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17 de mai de 2022 Twitter Faceboock

Make it a law !
USA : pour un avortement libre, gratuit et accessible à toutes !
Madeleine Freeman, LeftVoice

Nous relayons ci-dessous le texte d’une camarade américaine publié sur LeftVoice qui revient sur la lutte pour le droit à l’avortement aux États-Unis : « la lutte pour une loi qui rende l’avortement sûr, gratuit et accessible à toutes ne sera possible que grâce à un mouvement organisé sur nos lieux de travail, dans les écoles et dans les rues. »

Link: http://www.revolutionpermanente.fr/USA-pour-un-avortement-libre-gratuit-et-accessible-a-toutes

Crédits photo : Luigi Morris

Après la fuite d’une décision indiquant que la Cour suprême des États-Unis est sur le point de supprimer Roe v. Wade, des dizaines de millions de personnes à travers les États-Unis sont à juste titre terrifiées et indignées. Nous savons que la droite n’a pas l’intention de s’arrêter là : ce n’est qu’un obstacle de plus éliminé sur le chemin de la criminalisation de l’avortement au niveau des États, l’interdire au niveau national c’est créer un précédent pour ensuite attaquer d’autres droits.

Bien que beaucoup disent que nous devons porter notre colère dans les urnes, nous ne pouvons plus miser sur une stratégie perdante. Au contraire, un mouvement de masse est notre meilleure défense contre ces attaques contre nos droits - des attaques destinées à nous opprimer et à nous priver de tout pouvoir. Un tel mouvement, qui tire sa force de l’action des gens dans la rue, sur leur lieu de travail et dans les écoles contre les attaques de la droite, pourrait empêcher que la décision soit annulée par les tribunaux.

Mais si nous avons appris quelque chose depuis 1973, c’est que les précédents ne suffisent pas. Nous devons exiger que le droit à un avortement libre, sûr, légal et universel devienne immédiatement une loi nationale - sans exception, sans excuses et sans être obligées de parcourir des centaines de kilomètres à travers les frontières des États. Il faudra pour cela s’attaquer à certaines des institutions américaines les plus antidémocratiques avec un mouvement de masse comme ceux qui ont permis à des millions de personnes d’obtenir le droit à l’avortement en Argentine et en Irlande.

Le droit à l’avortement a été rogné sans cesse depuis Roe v. Wade

L’arrêt Roe v. Wade est censé avoir légalisé l’avortement aux États-Unis et protéger les femmes contre les tentatives du mouvement de droite anti-avortement d’exploiter notre autonomie corporelle pour ses intérêts politiques.

Mais toute personne qui a déjà cherché à obtenir des soins gynécologiques aux États-Unis sait que la réalité de la vie après Roe a toujours été très différente. Bien que l’avortement ait pu être protégé par la décision, il n’a jamais été un droit universel. Roe v. Wade a interdit aux États de criminaliser l’avortement jusqu’à un certain point, décriminalisant de facto l’avortement sans le légaliser purement et simplement. Mais cela n’a pas empêché les gouvernements des États de droite d’imposer les lois les plus restrictives possibles, des périodes d’attente imposées de 24 heures avant de pouvoir avorter aux lois exigeant une autorisation parentale.

Mais l’accès à l’avortement n’a pas été menacé uniquement par la droite. Roe v. Wade n’a pas empêché les cliniques d’être fermées année après année, avec le soutien des deux partis au pouvoir, en raison d’un manque de financement. L’amendement Hyde, promulgué sous le président démocrate Jimmy Carter et soutenu par Joe Biden, interdisait le financement fédéral des soins liés à l’avortement. De fait, le nombre de cliniques indépendantes pratiquant l’avortement a diminué de plus de 30 % au cours des dix dernières années. De nombreuses autres ont fermé pendant la pandémie et il est peu probable qu’elles réouvrent leurs portes.

Existant dans les limbes d’un précédent établi par une décision de la Cour suprême, le droit à l’avortement n’a jamais été à l’abri des attaques de l’État et n’a jamais été garanti à tous.

Les limbes du précédent

D’un simple trait de plume, la Cour suprême a décidé ce que des centaines de millions de personnes peuvent faire de leur corps et de leur avenir, allant ainsi à l’encontre de la volonté de la majorité des citoyens des États-Unis qui, non seulement souhaitent le maintien de l’arrêt Roe v. Wade, mais qui soutiennent la légalisation pure et simple de l’avortement. Pendant près de 50 ans, un droit crucial - celui de l’autonomie corporelle - a été entre les mains de l’une des institutions les plus manifestement antidémocratiques des États-Unis.

En réalité, de nombreuses libertés de la majorité des personnes aux États-Unis - en particulier les secteurs les plus opprimés de la société - ont été décidées par la Cour suprême, qu’il s’agisse du mariage interracial et homosexuel, de l’interdiction de la ségrégation et de la discrimination dans les écoles. Dans de nombreux cas, la Cour a limité ces libertés, du maintien de l’esclavage à la restriction du droit de vote.

