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Société

Les douves de l'Europe-forteresse

Calais. Eurotunnel inonde ses terrains pour empêcher les migrants de traverser la frontière

jeudi 14 janvier 2016

A. Bronstein

La mesure initialement dévoilée par La Voix du Nord, et confirmée par la compagnie, est radicale : Eurotunnel a détourné les eaux de pluies pour recouvrir 650 hectares de terrain aux abords du tunnel. Un obstacle de plus pour décourager ceux qui fuient la guerre et la misère de se rendre au Royaume-Uni par cette voie.

La logique de renforcement des frontières et du tout sécuritaire se durcit de jour en jour. La société franco-britannique Eurotunnel a confirmé il y a deux jours les mesures draconiennes prises pour empêcher les migrants d’emprunter le tunnel sous la Manche. Le site marécageux de la Belle-Hélène – à Coquelles, près de Calais – qui se situe en contrebas du terminal, à été inondé par l’entreprise, ce qui représente 650 hectares de terrain. Une porte-parole d’Eurotunnel a précisé que « le fait d’utiliser les zones marécageuses fait partie du plan de sécurisation de l’entrée du tunnel », déjà « protégé » par des clôtures de haute sûreté, des barrières infrarouges et des caméras.

Cette stratégie ultra-sécuritaire avait déjà été fortement amorcée en 2015, lorsque la compagnie avait fait déboiser plus d’une centaine d’hectares pour empêcher les réfugiés de se cacher et faciliter l’intervention des forces de l’ordre, détruisant ainsi tout un écosystème. C’est pourtant derrière un prétexte écologique que se cache Eurotunnel pour convaincre du bien fondé de la création de douves artificielles. Ils ont en effet annoncé la plantation de buissons épineux sur la zone, par souci environnemental, bien entendu…

La porte-parole d’Eurotunnel a expliqué que la mesure avait été prise « en concertation avec les autorités », ce qui est loin d’être étonnant. Depuis de nombreux mois, la société et les gouvernements français et britannique jouent à celui qui poussera le plus loin la logique anti-migrants, se renvoyant la balle quant à la responsabilité de chacun dans les nombreux passages clandestins de la frontière. En juillet dernier, Bernard Cazeneuve avait interpellé la compagnie en leur demandant de « s’interroger davantage sur les moyens humains [qu’ils entendent] consacrer à la sécurisation de ce site », rappelant par la même occasion que la présence permanente et exceptionnelle « de 350 CRS et gendarmes mobiles contribue chaque jour à prévenir les intrusions ». En guise de réponse, un mois plus tard, Eurotunnel avait engagé des poursuites contre les deux gouvernements, réclamant 9 millions d’euros pour assurer la sécurité des frontières.

La politique anti-migrants et ouvertement raciste menée par les États européens ne fait que se durcir de jour en jour, en étroite collaboration avec les grandes entreprises qui, lorsqu’elles n’exploitent pas les sans-papiers, participent au renforcement des frontières, qui sont de plus en plus hermétiques. Les libertés individuelles ne s’appliquent pas à tout le monde, preuve en est avec le procès de Rob Lawrie, bénévole dans une association d’aide aux réfugiés, qui avait aidé une fillette afghane de six ans à franchir la frontière franco-britannique.



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