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La Izquierda Diario
15 de juin de 2021 Twitter Faceboock

Pride à Bordeaux : Plus que jamais, la nécessité de (re)politiser la lutte LGBTQI +
Théo Agapé

Ce dimanche 13 juin avait lieu la « Pride » (non-officielle) de Bordeaux organisée par le collectif queer féministe et antiraciste « FACK AP ». Une marche des fiertés réunissant un secteur de la jeunesse LGBTQI+ de plusieurs milliers de manifestants. Une mobilisation qui se voulait apolitique alors que les droits des LGBTQ+ continuent d’être bafoués et qu’il est nécessaire de réaffirmer haut et fort que la lutte pour l’émancipation sexuelle totale des minorités de genre se fera dans la rue, contre l’État, en dénonçant le capitalisme et sa variante « gay-friendly ».

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Ce dimanche, sous un soleil de plomb, était marqué par une forte mobilisation de la communauté LGBTQ+ bordelaise pour continuer de lutter contre un système hétéro-patriarcal violent et meurtrier. Les manifestants se sont réunis à 14h30, Place de la comédie, après une année de restrictions sanitaires difficiles, dans une ambiance festive. Mais il faut noter aussi, pour une certaine partie de la Pride, dans un état d’esprit revendicatif et combatif, comme pour rappeler que le combat continue et remettre sur le devant de la scène les batailles à mener, en France, et dans le monde entier pour permettre à l’ensemble des minorités de genre une émancipation sexuelle libre et totale. Révolution Permanente et le collectif féministe et révolutionnaire Du pain et des Roses étions présents à la manifestation pour mener cette bataille et rappeler que Stonewall, événement à l’origine de la tradition de la Pride, était une émeute contre la police, l’État et le système capitaliste pour un mouvement LGBTQI+ anticapitaliste et révolutionnaire.

Violences LGBTQI+ : L’État est responsable

La foule s’élance vers 15h dans la rue Sainte Catherine et déjà les premiers slogans résonnent : « Queer, vener et révolutionnaires ! » ou encore « a bas, a bas, à bas le patriarcat ! ». La colère est profonde. Encore en 2019, en France, selon un rapport de SOS Homophobie, les insultes et les violences LGBTQIphobe dans la rue, au parlement, en ligne, sur les lieux de travail ont perduré : c’est une augmentation des agressions à l’encontre des personnes trans de plus de 130% en un an ! Cet exemple est l’illustration et la preuve que l’État ne protège pas les membres de la communauté LGBT, bien au contraire, malgré quelques avancées ces dernières années notamment avec le droit donné aux personnes de même sexe de se marier gagné à l’issue de nombreuses mobilisations, l’autorisation de la prescription de la Prep (traitement préventif contre le VIH) par les médecins généralistes. Ou encore, malgré de nombreux obstacles, la possible validation de la PMA pour toutes les femmes, le gouvernement Macron tente de séduire ce secteur de la population. Dans le même temps, il rejeté les amendements de la loi bioéthique visant à ouvrir la PMA aux personnes trans, refuse la proposition de loi interdisant les thérapies de conversion, il continue à réduire le budget dans la santé et dans l’éducation, à faire passer des lois liberticides comme la loi sécurité globale et à faire reculer des acquis sociaux comme l’assurance chômage. Ce qui touche de fait les travailleurs et accentue les phénomènes de précarisation dont est particulièrement impactée la communauté LGBTQI+ : beaucoup de transgenres sont obligés de se prostituer pour survivre puisqu’ils ne sont peu, voire pas recrutés par de nombreuses entreprises qui refusent de sortir de la « norme sociale » au risque de perdre de la clientèle et de diminuer leur rentabilité, alors qu’ils auraient besoin que des moyens massifs soient investis dans les services publics pour permettre un accompagnement rigoureux et leur émancipation.

