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16 de février de 2022 Twitter Faceboock

Présidentielles 2022
Macron veut achever de dynamiter le statut des enseignant.e.s et mettre fin à l’emploi à vie
Tristane Chalaise

Alors que le président n’a toujours pas officiellement lancé sa candidature, son entourage a laissé fuiter dans les médias les mesures qu’envisage de prendre Macron pour poursuivre ses réformes de l’Éducation. Véritable bombe, le président envisage de mettre fin au « recrutement à vie » des enseignant.e.s. Une attaque qui marquerait le coup final de la casse du statut de fonctionnaire et du service public d’Éducation.

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Crédits Photo : AFP/STEPHANE DE SAKUTIN

Recrutement, flexibilisation… en finir définitivement avec le statut des enseignants

« S’attaquer à la structure même de l’administration » : c’est, de l’aveu même des proches d’Emmanuel Macron, le fondement des mesures-choc relayées par France Info. Le président envisage pêle-mêle de mettre fin au CAPES (concours de recrutement pour enseigner en collèges et lycées), d’en finir avec le recrutement à vie des enseignants (ce qui revient à supprimer le statut de fonctionnaire), et de fusionner l’Education nationale (déjà fusionnée avec la jeunesse et les sports) avec les ministères de l’enseignement supérieur et de la culture.

Des mesures destinées à parachever l’œuvre de Jean-Michel Blanquer. Déjà en août, l’actuel ministre de l’Education nationale annonçait que « les concours ne sont peut-être plus nécessaires. », après avoir été à l’origine d’une réforme dénoncée comme un « recul considérable » pour le recrutement et la formation des enseignants. Depuis 2021, le concours est repoussé d’un an, tandis que des étudiants qui se destinent à l’enseignement peuvent enseigner 8h par semaine, seuls devant des classes, pour des salaires s’étendant de 693€ à 980€ net/mois… Un moyen de contractualiser et de précariser davantage les personnels, tout en faisant toujours plus d’économies, au détriment de la qualité de l’enseignement et des conditions de travail, avec des enseignant.e.s envoyés devant des classes sans formation ni accompagnement.

La « fin du recrutement à vie » s’inscrit dans la même logique et vise avant tout à supprimer des fonctionnaires pour les remplacer par des contractuels, qui ont l’avantage pour le gouvernement d’être moins chers et corvéables à merci. Un « dégraissage » déjà largement mis en œuvre sous le ministère Blanquer, avec un record de 7 490 suppressions de postes depuis 2017, selon des syndicats supposées être compensées par 2 500 (re)créations, uniquement pour le primaire. Le ministère Blanquer a aussi vu l’accentuation des contraintes pesant sur les personnels, avec la multiplication des heures supplémentaires et des tâches, ainsi que de « l’uberisation » croissante des contractuels et titulaires, de plus en plus chargés de cours dans plusieurs établissements pour boucher les trous.

Réduire au strict minimum le service public d’éducation et accroître la privatisation de l’école

La réforme du lycée mise en place par Blanquer à partir de 2018 a profondément renforcé les inégalités déjà existantes entre les élèves, mettant fin aux filières et au caractère national du baccalauréat, ce qui renforce la concurrence entre les établissements et la relégation des élèves n’appartenant pas aux lycées d’élite. A tel point que le ministre lui-même est aujourd’hui contraint de remettre en question des aspects de sa réforme, notamment suite à la parution d’enquêtes qui démontrent que la réforme du baccalauréat a approfondi les inégalités de genre.

De la même façon, les réformes en cours de l’école prioritaire, qui visent à retirer un maximum des moyens alloués pour les redistribuer « selon les besoins » vont encore aggraver la situation dans ces établissements. Dans les REP et REP+, l’écart avec les autres établissements est en augmentation, les seuls dédoublements en CP étant loin d’être la solution miracle à laquelle voudrait faire croire Blanquer. A l’inverse, les cadeaux à l’enseignement privé catholique se sont multipliés sous le ministère Blanquer, avec, notamment, l’autorisation pour ces établissements de rentrer dans l’éducation prioritaire, qui leur donne accès à de nouvelles enveloppes de l’Etat.

En réalité, il s’agit d’un processus de privatisation croissante enclenchée par le gouvernement, qui cherche à déreglementer le secteur de l’éducation privé, surtout lorsqu’il est catholique. C’est ce dont témoigne la déreglementation des salaires des enseignants du privés que le gouvernement a permis depuis le mois de février, cherchant ainsi, dans le modèle de la privatisation de la SNCF à faire pression à ce que les salariés du public se tourne vers le privé.

Le Grenelle de l’Education nationale a lui-même entériné le choix de libéraliser le fonctionnement de l’école, prévoyant d’accorder davantage d’autonomie aux établissements, prévoyant de donner davantage de pouvoir aux directeurs et directrices d’école et aux chefs d’établissement. L’objectif est, à plus ou moins long terme, de permettre le recrutement des enseignants par les chefs d’établissement, ainsi qu’une rémunération « au mérite », soumise à l’appréciation de la hiérarchie.

Pour 2022, Macron prévoit ainsi de mener jusqu’au bout les attaques contre le service public d’éducation et d’achever la dissolution du vernis égalitaire qu’il pouvait avoir jusque-là. C’est probablement dans l’esprit de ces réformes libérales et managériales qu’Emmanuel Macron envisagerait de nommer Bruno Lemaire, actuel ministre de l’Economie et des Finances, à la tête de l’Education nationale.

Contre Macron, exigeons un statut pour tous et des moyens pour l’école publique !

Alors que le quinquennat Macron a vu s’approfondir encore la casse du service public, que ce soit dans l’éducation, les transports, la santé, nous nous opposons à toutes les réformes qui visent à précariser et dégrader encore les conditions de travail des personnels, tandis que les usagers sont de plus en plus maltraités.

Plutôt que de « dégraisser le mammouth », selon la formule éculée, nous luttons contre la casse du service public tout en exigeant au contraire un plan d’investissement massif, plus de moyens et des augmentations des généralisées et immédiates de salaires de 400 euros pour tous. Et de l’argent, il y en a ! Il s’agit de ponctionner les profits records réalisés par les grands patrons et les actionnaires. Pour rappel, alors même que le gouvernement prend le prétexte de la crise économique et sanitaire pour réduire toujours plus les budgets des services publics, les entreprises du CAC 40, largement arrosées d’argent public pendant la crise sanitaire, ont réalisé des bénéfices records ces derniers mois.

De même, alors que la charge de travail des enseignants ne cesse d’augmenter, il s’agirait d’imposer la répartition du travail, entre toutes et tous, avec une baisse du temps de travail, et des emplois en CDI pour tous, et un salaire de 1800 € minimum, qui permette à chacun de vivre dans des conditions décentes. Dans l’Education nationale, en plus de la titularisation de tous les précaires, notamment des AED, AESH, contractuels, nous demandons la disparition de la distinction entre professeurs des écoles, titulaires du CAPES et de l’Agrégation, pour que tous les enseignants bénéficient du même statut et du même revenu. Nous demandons par ailleurs la fin du système par point, pour la mise en place d’un système de recrutement en fonction des besoins qui prenne en compte les contraintes associées à certains postes. Ce sont ces mesures que nous souhaitons porter à travers la campagne d’Anasse Kazib, et que nous devrions imposer par le rapport de force et par la lutte, dans la rue et sur nos lieux de travail.

 
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