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1er de juin de 2022 Twitter Faceboock

Santé
Crise des urgences : « Le gouvernement fait l’ignorant mais cela fait des années que nous alertons »
Kenza Adel

Alors qu’Emmanuel Macron a annoncé mardi le lancement d’une mission d’informations concernant la crise dans les services d’urgence, certains ont réagi aux déclarations. Sylvain Murat, brancardier au CHU de Bordeaux que nous avons interrogé, dénonce un enfumage de la part du gouvernement, responsable de la situation critique dans les urgences.

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© / AFP

« Cela reste des annonces, personnellement je m’en méfie fortement. Je n’ai plus aucune confiance dans ce gouvernement : on voit différentes politiques se succéder dans la santé, mais les résultats seront les mêmes tant qu’on n’accouchera pas des vrais problèmes ». C’est ainsi que Sylvain Murat, brancardier au CHU de Pellegrin à Bordeaux et représentant Sud Santé Sociaux, a accueilli les déclarations d’Emmanuel Macron au sujet de la crise dans les urgences hospitalières. Hospitalier depuis environ une quinzaine d’années, il fait partie du service de transport interne des patients (STIP) de la pédiatrie et la maternité, et intervient régulièrement auprès des urgences pédiatriques, dont il a constaté au fil du temps la dégradation des conditions de travail.

Mission enfumage ?

« Le gouvernement fait l’ignorant mais les problèmes sont connus. Les syndicats, les collectifs, les coordinations ne cessent de faire des propositions : les directions d’hôpitaux et le gouvernement n’entendent que ce qu’ils veulent. L’exécutif cherche avant tout à gagner du temps en période électorale. Mais si nous ne sommes jamais entendus, c’est bien que ses intentions sont toutes autres ».

En déplacement à Cherbourg mardi, le chef de l’État a en effet annoncé le lancement d’une mission d’informations pour diagnostiquer la crise dans les urgences, et identifier « territoire par territoire, là où sont les manques », comme si celle-ci n’étais pas connu. Confiée au chef des urgences du CHR Metz-Thionville et au président de Samu-Urgences de France François Braun, la mission devra rendre ses conclusions à la nouvelle ministre de la Santé Brigitte Bourguignon au début de l’été, afin d’établir un plan à décliner à l’échelle des 1200 intercommunalités françaises, selon les annonces du gouvernement, qui semble découvrir la crise de l’Hôpital public. Le chef de l’Etat a également annoncé la tenue d’une énième conférence sur la santé « avec toutes les parties prenantes de l’accès aux soins urgents ».

Une logique de casse de l’Hôpital public

Si le gouvernement défend le bilan mené dans la santé ces cinq dernières années, notamment au travers du Ségur, ainsi que l’augmentation de 183 euros attribuée aux soignants, ces mesures sont insuffisantes pour pallier au manque de moyens structurels dont souffre l’Hôpital public. « Le Ségur a été un chantage bien plus qu’une négociation, mené sur un calendrier très court. On vous augmente mais sans vous dire combien on vous doit : entre le gel du point d’indice depuis des années et l’augmentation du coût de la vie, 183 euros ne rattrapent pas le pouvoir d’achat. Il ne s’agit pas seulement des salaires : quand vous êtes infirmière et que vous devez gérer seule vingt patients, une augmentation ne suffit pas ».

Pour Sylvain Murat, les départs massifs de soignants des services d’urgences est lié à la dégradation de leurs conditions de travail contre laquelle rien n’est fait, et qui se voient empirer par les logiques comptables auxquelles sont soumises les services de soins. « Les DRH savent que ce n’est pas qu’une question d’argent. Certains agents ne peuvent pas poser de vacances quand ils le souhaiteraient, ils travaillent en sous effectifs continuellement. Les soignants tiennent parce qu’ils aiment leur métier, mais cela fait des années que nous tirons la sonnette d’alarme, y compris aux urgences. Et les campagnes de communication du gouvernement et des CHU, comme celle menée à Bordeaux invitant les soignants « à être fières » de leurs métiers ne changeront rien, tant qu’on n’améliorera pas les conditions de travail. »

Un risque pour la prise en charge des patients

En dernière instance, loin de vouloir quantifier les besoins en personnel et renforcer l’offre de santé publique, le gouvernement cherche à faire plus avec toujours moins de moyens. « On assiste à un sabotage en règle des services publics depuis plusieurs années », explique ce brancardier. « C’est une logique de privatisation, notamment avec la tarification à l’acte, qui vise à rentabiliser les soins. Ce n’est pas possible de résonner de façon marchande pour les services publics. A Bordeaux, alors que les urgences adultes du CHU fermaient la nuit, on voyait l’ouverture des urgences de la clinique du Tondu. S’il n’y a pas de lien de causalité, cela reste un symbole fort du délitement du public. La privatisation de la santé va signifier un accès inégal. En fin de compte, le principal à en pâtir est le patient », déplore Sylvain Murat.

Alors que près de 120 services voient leurs activités réduites en raison du manque de personnel, soit quasiment 20% des urgences publiques et privées sur le territoire, les soignants redoutent une saturation des urgences cet été. Réceptacle des dysfonctionnements et du manque de moyens dans les services hospitaliers, ainsi que de la saturation de la médecine de ville, les urgences et la crise qu’elles traversent sont significatifs du délitement de l’Hôpital public suite à des années de politiques de casse.

Il est nécessaire de construire une riposte à la hauteur de la gravité de la situation, en se saisissant des trois semaines d’actions dans les établissements de santé (du 31 mai au 7 juin) ainsi que de la mobilisation nationale convoquée le 7 juin par l’intersyndicale : une mobilisation qui doit être menée aux côtés des usagers, premières victimes de ces logiques de privatisation.

 
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