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22 de mars de 2021 Twitter Faceboock

#PIERREMENESOUT
Pierre Ménès sauvé par Canal+ : la chaîne censure un documentaire sur le sexisme dans le journalisme sportif
Lucia Nedme

Canal+ tente de se peindre comme féministe mais échoue et fait objet d’une grande polémique sur les réseaux sociaux. L’émission du documentaire de Marie Portolano, « Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste » qui dénonce les violences sexuelles et sexistes subies par des journalistes, aurait été censurée par la direction pour sauver l’image de leur star Pierre Ménès. De cette manière, Canal+ insulte le mouvement de libération de la parole et montre que ce ne sera pas à travers les grands médias que les femmes pourront se faire entendre.

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Crédits photo : FRANCK FIFE/AFP

Le documentaire « Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste » qui porte sur les témoignages de plus d’une vingtaine de journalistes du sport et notamment sur leur expérience en tant que femmes dans ce milieu très masculinisé - avec de nombreuses accusations de violences sexistes et sexuelles subies au quotidien - a été modifié avant sa parution ce dimanche. Des violences dont la même journaliste et autrice du documentaire, Marie Portolano, a été victime, notamment de la part de Pierre Ménès, chroniqueur du « Canal Fotball Club », qui lui a soulevé la robe et empoigné les fesses lors d’une émission en 2016.

En effet, le site LesJours.fr a dévoilé le fait que des scènes du documentaire auraient été supprimées par la direction du service des sports de la chaîne. Cette censure a donc abouti à la suppression de tous les extraits de témoignages de journalistes hommes qui auraient été accusés d’harcèlement comme Pierre Ménès et Hervé Mathoux, qui avaient accepté d’apparaître.

La chaîne Canal+, essayant de garder son image, tente de se justifier en affirmant qu’ils pensaient que le documentaire serait plus qualitatif s’il n’y avait que des femmes qui apparaissaient car l’objectif du documentaire au final était de donner la parole aux femmes.

Une excuse vite démontée par les journalistes Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts qui ont souligné « Dès que l’idée du documentaire lui a été soumise, la direction de Canal+ savait que la séquence avec Pierre Ménès y figurerait. Mais une fois le documentaire tourné [...] sous l’égide de Gérald-Brice Viret, directeur des antennes, le directeur des sports Thierry Cheleman[...], et son adjoint Didier Lahaye exigent des auteurs que toutes les séquences avec Ménès soient coupées. La décision est prise de ne garder dans le documentaire que les témoignages de femmes ». Ceci montre que l’objectif de la direction de la chaîne était de protéger l’image de Pierre Ménès et qu’elle aurait finalement demandé de couper les scènes des autres hommes pour que leur excuse soit fondée par ce supposé choix éditorial.

Cette action viendrait donc de la propre direction de la chaîne et pas vraiment de la part de Ménès qui avait accepté d’apparaître et qui sait déjà, de part son expérience et sa position, qu’il sera de toute façon protégé par son équipe et la justice patriarcale. Quand il a été contacté par Les Jours, il a même répondu : « Moi, je n’ai rien à dire. Je suis aux ordres de ma direction, moi. Moi, si ma direction n’a rien à dire, je n’ai rien à dire non plus. Surtout si c’est pour m’accuser de conneries et de merde. Si votre papier, c’est pour dire de la merde et relayer des conneries, ça m’intéresse pas », toujours sur ce ton si agréable qui le caractérise.

Ce n’est pas la première fois que Ménès est au centre de polémiques liés à son comportement comme par exemple la fois qu’il avait forcé Isabelle Moreau, sa coprésentatrice à cette époque là, à lui donner un baiser sur la bouche. Et il a été déjà le sujet de plainte pour harcèlement moral et sexisme.

Canal+ participe et soutient la levée de l’omerta... sous certaines conditions

Il est important de souligner que tout cela s’inscrit dans un contexte d’une levée de l’omerta, dont le monde du journalisme n’a pas été épargné, comme on l’a vu avec l’affaire du journaliste Patrick Poivre d’Arvor. Canal+ profite du buzz et de la bonne image que la chaîne peut se faire en sortant ce documentaire et également, sachant que c’est un ancienne journaliste de Canal+ qui l’a fait, ça permettait d’avoir le contrôle absolu sur ce qui allait se diffuser.

Cet acte est une insulte à la parole des femmes, en se faisant passer pour une chaîne qui diffuserait la parole des femmes tant qu’elle ne touche pas leur star Ménès. Une levée de l’omerta qui a une limite : ne pas toucher aux grandes têtes des journalistes. Ce n’est pas nouveau, les grands medias bourgeois agissent toujours main dans la main avec la logique du gouvernement, c’est-à-dire de donner une façade un peu progressiste sur le terrain féministe voire en l’instrumentalisant dans leur intérêt mais sans les toucher.

Cette situation nous montre encore une fois qu’il ne s’agit pas d’un "monstre" isolé au sein d’une chaîne mais d’un individu qui a été et continue d’être appuyé par tout un système capitaliste patriarcal qui le protège. Un phénomène qui, comme on l’a vu du #MeTooInceste au #SciencesPorcs, en passant par le #MeTooGay, a une grande ampleur et repose clairement sur un problème structurel.

La parole des femmes ne pourra jamais se libérer à travers les grands medias qui, tout comme le gouvernement, censurent à leur gré en essayant de maintenir le discours dominant. Cette parole ne pourra se faire entendre qu’à travers des commissions d’enquête et de diffusion indépendantes, basées sur l’auto-organisation des femmes.

 
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