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La Izquierda Diario
8 de juin de 2022 Twitter Faceboock

Sa Majesté est trop bonne
Retraites, minimas sociaux. Borne nous enfume, il faut indexer les salaires sur le coût de la vie !
Joachim Valente

La perte de vitesse du gouvernement dans les sondages oblige Elisabeth Borne à faire des propositions contre l’inflation : 100 balles en septembre, une revalorisation des pensions qui couvre à peine la hausse des prix… Mais surtout beaucoup d’argent public, pour que les patrons n’augmentent pas les salaires !

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Crédits photo : Ludovic Marin / AFP

Alors que la perspective d’une majorité absolue pour le camp macroniste semble s’éloigner un peu plus à chaque sondage, Macron tire la sonnette d’alarme en coulisses. Ni une, ni deux voilà Borne qui sort de nouvelles mesures de lutte face à l’inflation. Un texte qui devrait être présenté en Conseil des ministres, à l’issue des législatives pour passer à l’Assemblée pendant l’été, « sous réserve que le gouvernement ait la majorité » précise Elisabeth Borne.

Car, c’est bien l’angoisse du gouvernement. Alors qu"au sortir de la présidentielle, les sondages prévoyaient une large majorité absolue pour la macronie, le risque d’une majorité relative hante l’exécutif sur fond de dynamique de la NUPES. A quelques jours du premier tour, il s’agit ainsi de sonner le branle bas de combat pour remobiliser un peu son électorat, mais aussi se couvrir sur le volet social qui constitue la principale préoccupation de la population. Une gageure quand on connaît le profil des députés macroniens qui devraient théoriquement défendre leur programme de casse de social et de retour à la retraite à 65 ans. Que répondre donc sur la question de l’inflation lorsque la "remise" de 18 centimes par litre d’essence n’empêche pas que le carburant remonte au-dessus des 2 euros ? Les macronistes se retrouvent ainsi en grande difficultés surtout lorsqu’on se rappelle qu’une de leurs premières mesures il y a cinq ans avait été de dilapider le Code du Travail, de renforcer le pouvoir des employeurs (qui s’en sont allégrement servi pour baisser les salaires pendant le Covid) et de baisser de 5€ les APL, on comprend la difficulté de faire illusion pour les candidats du camp présidentiel. « Il y avait urgence à montrer qu’on agit » témoigne un conseiller de l’exécutif auprès des Echos.

En effet, ce sont surtout des annonces de façade, qui leur a été imposée sous pression des difficultés électorales sur fond d’absence totale de dynamique de Macron depuis son élection, combinée aux scandales à répétitions de l’accusation de viol de Abad au scandale du maintien de l’ordre au Stade de France.

Le cœur des annonces du 7 juin d’Elisabeth Borne concerne la revalorisation des pensions de retraite, et celles des minimas sociaux. Borne propose ainsi de revaloriser de 4 % les pensions de retraite à partir de juillet, le premier versement revalorisé étant effectué début août. Suite à une première revalorisation de 1,1 % en janvier (l’inflation s’élevait à 2,8 % ce mois-ci), la hausse globale sera donc de 5,1 %. Alors même que l’inflation est de 5,2 % en mai ! Les annonces du gouvernement ont donc trois mois de retard sur l’inflation qui va continuer de grimper ! Ce coup de pouce localisé est aussi un geste envers un électorat âgé qui s’est largement mobilisé pour Macron aux présidentielles, et qui devrait voter massivement aux législatives.

Selon les Echos, les minimas sociaux (allocation, RSA, minimum vieillesse, AAH etc.) devraient également être augmentés de 4 %. Après une augmentation de 1,8 % en avril, c’est donc une augmentation globale de 5,8 % qui a lieu.

Ce montant de 4 % est correspond à la projection du gouvernement pour l’augmentation moyenne de l’inflation sur l’année 2022 – alors qu’en ce moment, les projections sont quasi-systématiquement dépassées par la réalité. Ce chiffre est plus bas que celui qui est mis en avant par l’INSEE qui correspond non pas à la hausse moyenne des prix sur l’année 2022, mais au comparatif mois par mois de l’indice des prix à la consommation entre 2021 et 2022 (par exemple les prix de mai 2022 étaient 5,2 % plus chers qu’en mai 2021), appelé glissement annuel. La moyennisation sur une année est parfois utilisée par certaines entreprises pour justifier des augmentations de salaire plus basses que celles revendiquées par les salariés, alors même que c’est le glissement annuel qui est utilisé pour la revalorisation du SMIC.