Bien qu’elle prétende être au-dessus de la politique, la Cour suprême restreint ou étend nos libertés en fonction de l’évolution de la situation politique, en réponse aux crises sociales, politiques et économiques du système - n’oublions pas que c’est un mouvement de masse de féministes américaines qui a poussé la Cour à se prononcer en faveur du droit à l’avortement dans l’affaire Roe contre Wade. Cela a tout à voir avec la politique : veiller à ce que la classe dirigeante puisse faire avancer ses propres intérêts contre la volonté et les besoins de la majorité des personnes vivant aux États-Unis.

Tant que le droit à l’avortement était nominalement protégé par les précédents de la Cour suprême, il était toujours en danger, soumis aux caprices de neuf juges non élus, soutenus par les institutions et la classe qu’ils représentent. Aujourd’hui, ces juges veillent à ce que les avortements redeviennent des opérations clandestines pratiquées par des personnes qui risqueront leur vie, et à ce que les avortements redeviennent des condamnations à mort pour beaucoup. L’accès à l’avortement n’a jamais été une question d’obtenir les bons juges ou le bon nombre de juges sur le banc des tribunaux - il s’agit d’un système qui survit financièrement et politiquement en jouant avec les options de centaines de millions de personnes.

La promesse de campagne éternelle

Cela ne signifie pas que le recul du droit à l’avortement était inévitable. Toute une série d’autres méthodes institutionnelles et de manœuvres politiques de la part des républicains comme des démocrates nous ont conduits là où nous sommes aujourd’hui.

Étant donné qu’il est peu probable que la Cour revienne sur son projet de décision, les militants et les organisations communautaires exigent la codification de Roe v. Wade dans la loi afin de protéger l’accès à l’avortement. Cette revendication a depuis été repris par les politiciens du parti démocrate, de la représentante Alexandria Ocasio-Cortez au sénateur Chuck Schumer.

Une telle législation a longtemps été une promesse de campagne du parti démocrate auprès d’une base qui soutient massivement le droit à l’avortement. Pourtant, malgré des décennies d’opportunités et de multiples présidences démocrates, la tentative de codifier l’accès à l’avortement dans la loi a échoué à chaque fois - de manière accablante, même lorsque les démocrates détenaient à la fois la présidence et le Congrès, comme aujourd’hui.

Le parti démocrate se sert de l’avortement comme d’un levier à chaque cycle électoral - parfois en en faisant une question primordiale lorsqu’il craint de perdre le soutien de sa base de gauche, d’autres fois en l’oubliant commodément lorsqu’il doit pivoter pour attirer des électeurs plus modérés. Cependant, lorsqu’il s’agit d’adopter une législation pour défendre nos droits contre les attaques de la droite, les démocrates n’ont que des excuses à offrir. Ils pointent tout du doigt : le filibuster (obstruction parlementaire), les élus démocrates anti-avortement, la polarisation et l’extrême droite. Mais les démocrates - y compris les progressistes comme Bernie Sanders - soutiennent continuellement les candidats pro-vie et font campagne pour eux. Ils le font même aujourd’hui, alors que l’arrêt Roe a été annulé.

Il est vrai qu’il existe des obstacles institutionnels à l’inscription du droit à l’avortement dans la loi. Mais ils ne sont pas insurmontables - ce sont simplement des lignes que les démocrates ne veulent pas franchir parce que cela risque d’endommager les institutions qu’eux-mêmes et les républicains protègent.

Le débat sur le filibuster en est un excellent exemple. Certains démocrates ont repris l’appel à la « réforme » ou même à la suppression du filibuster, mais la direction du parti n’a pas l’intention d’y donner suite. Chuck Schumer a refusé de manière flagrante de soumettre la question à un vote au Sénat. De leur côté, les politiciens progressistes qui appellent à mettre fin au filibuster refusent de sortir de la ligne du parti pour faire pression en ce sens. Au lieu de cela, les démocrates ont décidé de s’en tenir à la stratégie perdante consistant à soumettre au vote une législation sur l’avortement dont ils savent qu’elle va échouer.

Mais il ne s’agit guère plus que d’un choix pour renforcer les perspectives de mi-mandat des Démocrates en se positionnant comme le « moindre mal » par rapport aux Républicains. En effet, capitaliser sur la peur de perdre le droit à l’avortement s’est jusqu’à présent avéré très lucratif pour les aspirations du parti démocrate aux élections de mi-mandat - dans les deux semaines qui ont suivi la publication de la décision, les démocrates ont reçu plus de 7 millions de dollars de dons.

