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Fret SNCF

Un mois de grève pour les cheminots du Bourget : « notre lutte inquiète de plus en plus la direction »

Depuis la fin novembre, les aiguilleurs du Bourget sont en grève reconductible, en arrêtant de travailler durant 59 minutes sur les heures de pointe, pour des augmentations de salaire et contre la casse des conditions de travail. Alors que les pertes et les retards s’accumulent, la SNCF a enfin accepté de recevoir les grévistes.

Noah Rapa

2 janvier 2023

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Crédits photos : Révolution Permanente

La direction misait sur un essoufflement de la grève ; ses prévisions se sont avérées fausses. Après plus d’un mois de grève, les travailleuses et travailleurs du triage des trains de marchandises du Bourget (Seine-Saint-Denis) continuent de mener une grève reconductible, en arrêtant le travail 59 minutes par service sur les heures de pointe. Avec une inflation toujours plus forte et des conditions de travail qui se dégradent avec les réformes successives des dernières années, les aiguilleurs entendent faire valoir leurs revendications, à savoir « une prime « pouvoir d’achat » de 2000 euros, une indemnité de 15 euros par jour de travail pour les agents de la circulation, qui sont les seuls à ne pas avoir de prime métier par rapport aux autres secteurs de la SNCF, et des lignes de réserve supplémentaires [création de postes supplémentaires, ndlr] pour palier au sous-effectif  », nous rapporte Laura, agent circulation et déléguée syndicale à SUD-Rail. A cela s’ajoutent d’autre primes ponctuelles et la revendication d’une augmentation générale des salaires de 400 euros et de leur indexation sur l’inflation.

« La direction pensait que notre grève allait faiblir, en estimant que les miettes données durant les NAO (négociation annuelle obligatoire) allaient faire reprendre le travail  », d’après Laura. Début décembre, la direction de la SNCF n’avait cependant proposé qu’une augmentation de 50 euros au terme des NAO. Ajoutez à cela la baisse du transport de fret dû aux fêtes de fin d’année, l’impact de la grève aurait pu décourager certains grévistes. « Mais c’est tout l’inverse qui s’est produit, et je pense que l’annonce de bénéfices records de la SNCF en cette fin d’année, autour de 2,2 milliards d’euros, alors que la direction s’entête à mépriser nos revendications salariales et d’amélioration des conditions de travail totalement légitimes, va mettre encore plus le feu aux poudres ! Quand on discute avec les collègues, on voit que le moral est plutôt bon. Avec les échos des agents de conduite et du Fret ferroviaire qu’on a depuis plus d’un mois, on sait que notre lutte inquiète de plus en plus la direction. »

Du côté des agents de conduite, la grève se fait grandement ressentir. « Évidemment que nous sommes solidaires avec les grévistes », lance Nordine, opérateur du fret sur la région Île-de-France et Normandie, et délégué syndical Sud-Rail. « Notre direction nous demande que la grève ait le moins d’impact possible sur le Bourget. Et pour cela, on nous oblige à modifier 3 à 4 fois par jour les emplois du temps des agents de conduite. Ça devient très stressant, on n’en peut plus.  »

En ce qui concerne les retards accumulés, la SNCF commence à perdre gros. « Il faut savoir que sur les lignes de train, ce sont les voyageurs qui sont prioritaires pour circuler. On travaille déjà avec cette problématique au quotidien, les malus que doit accumuler la SNCF par rapport aux retards sont énormes. » D’après certains échos de Nordine, sur les travaux en cours, beaucoup prennent du retard, voire sont même annulés. Les chantiers du «  « Paris Express » et du « Charles de Gaulle Express » sont largement touchés, c’est encore plus de malus accumulés  ».

Et la tendance de la grève est plutôt au renforcement. Certains aiguilleurs qui se montraient hésitants au début se sont déclaré grévistes. « On remarque que certains collègues qui n’ont pas encore fini leur parcours de formation se déclarent grévistes, ce qui est assez inhabituel, et une assez bonne surprise. », indique Laura. Par crainte d’un plus grand élargissement sur le secteur de Paris Nord, la direction a lâché 300 euros de prime aux cheminots d’un poste d’aiguillage d’une autre unité opérationnelle, où les agents commençaient à vouloir partir en grève pour des problématiques locales, sans qu’ils fassent un seul jour de grève. « En faisant cela, elle ne fait que renforcer notre détermination. On veut agrandir le rapport de force, et faire valoir nos revendications.  »

Face à cette situation, la direction locale du secteur du Bourget a pris rendez-vous le 4 janvier avec une délégation de grévistes pour entamer les négociations. «  La direction tente d’imposer un cadre de négociation uniquement cantonné à notre unité opérationnelle. Elle veut à tout prix éviter que la grève s’élargisse sur l’ensemble de l’établissement », dénonce Laura. « De notre côté, notre appel est clair, si la grève s’étend à l’ensemble des unités opérationnelles de l’établissement circulation de la région de Paris Nord, la direction va être obligée de lâcher pour l’ensemble des cheminots du secteur ».

D’après les récents résultats, la SNCF a enregistré 2,2 milliards d’euros de bénéfice sur l’année 2022, un record pour l’entreprise. «  La direction félicite le fret pour ses très bons résultats, tous les frais de structure ont été revus à la baisse. Cela nécessite qu’on se réorganise tous les 4 matins, avec toujours moins de moyens... Même si c’est une grève locale, le secteur du Bourget est très stratégique, la circulation du fret est très touchée  », affirme Nordine. « La SNCF préfère perdre de plus en plus d’argent au lieu d’augmenter les rémunérations des aiguilleurs. En plus, ils ne demandent pas grand-chose comparés aux très bons résultats de l’entreprise  ».

Cette grève s’inscrit dans un contexte d’inflation toujours plus forte et de casse du service public, à l’image de la situation dans le monde hospitalier ou les récentes grèves qui ont éclaté dans les secteurs de l’énergie. A Bordeaux, les aiguilleurs se sont aussi mis en grève pour le nouvel an, dans la lignée de la grève des contrôleurs. Toutes ces grèves méritent de gagner, les revendications des travailleurs sont plus que légitimes. Avec la réforme des retraites qui sera présentée le 15 janvier à l’Assemblée nationale, il faudra élargir et coordonner les différents secteurs pour peser un maximum dans le rapport de force et faire reculer le gouvernement.


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