^

International

Les violeurs ne seront pas condamnés

Viols en Centrafrique. Fin des poursuites contre les soldats français de la mission « Sangaris »

Plusieurs enquêtes avaient été ouvertes en 2014, mettant en cause des soldats dans de sordides histoires de viols en RCA, déployés dans le cadre de la mission française Sangaris. La justice a classé deux enquêtes pour viols et une seule reste en cours, pour « agression sexuelle ». Une décision odieuse, qui vise à couvrir les pires crimes commis par l'armée française. Léonie Piscator

jeudi 5 janvier 2017

La mission Sangaris a été menée en Centrafrique par la France de fin 2013 à octobre 2016, soi-disant pour tenter de rétablir la paix dans ce pays troublé par de violents affrontements, mais en réalité pour maintenir le pré-carré français en Afrique. Au-delà de la défense des intérêts impérialistes de l’hexagone, cette mission a donné lieu à de sordides affaires de viols, notamment sur mineurs, dans le camp de Mpoko, proche de Bengui, la capitale. De multiples preuves et témoignages ont été réunies en trois ans, et plusieurs enquêtes ont été ouvertes. La principale incriminait 15 soldats de Sangaris et 5 casques bleus africains, accusés entre autres d’agressions sur six enfants, forcés à pratiquer des fellations en échange de rations alimentaires. Depuis que les faits ont été révélés, l’ONU tente par tous les moyens d’étouffer l’affaire en la réglant en interne, et il semble que les politiciens et militaires français tentent de faire de même.

En France, une première enquête préliminaire avait été ouverte à l’été 2014 pour « viols sur mineurs par personne abusant de l’autorité de ses fonctions », une autre en septembre 2015 pour « viol par personne abusant de l’autorité de ses fonctions ». A ces deux enquêtes principales, chacune classée sans suites, s’ajoutent toute une série de dossiers, notamment pour « violence en réunion », « non-assistance » mais aussi pour une agression zoophile. Une autre enquête est en cours, mais les chefs d’accusation semblent être minimisés d’années en année puisqu’elle porte « seulement » sur des agressions sexuelles, ce qui semble être un euphémisme au vu des viols perpétrés.

Depuis le début de cette affaire, le ministère de la Défense ferme les yeux et minimise les faits. Ce ne sont pourtant pas les signaux d’alertes et les preuves qui ont manqué. La hiérarchie de la mission Sangaris avait parfaitement conscience de la situation dramatique que connaissaient les réfugiés du camp de Mpoko. En août 2014, un gradé évoque dans un rapport transmis à l’Inspection générale des armées « une certaine facilité de s’infiltrer [à] un réseau de prostitution qui fait office tard dans la nuit ». Un autre propose d’« augmenter la prévention concernant la prostitution, qui pourrait être utilisée contre l’image de la force [Sangaris] ». Parmi d’autres éléments incriminant les soldats violeurs, des images pornographiques impliquant des enfants ont été retrouvées sur l’ordinateur d’un militaire mis en cause. De plus, les témoins et les victimes sont extrêmement nombreux, et leur nombre n’a cessé d’augmenter.

Pourtant, en dépit de ces éléments accablants et de la gravité des faits, la justice a préféré fermer les yeux, afin de ne pas risquer de dévoiler le véritable visage de l’armée française. On songera notamment à Chevènement qui, en mai 2015, avait tenté de minimiser les faits évoqués par ses déclarations : « Il est clair que le fait de se trouver au contact des populations malheureuses, abandonnées peut favoriser les comportements de ce type […] Laissons l’armée française au-dessus de tout cela parce que l’armée française rend beaucoup de services ; elle s’acquitte avec beaucoup de professionnalisme des tâches qui lui sont confiées ». Une abominable provocation, qui semblait déjà présager le manque total d’impartialité de la justice raciste, à la botte des impérialistes.

De nouveaux cas similaires devraient faire l’objet d’une décision de justice, comme celui d’une jeune femme témoignant d’un viol par plusieurs militaires dans un blindé à Bangui. Ces affaires révèlent la monstruosité de l’armée française, pour qui le viol semble être une arme comme une autre – fait courant dans les conflits militaires. Une raison de plus, s’il en faut, pour que notre camp social se saisisse de ce mot d’ordre : troupes françaises hors d’Afrique et du Moyen-Orient !