de risque de 100 euros, ainsi que de meilleures conditions de travail.

Hier matin, une délégation de travailleurs des transports (SNCF, RATP, Keolis, Transdev et autres sous-traitants de l’aéroport de Roissy) s’est rendue sur le piquet de grève pour apporter leur soutien. « Ça fait chaud au cœur tous ces soutiens, on sait qu’on n’est pas seuls dans ce combat. Il y a plusieurs métiers et plusieurs entreprises mais on a tous les mêmes problèmes » rajoute Samba. Les différents soutiens ont pris la parole, afin d’échanger avec les grévistes sur leurs différentes expériences de lutte, et sur les tâches que pourraient se donner les grévistes pour gagner.

Elargissement de la grève et auto-organisation

Amine Trari, machiniste Keolis à Montesson et délégué Sud témoigne ainsi de son expérience sur [la grève qu’ils ont menée il y a quelques semaines : « Il y a beaucoup de stratégies d’attaques qu’on a appris avec le temps et les collègues de la RATP qui nous ont aidés et pas que financièrement : il faut bouger, pas rester sur le piquet, parce que sinon on s’étouffe, il faut faire du bruit, aller dans les gares, distribuer des tracts ». Une position qui a fait écho chez les grévistes, qui font eux aussi face à une direction déterminée à casser leur grève en les assignant en justice.

Laura Varlet, cheminote à la SNCF, syndicaliste à Sud-Rail et militante à Révolution Permanente, insiste de son côté sur la nécessité de l’élargissement de la grève et sur le fort potentiel du côté du dépôt de Villepinte, où la grève s’organise et débutera lundi 4 décembre : « La clé aujourd’hui, c’est comment on fait la démarche d’aller voir d’autres secteurs, par exemple Chelles, mais aussi Villepinte, c’est un gros dépôt, ce n’est pas rien qu’ils partent en grève lundi, ce n’est pas le moment de lâcher. »

Face à une direction de Transdev méprisante, qui organise consciemment la mise en concurrence sur l’ensemble de ces dépôts, et alors que les différents salariés des transports ont des problématiques communes, la question de l’élargissement de la grève et de la coordination s’est posée sur le piquet. « Nous aussi à Roissy, on est en grève pour les mêmes revendications que vous et l’embauche des intérimaires, ce que je peux vous proposer c’est qu’on fasse des délégations, qu’on aille dans chaque dépôt pour faire grandir cette boule de neige pour qu’en face ils comprennent que ça ne va pas s’arrêter » propose Nordine, chauffeur Transdev à Roissy, syndicaliste à la CGT Roissy.

Chez Transdev, il existe une multitude d’entités qui composent l’entreprise. Dans le cas de Coubron et Chelles, l’entité s’appelle « Tra Transdev ». Elle dispose d’une certaine autonomie pour appliquer ses propres conditions de travail et niveau de rémunération, en travaillant de concert avec les autres entités de région parisienne, dont l’objectif est d’attaquer séparément et sur le temps l’ensemble des conducteurs de Transdev.

En réponse, cette rencontre a été un premier pas pour les travailleurs des différents secteurs afin de tisser des liens importants et lutter contre la division orchestrée par le patronat, tandis que la colère gronde dans de nombreux dépôts en Ile-de-France et pose l’enjeu de la coordination. « À la RATP on devait tous être transférés au 1er janvier 2028 (loi ouverture à la concurrence) mais ils le disent eux-mêmes : « On fait un calendrier progressif parce qu’on ne veut pas que ça pète en même temps ». Ils veulent empêcher qu’on se coordonne car on a une vraie force de frappe [...] Il faut qu’on discute, qu’on se coordonne et qu’on ait un vrai plan » explique Yassine, délégué syndicale CGT et machiniste au dépôt de Malakoff.

Pour appliquer ce plan ambitieux, Laura Varlet propose de tenir « une réunion la semaine prochaine, entre tous les salariés des transports d’Ile-de-France, notamment à partir des dépôts actuellement en grève ». Pour la suite de la grève, Tayeb Khouira, agent de piste à Roissy et membre du bureau national de Sud Aérien, a lui insisté sur le rôle que jouent les grévistes dans la direction de la grève. « Tant que c’est la base qui prend la décision de continuer cette lutte, vous allez pouvoir gagner. Il ne faut pas se couper de la base. Je dis souvent, ce sont les hommes qui font les syndicats et pas les syndicats qui font les hommes ».

En effet, et contrairement à ce que proposaient certaines organisations syndicales à l’issue de la négociation d’hier, les salariés ont décidé de poursuivre la grève. La nécessité de l’élargissement à d’autres dépôts, à commencer par celui de Villepinte qui devrait démarrer la grève lundi 4 décembre, et de la coordination de tous les secteurs des transports pour faire face aux attaques ensemble, se pose plus que jamais.


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