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26 de novembre de 2021 Twitter Faceboock

Universités
Parcoursup en master. Vidal se prépare à renforcer la sélection pour les L3
Augustin Pierrat, élu CFVU Paris 1

Chaque année de très nombreux étudiants, après avoir validé leurs licences, sont forcés d’arrêter leurs études. Alors que Frédérique Vidal veut réformer l’accès au Master à marche forcée sur le modèle de Parcoursup à l’entrée de l’université, la sélection risque de s’intensifier. Et une nouvelle fois ce seront les plus précaires qui seront exclus des rangs de l’université.

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Crédit photo : AFP

Le projet de réforme de la sélection en master doit encore être précisé par le gouvernement et le texte encadrant la réforme ne devrait être présenté qu’en décembre. Pour autant, au regard des informations transmises par les organisations étudiantes après une première réunion avec le ministère la semaine dernière sur le sujet, ainsi que les propositions égrénées par le gouvernement, le sens de la voie choisie par Frédérique Vidal ne présente que peu d’incertitudes.

A partir de la rentrée 2022, le portail « trouvermonmaster » va évoluer. En 2023, il faudra candidater directement sur le site, à l’instar de Parcoursup. Comme le révèle l’Etudiant cela va occasionner deux changements importants :« La plateforme trouvermonmaster.gouv.fr, qui répertorie l’offre de masters en France, sera modifiée à partir de la rentrée 2022. Deux informations supplémentaires seront ajoutées : les attendus du master et le taux de succès. […] Autre changement majeur qui interviendra au plus tard en 2023 : la possibilité de postuler directement sur la plateforme. Actuellement, vous devez présenter votre dossier auprès de chaque université. ».

Jusqu’alors, chaque année les étudiants ayant validé leur l3 candidataient dans plusieurs masters dans l’espoir de se faire accepter. A l’issue du processus d’attribution des places, déjà plusieurs milliers d’étudiants, au premier rang desquels les jeunes travailleurs, les précaires et les étudiants des quartiers populaires, se retrouvaient sur le carreau.

Une plateforme inspirée de Parcoursup pour intensifier la sélection en master

Derrière une appellation encourageante, l’objectif est pourtant plus sinueux : face à la multiplication des demandes d’admission en master, il s’agit de réguler les places disponibles. Et déjà, la mise en application des nouvelles mesures de sélection apparaît à l’ordre du jour de nombreux conseils universitaires, à Paris 1 par exemple, le sujet sera évoqué dès la prochaine CFVU.

Pour faire simple, la plateforme est directement inspirée de Parcoursup qui existe aujourd’hui pour les lycéens et qui laisse chaque année plusieurs dizaines de milliers de bacheliers sur le carreau, comme le note Naïm Shili, secrétaire national du syndicat étudiant l’Alternative pour Libération :« Le gouvernement compte faire en master ce qu’il a fait en licence. Il veut créer un nouveau Parcoursup, c’est-à-dire une plateforme centralisée pour les demandes d’entrée en master. Il peut y avoir des avantages comme la lisibilité des offres pour les étudiants et des procédures simplifiées pour les étudiants. Mais le gouvernement cherche surtout à accroître la sélection à l’entrée en Master 1. » A bien des égards, Trouvermonmaster.gouv.fr s’annonce encore plus sélectif et inégalitaire que la plateforme mise en place pour les lycéens.

En premier lieu, les étudiants devront exprimer un certain nombre de vœux et autant de candidatures en master différents, mais dès la première réponse favorable ils verront leurs autres choix automatiquement supprimés. Cette affectation au premier « oui », dont l’inspiration vient directement de Parcoursup, aura pour effet de voir de nombreux étudiants contraints de se rendre dans une filière par défaut.

Ensuite, le projet de loi vise à compliquer la saisine du rectorat en cas de non admission en master. Désormais un étudiant sans master devra répondre à certaines conditions pour faire des démarches pour continuer ses études. Il faudra avoir obtenu sa licence lors des 3 dernières années universitaires, avoir effectué au moins 5 candidatures en master dans des mentions de master compatibles avec la licence et dans au moins 2 établissements différents.

« Il existe des possibilités de recours à travers le droit à la poursuite d’étude que le gouvernement ne cesse de limiter. Cette réforme va dans ce sens. Sur Parcoursup, la procédure est tellement longue et incertaine que des milliers d’étudiants abandonnent en cours de route sans aller jusqu’au bout. » explique Naïm Shili. A nouveau les premiers concernés seront ceux dont le parcours scolaire n’aura pas été linéaire, et donc les étudiants précaires et travailleurs.