Comme l’avait annoncé Macron dans son interview fleuve à la presse quotidienne régionale, les 18 centimes de remise à la pompe seront maintenus jusqu’en août avant d’aller vers un autre dispositif pour les « gros rouleurs ». Mais les surprofits de Total seront laissés en lieu sûr, dans les poches des actionnaires.

Concernant les loyers, les grands propriétaires et les promoteurs qui soufflent à l’oreille du gouvernement (et qui ont pris l’habitude de se gaver réforme après réforme gouvernement de gauche comme de droite) auraient vu d’un très mauvais œil le gel des loyers. Borne propose donc une sous-indexation de l’indice des loyers qui, à l’inverse des salaires et des pensions, est bien indexé sur l’inflation. La revalorisation se produit à la rentrée, à un moment de fortes dépenses pour les foyers, avec la rentrée scolaire, alors que l’inflation devrait atteindre les 10 % dans la zone euro en septembre. Une bombe sociale à retardement, où le gouvernement propose un compromis en faveur des propriétaires.

Bruno Le Maire de son côté, fidèle aux traditions de la macronie qui visent à revendiquer comme une action gouvernementale des mécanismes qui sont inscrits dans la loi, s’est targué sur BFM d’indexer les seuils des tranches d’impôt sur l’inflation. Borne ministre du Travail, avait déjà appliqué ce genre de combines cherchant à s’attribuer comme une mesure de bonté, les hausses automatiques du SMIC. La mesure rappelée par Bruno Le Maire et qui a été reprise par toute la presse comme fruit de sa volonté, permet que les hausses de salaire pour compenser l’inflation ne fasse pas passer des salariés sur la tranche supérieure d’impôt. Un risque plutôt faible en réalité quand on sait la réalité des augmentations proposées par le patronat dans de nombreuses entreprises : 1,8 ; 2,5 voire les jours de fête 3 % quand l’inflation est de plus de 4,5 % depuis le mois de mars et que les augmentations n’ont souvent pas suivi l’inflation (certes faible mais existante) depuis des années !

Après des dizaines d’annonces contradictoires, Borne annonce également la mise en place d’une indemnité inflation, versée directement sur le compte des salariés en septembre, qui permettra grosso modo de se payer un plein ou un caddie de courses. Le montant n’a pas été précisé, selon les sources, il oscillerait entre 50 et 150€. Il faut tout le mépris de la haute administration de l’Etat et des grandes entreprises pour croire que la promesse de 100 balles dans trois mois va rendre le sommeil plus léger aux travailleuses et aux travailleurs qui doivent se serrer la ceinture sur à peu près tout, et déjà pensent leur programme de vacances à la baisse !

Plus tard, un chèque alimentaire devrait être mis en place pour « mieux manger » et acheter des produits bio. Le peuple veut du pain, il devrait manger de la brioche ! Qu’ils sont bêtes ces pauvres à vouloir manger si mal, il faut les aider en trouvant un moyen de faire dépenser ces subventions uniquement vers des produits bio et/ou de bonne qualité. Mais c’est bien la pression sur les salaires qui obligent les gens à manger moins bien, et le résultat de la politique macroniste dont les députés sont les VRP de l’industrie phyto-sanitaire, eux qui ont reculé sans cesse les quelques petites lois qui auraient permis de limiter l’utilisation de pesticides et de perturbateurs endocriniens ! La seule manière pour que les gens mangent mieux, c’est d’augmenter en urgence les salaires, vite et fort : +300€ pour toutes et tous, et de les indexer sur l’inflation !

