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La Izquierda Diario
7 de décembre de 2021 Twitter Faceboock

Solidarité anti-coloniale
Guadeloupe. La répression continue, le mouvement aussi : face à la division, construire l’unité à la base !
Amira M

Alors que les guadeloupéens se mobilisent depuis plus de trois semaines, la répression continue. Le gouvernement tente ainsi de faire taire la rue par la matraque, tout en essayant de diviser le mouvement en exigeant comme préalable à l’ouverture des négociations, la condamnation des "violences des manifestants".

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Crédit photo : AFP

Après trois semaines de mobilisations, le mouvement continue, la répression s’intensifie

C’est au total sept interpellations de manifestants qui ont eu lieu en Guadeloupe hier soir. A Rivière des Pères, à Basse-Terre ce sont deux personnes qui ont été interpellées dans la matinée après la tentative d’élimination d’un barrage par les gendarmes, qui agissent en véritable milice coloniale depuis le début du mouvement. Cinq manifestants ont ensuite été interpellés pour empêcher le rétablissement de barrage sur le rond-point de la Kassaverie. Les gendarmes usent constamment de la force pour réprimer les guadeloupéens en évacuant des blocages à coups de matraques et d’arrestations. Plusieurs images prises par des habitants tournent et témoignent de la violence de la répression depuis le début du mouvement, jusqu’à ces dernières heures.

Au total depuis le début du soulèvement populaire, ce sont plus de 150 arrestations et 64 condamnations , allant jusqu’à des peines d’emprisonnement, qui ont été prononcées. Le procureur de Pointe-à-Pitre assume son choix de « tolérance zéro » s’opposant ainsi fermement aux revendications de l’intersyndicale qui revendique l’annulation des poursuites judiciaires : « Tous les participants aux actions violentes et illégales sont jugés et il n’y a quasiment eu que des condamnations. Il fallait apporter une réponse pénale immédiate, face à une vraie menace insurrectionnelle ». Les mobilisations actuelles en Guadeloupe sont décrites par le pouvoir comme représentant un véritable danger pour les garants de « l’ordre républicain » colonial. Darmanin a lui-même utilisé cette expression il y a quelques jours pour se féliciter de la répression menée à l’encontre des manifestants.

En face, les Guadeloupéens continuent à s’organiser, avec notamment un collectif d’avocats qui défend les jeunes emprisonnés à la suite des manifestations. Dimanche dernier, le collectif a donné une conférence de presse aux Abymes pour dénoncer la répression injuste à laquelle font face ces jeunes en colère contre un système qui ne leur promet que misère et autoritarisme colonial.

De plus, à rebours de ce que le gouvernement et les médias cherchent à faire croire, la répression féroce qui s’accentue depuis le début du mouvement est la preuve que la mobilisation n’est pas terminée. Et pour cause, il est impossible de nier la profondeur de cette colère sociale qui continue à s’exprimer à coups de barrages et de manifestations. En témoigne la dernière grande manifestation de samedi dernier à l’appel de douze groupes culturels locaux devant le CHU de la Guadeloupe à Pointe-à-Pitre pour manifester contre l’autoritarisme sanitaire du gouvernement, mais aussi pour faire entendre des revendications sociales contre la domination coloniale, dénoncée en filigrane depuis le début du mouvement.

Une mobilisation que les élus locaux et les directions syndicales cherchent à canaliser sur le terrain des négociations

Le vendredi 3 décembre, le « Collectif des organisations de lutte » a déposé le contour des discussions qu’il voudrait mener en 16 thèmes avec des conditions strictes préalables à l’ouverture des négociations. La signature du point 4 de l’accord de méthode entraînerait la suspension de l’obligation vaccinale pour les soignants, mesure centrale du mouvement actuel. Le point 6 de l’accord de méthode, réclame la révision de la politique pénale de ces derniers jours faisant largement écho à la répression en cours contre de la jeunesse radicalisée par le manque de perspective sur l’île.

Ces modalités n’ont pas été accepté par les élus locaux qui disent ne pas vouloir « commencer les négociations sans même s’asseoir à la table ». Leur stratégie est claire, faire en sorte que le collectif puisse s’asseoir à la table des négociations le plus rapidement possible pour affaiblir le mouvement et avancer vers une résolution de crise sans accéder aux revendications sociales et politiques du mouvement. Par la négociation, l’État français par le biais des élus locaux cherchent aussi à diviser le mouvement entre les secteurs jeunes radicalisés et les secteurs prêts à s’asseoir à la table des négociations. Face à cette tentative pour diviser le mouvement, c’est par l’auto-organisation à la base qu’il faut construire l’unité, en développant les assemblée générales sur les barrages et dans les entreprises en grève.

Refuser la division entre la Guadeloupe et la Martinique et élargir le mouvement !

Depuis plusieurs semaines, la Martinique connaît également des mobilisations sociales importantes autour de la cherté de la vie, du manque de perspectives et de l’obligation vaccinale, ce qui répond par bien des aspects aux mobilisations en Guadeloupe comme le souligne Pierre Nido. Les négociations semblent pour autant avoir déjà été bien entamées par les directions syndicales notamment lors de la visite de Sébastien Le Cornu, ministre des Outre-Mer, et les activités sur l’île semblent avoir repris. Lors de la réunion du 28 novembre, avec les directions syndicales, le ministre avait cherché à ouvrir la voie à un assouplissement de l’obligation vaccinale malgré la présence de manifestants scandant « Nou pa vini pou negossié ».

Mais en dépit d’une reprise certaine des activités, le port de Fort-de-France reste encore une zone de tension importante avec une présence policière renforcée et quelques barrages routiers de courte durée qui ont été observés le 6 décembre. Cela montre que la flamme de la mobilisation n’est pas encore tout à fait éteinte en Martinique, contrairement à ce que cherchent à montrer le ministre des Outre-Mer et le gouvernement qui n’apporteront aucune solution aux problèmes structurels sur ces îles.

A la suite de sa visite, le ministre a aussi cherché à diviser les deux îles caribéennes en fustigeant le refus du collectif guadeloupéens de le rencontrer et en félicitant le retour à la raison des martiniquais. En effet, les négociations n’ont pas eu lieu en Guadeloupe car les syndicats ont très justement refusé de condamner les actes des manifestants, se montrant ainsi solidaires de la jeunesse qui se mobilise.

Dans ce contexte, il est urgent que les directions du mouvement cessent d’attendre de l’Etat qu’il offre des miettes et négocie le poids des chaînes, il faut augmenter le rapport de force et élargir le mouvement en Guadeloupe, en refusant toute tentative de division que ce soit par la répression ou par la négociation !

 
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