Enfin à l’instar du Parcoursup lycéen, le ministère cultive à nouveau l’opacité sur les critères de sélection de son algorithme. Or, dans le cadre de l’autonomisation des universités et de leur mise en concurrence, ce dont la LPR a constitué un nouvel approfondissement, il est très envisageable que cette sélection de plus en plus rigoureuse des candidats à l’entrée des universités se fasse selon des critères sociaux dans la continuité d’une distribution inégalitaire des moyens, selon les territoires et les établissements, et en fonction des universités depuis lesquelles les étudiants auraient candidaté. Une dynamique de sélection déjà existante mais qui tendrait alors toujours plus à favoriser les étudiants des « grandes universités ».

Il suffit en ce sens de regarder de plus près les déclarations de Vidal en juillet dernier lors d’une interview au Figaro « Le problème n’est donc pas quantitatif, mais qualitatif, pour les filières en tension. Il faut faire correspondre ces places de master, adossées à la recherche et à visée professionnelle, à la demande ». En clair ce qu’agite en filigrane la ministre de l’enseignement supérieur c’est l’argument traditionnel de la baisse de niveau de l’université, la question de la valeur du diplôme et la nécessité de mieux sélectionner pour le marché du travail. Cet argumentaire vise en réalité à cacher les moyens minimaux dont disposent les universités et par là à balayer d’un revers de la main la question d’un budget ponctionné par des décennies de politiques libérales appliquées à l’enseignement supérieur. Pour le gouvernement le choix est fait, pour répondre à la problématique du manque de place, plutôt que d’augmenter leur nombre -et donc investir de l’argent-, il faut donc intensifier la sélection.

Une plateforme qui s’inscrit dans la continuité des réformes de casse de l’université

Parcoursup en master est donc le dernier chantier que la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche veut mener à terme avant la fin de sa mandature. Ce projet s’inscrit dans la droite lignée des politiques universitaires de ce quinquennat, et charrie le même objectif « l’université, ce n’est pas pour tout le monde » et ce donc dans la droite lignée de la loi ORE, de Parcoursup, de la LPR, de la mise en place de la sélection en M1, de Bienvenue en France, etc.

La volonté d’élitisation des universités n’est pas nouvelle, Emmanuel Macron était tenté dès 2017 d’augmenter les frais d’inscriptions à l’université, à en croire ses documents de campagne qui ont fuité avec les MacronLeaks. Et la voie vers une transformation de l’université française sur le modèle néolibéral des facultés américaines est en ce sens déjà bien entamée, une fois de plus il s’agit de poursuivre la marche en avant.

Alors que le Covid a remis sous le feu des projecteurs la précarité structurelle de la jeunesse et a été un facteur d’accélération des dynamiques de sélection sociale en poussant à l’échec les jeunes issus des classes populaires et les étudiants travailleurs, à nouveau le gouvernement s’affirme comme un adversaire de la jeunesse.

Face à la casse de l’université : l’urgence de la mobilisation et d’un autre programme pour l’université

Il est possible de se battre en revendiquant un autre programme, les sans-facs de Nanterre qui luttent pour l’inscription des laissés pour compte de l’université le montrent actuellement. En 2019, nous l’avions également démontré avec Le Poing Levé à Paris 1 en réclamant dans un contexte pandémique la validation de tous et toutes et ce jusque devant les tribunaux. Face à ces attaques la jeunesse doit dès à présent s’organiser pour revendiquer l’abrogation de toutes les réformes de sélection et une augmentation drastique des moyens alloués à l’université qui réponde à l’augmentation du nombre d’élèves et d’étudiants. Il s’agit aussi de revendiquer la titularisation de tous les enseignants précaires, une université véritablement ouverte à toutes et tous, au service des besoins de la majorité et de l’émancipation, à l’opposé du modèle qui nous est proposé aujourd’hui.

Dans cette optique enfin, nous réclamons un revenu pour les jeunes au moins égal au SMIC revalorisé pour que plus personne n’ait à choisir entre étudier, se loger ou se nourrir et afin que les plus précaires et les étudiants travailleurs ne soient plus exclus des rangs de l’université. Ce programme il faudra le défendre par la mobilisation, sur nos lieux d’études et dans la rue, nous le porterons aussi dans la campagne d’Anasse Kazib aux présidentielles. La jeunesse n’a pas être une variable d’ajustement de leurs politiques austéritaires et libérales. Etudier est un droit, pas un privilège !

 
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