Mais ce qui donne des sueurs froides aux grand patronat, c’est en réalité la perspective de l’indexation des salaires sur le coût de la vie. Que l’État dépense quelques milliards sans engagement dans la durée, pourquoi pas, mais indexer les salaires sur l’inflation et les augmenter de manière généralisée les terrifie. C’est l’état d’esprit qui ressort des plans de la CPME (Confédération des Petites et Moyennes Entreprises) pour faire face à l’inflation : reverser un peu aux salariés mais par des primes, des heures sup’ (sans cotisations sociales cela va sans dire), de l’intéressement et le plus possible en flexibilisant. Le patronat veut individualiser les primes pour ne pas être obligé de les donner à tout le monde, briser la solidarité entre les travailleurs et rendre ceux-ci plus dociles. « C’est un bon outil de partage de la valeur, mais contrairement à l’intéressement, qui va à tous les salariés et qui est peu adapté aux PME, la prime Macron gagnerait à être individualisée au moins en partie, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui où elle doit se verser collectivement ou par catégorie », se plaint Eric Chevée, vice-président de la Confédération des PME auprès des Echos.

Mais c’est plutôt l’inverse que l’on voit se produire dans de nombreuses entreprises où les salariés luttent souvent pour la première fois. Dans les négociations d’entreprise, on a vu les salariés préférer les augmentations générales pour tous et imposer aux syndicats de refuser les augmentations individuelles. De plus en plus, on voit fleurir des revendications qui, au lieu de revendiquer des augmentations en pourcentage, revendiquent des augmentations communes : +200€, +300€ pour tous !

Les augmentations de Borne répondent à certaines exigences du patronat, avec la promesse du triplement de la prime Macron. Pour rappel, cette prime, jusqu’ici exonérée d’impôt et de cotisations, pouvait être versée par l’employeur pour les salariés qui touchent moins de trois SMIC, dans la limite de 1000€. Limite étendue à 2000€ pour les entreprises ayant un accord d’intéressement ou employant moins de 50 salariés. Ces plafonds passent donc respectivement à 3000 et 6000€. Alors que les dividendes versés aux actionnaires des entreprises du CAC40 ont bondi de 84 % (!), il est clair que les patrons ont de l’argent à ne plus quoi savoir en faire. Face aux risques de colère sociale provoquée par l’inflation, Macron leur donne les moyens de donner un peu, mais quand ils veulent, pas sur la durée, et exonéré de cotisations pour le chômage et nos retraites !

Ainsi quand les prix s’envolent, les annonces du gouvernement restent au ras du sol. Toujours les mêmes propositions éculées qui servent en réalité de bouclier anti-augmentation de salaire pour les patrons. L’argent public est déversé en masse en espérant que les salariés regarderont moins du côté des bénéfices de leurs employeurs en réclamant leur dû. Mais, le gouvernement le répète, cela se fera sans hausse d’impôt (et surtout pas sur les plus riches dont les profits explosent), mais en « maîtrisant l’augmentation de nos dépenses là où cela est possible » dixit Gabriel Attal dans le Monde. Ou traduit de la langue de bois des technocrates en français : rogner là où il faut dans les dépenses publiques et faire passer les classes populaires à la caisse. Réforme France Travail pour s’attaquer encore un peu plus à l’assurance-chômage (déjà lacérée par les réformes de Borne), réforme des retraites avec recul de l’âge de départ à mettre en application dès l’été 2023, dépecer l’Education Nationale, finir de saccager l’hôpital public (ce qu’il faut comprendre par les « priorités » du quinquennat dans les domaines de l’éducation et de la santé). Et face aux tendances récessives qui pointent à l’horizon des prochains mois dans la zone euro, on expliquera aux gens qu’il faut se serrer la ceinture pour faire face ensemble à des temps difficiles. Bref, ce que Borne donne aujourd’hui de la main gauche, elle le reprendra de la main droite et de force dans notre poche plus tard !

Le seul plan qui vaille face à l’inflation galopante est celui qui vise à faire payer la crise aux capitalistes, pas aux travailleuses et aux travailleurs. Pour cela une seule solution, augmenter les salaires de 300€ tout de suite, indexer les salaires sur l’inflation tous les mois et bloquer les prix des loyers et des produits de première nécessité.

On le voit les capitalistes ne sont pas près à nous faire des concessions. Ces revendications ne pourront s’arracher que par des actions massives de grève, en augmentant le rapport de force contre les patrons et leur gouvernement comme se préparent à le faire les dizaines de milliers de travailleurs des différentes entreprises de l’aéroport de Roissy en région parisienne, en se mettant en grève tous ensemble pour partir à la conquête de leurs augmentations de salaire !

 
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