Contre la récupération de la lutte LGBTQI+ à coups de PinkWashing

C’est dans la Rue Sainte Catherine que s’est lancée cette manifestation, tout un symbole quand on sait les tentatives de récupération de la lutte LGBTQ+ à coups de « pinkwashing » dont usent les entreprises pour augmenter leurs profits. C’est le cas notamment de la marque de prêt-à-porter Calvin Klein (qui pèse plusieurs milliards de dollars de chiffre d’affaires) qui célèbre le mois des fiertés en faisant de la propagande autour de sa campagne « #Proudinmycalvins » ou encore qui fait de Jari Jones (une modèle trans noire) sa nouvelle égérie : une façon de briller dans le monde entier en se montrant « ouvert » et progressiste, en augmentant son hégémonie auprès de la population et en maximisant ses profits. Mais la multinationale, qui prônerait la liberté sexuelle et soutiendrait la communauté LGBTQ+ montre un tout autre visage quand on sait qu’elle exploite de façon scandaleuse, comme en Éthiopie, des employés du textiles qui sont rémunérés 23€ par mois, dans un pays où toute pratique homosexuelle est considérée comme un crime dont les peines peuvent se situer entre 3 et 15 ans de prison ! C’est pour cette raison qu’il faut refuser l’isolement que tente, par une opération de séduction, de l’État et du système capitaliste, pour s’associer à d’autres mouvements, comme ce fut le cas du FHAR (Front homosexuel d’action révolutionnaire) en France, aux côtés des soulèvements étudiants et ouvriers de 68, le groupe « Lesbians and gay support the miners » qui a soutenu les mineurs en grève dans les années 80 contre le gouvernement conservateur de Thatcher, ou encore de « Gay Liberation Front » aux États-Unis, qui a participé à des manifestations antiracistes aux côtés du Black Panther Party, tout en rappelant les origines de la marche des fiertés que tente de commercialiser ce système.

Stonewall était une émeute : pour un mouvement anticapitaliste et révolutionnaire !

Lors de cette Pride le cortège de Révolution Permanente et Du Pain et des roses a tenu à rappeler les origines de la lutte, dans la rue, de la communauté LGBTQ+ avec une banderole : « Stonewall était une émeute : pour un mouvement LGBTQI+ anticapitaliste et révolutionnaire ». Il est essentiel de s’appuyer sur cet exemple ou des trans, des lesbiennes et des gays se sont affrontés à la police, à l’État, tout en remettant en cause profondément la société capitaliste et hétéro-patriarcale. C’est suite à ces événements, par la lutte et dans la rue, que la communauté LGBTQI+ a pu obtenir et arracher ses droits, qui malgré tout, sont sans cesse remis en question par le système capitaliste et attaqués violemment par la droite et l’extrême-droite. Le cas du Brésil est aujourd’hui l’exemple le plus criant avec le tiraillement auquel fait face la communauté LGBTI+ entre une gauche institutionnelle qui accepte sans lutte le coup d’État institutionnel et les réformes néo-libérales qui touchent le pays et soumet sa population à la précarité, et une extrême droite immonde incarnée par Bolsonaro. Ce dernier est à la tête du pays qui recense le plus de trans-féminicide au monde et est connu pour avoir déclaré « Je serai incapable d’aimer un fils homosexuel. Je préférerais que mon fils meure dans un accident plutôt que de le voir apparaître avec un moustachu.  »

C’est dans un contexte de perdition politique, de tentatives de récupération capitaliste avec sa variante « gay friendly », et d’attaques aux droits de la communauté LGBTQI+, qu’il est essentiel que la marche des fiertés en France, et dans le monde, redevienne un espace de lutte, représenté par l’ensemble de la communauté LGBTQI+, organisé avec d’autres secteurs opprimés de la société, avec le soutien des organisations politiques et du mouvement ouvrier, ayant pour objectif de lutter contre toutes oppressions du système capitaliste, comme en Colombie ou les femmes trans sont en première ligne contre le répression policière et militaire, qu’il sera possible d’établir un rapport de force à la hauteur pour renverser le système capitaliste et permettre à l’ensemble des minorités de genre de s’émanciper et de jouir, pleinement et librement, de leur identité de genre et leur vie sexuelle.

 
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