Pour sa part, Joe Biden - bien qu’à divers moments de sa carrière politique il ait agi pour limiter le droit à l’avortement - s’est présenté comme un défenseur du droit à l’avortement, promettant dans sa campagne en 2019 de codifier Roe v. Wade. Biden a récemment réitéré cette promesse, en la modifiant quelque peu pour montrer la situation désastreuse des démocrates à l’approche des midterms :

« Si la Cour annule Roe, il incombera aux élus de notre nation à tous les niveaux de gouvernement de protéger le droit des femmes à choisir. Et il incombera aux électeurs d’élire des représentants pro-choix en novembre prochain. Au niveau fédéral, nous aurons besoin d’un plus grand nombre de sénateurs pro-choix et d’une majorité pro-choix à la Chambre des représentants pour adopter une législation qui codifie Roe, que je m’efforcerai de faire passer et de signer en tant que loi ».

Mais nous ne pouvons pas attendre jusqu’en novembre. Dans quelques semaines, des dizaines de millions de personnes n’auront plus d’accès, même limité, à des soins de santé qui, sans conteste, sauvent des vies. Pendant des décennies, les politiciens nous ont convaincus que nous étions impuissants pour stopper ces attaques. Ils nous disent d’exprimer notre colère et notre peur dans les urnes, élection après élection, pour s’assurer que même le droit nominal à l’avortement ne soit pas supprimé.

Mais nous ne pouvons plus retenir notre souffle. Il est temps de lancer un cri puissant et unifié pour défendre notre droit de choisir ce que nous faisons de notre corps et de notre avenir. Et cela signifie qu’il faut s’attaquer à la Cour suprême, au Sénat, à l’obstruction et à toutes les mesures antidémocratiques de l’État qui se dressent sur notre chemin.

C’est notre combat pour en faire une loi

Un mouvement de masse pour inscrire le droit à l’avortement dans la loi - et le défendre - nécessitera l’action coordonnée de tous ces millions de personnes qui sont indignées par la décision de la Cour suprême. Il faudra que les organisations sur nos lieux de travail, dans nos écoles et nos communautés descendent dans la rue pour montrer à la droite que nous sommes prêts à riposter. Avec un tel mouvement - dirigé démocratiquement par des assemblées et des travailleurs organisés en comités pour défendre le droit à l’avortement sur leur lieu de travail, dans les syndicats et dans tous les secteurs - nous pourrons lutter pour que l’accès universel à l’avortement devienne la loi du pays.

Mais nous ne partons pas de zéro. Nous avons des exemples sur la façon de transformer, ce que les politiciens nous ont dit être impossible de faire, en une réalité, comme les féministes en Argentine et en Irlande qui se sont organisées pendant des années pour rendre l’avortement légal.

Lorsque nous nous organisons indépendamment des politiciens capitalistes, nous pouvons voir que leurs excuses pour expliquer pourquoi l’avortement ne peut pas être un droit universel ne sont que des excuses. Et avec un tel mouvement, nous n’avons pas à limiter nos demandes à n’importe quelle loi édulcorée que le Congrès négociera ensuite pour apaiser la droite. La loi de 2021 sur la protection de la santé des femmes, par exemple, que les démocrates ne parviennent pas à faire adopter depuis plus d’un an maintenant, codifierait Roe v. Wade. C’est certainement un pas en avant dans la défense de l’avortement contre les attaques de la droite, mais cela ne suffit pas à en faire un droit universel.

Cette loi ne supprime pas les obstacles systémiques qui empêchent l’accès à l’avortement et aux autres services de santé. Au lieu de rendre les services d’avortement gratuits, elle les soumet à l’industrie meurtrière de l’assurance américaine qui gagne des milliards de dollars tout en refusant des soins de santé à des centaines de millions de personnes. Mais avec notre propre mouvement, fort de millions de personnes, nous pouvons nous battre pour ce que nous voulons réellement, selon nos propres termes : un avortement gratuit, légal, sûr et sur demande.

La codification de l’avortement dans la loi fédérale n’est pas une solution miracle ; les droits garantis par la loi et l’accès ne sont pas la même chose. De nombreuses personnes - dont la grande majorité appartient à la classe ouvrière, aux pauvres et aux personnes de couleur - ont toujours eu du mal à trouver des professionnels de santé, à se rendre dans les cliniques et les hôpitaux, et à payer les opérations et les traitements. Et sans un mouvement prêt à le défendre, l’avortement sera toujours utilisé par les politiciens capitalistes comme monnaie d’échange pour galvaniser leurs bases respectives.

Dans la lutte pour la défense du droit à l’avortement, une loi légalisant l’avortement serait une victoire pour des centaines de millions de personnes à travers les États-Unis. Elle sera durement gagnée dans la rue - pas dans les tribunaux, pas au Sénat, et pas par les démocrates et leurs alliés. Le chemin vers une loi fédérale garantissant le droit à un avortement libre, sûr et légal sur demande sera pavé de l’intervention des centaines de millions de personnes dont la vie en dépend. Et avec un tel mouvement en place, une loi fournirait la base pour à la fois défendre notre droit à l’avortement contre toute attaque de la droite et pour se battre pour beaucoup plus.

Traduction : Cécile Manchette

 
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