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Solidarité avec le peuple ukrainien !

Ukraine. Un fixeur torturé par l’armée russe, les exactions contre les civils et la presse continuent

Reporters Sans Frontières révélait le 21 mars le témoignage glaçant d’un fixeur Ukrainien enlevé et torturé pendant 9 jours par l’armée russe alors qu’il travaillait avec des journalistes européens venus couvrir la guerre. Cette attaque est révélatrice de la barbarie de l’invasion Russe mais également de la bataille d’information qui se mène.

mardi 22 mars

Crédit Photo : ARIS MESSINIS / AFP

Le 21 mars, Reporters Sans Frontières révélait le témoignage d’un fixeur ukrainien enlevé et torturé par les forces d’invasion russes. Ce guide et traducteur travaillant conjointement avec les journalistes étrangers à la couverture du conflit en Ukraine a en effet été pris pour cible par les forces russes le 5 mars alors qu’il était dans sa voiture estampillée « Presse ». Après avoir percuté un arbre avec son véhicule en tentant de fuir les balles, il est interpellé par les soldats russes, roué de coups, intimidé et brutalisé au moyen d’un simulacre d’exécution et accusé d’être un espion ou un militaire en reconnaissance.

Enlevé par les militaires, il est attaché pieds nus à un arbre et subit des coups de crosses et de barres de fer. Il est ensuite déplacé dans des sous-sols de maisons et torturé au moyen de chocs électriques. Il explique avoir été détenu avec d’autres civils eux aussi victimes de tortures. Il est finalement relâché le 13 mars.

Les cas et témoignages de journalistes et membres de la presse pris pour cible voire enlevés et torturés par les forces russes se multiplient. Ainsi, Oleg Batourine, journaliste ukrainien enlevé et torturé 8 jours par l’armée russe, explique à RSF : « ils voulaient (me) casser, (me) piétiner, pour montrer ce qui arrivera à chaque journaliste : vous serez tués ». Cette violence à l’encontre des journalistes est une illustration de la barbarie de cette guerre, dont les premières victimes sont les populations civiles.

Dans le même sens, deux journalistes de l’agence de presse américaine Associated Press qui ont été traqués par l’armée russe alors qu’ils tentaient de couvrir le plus longtemps possible les exactions de celle-ci dans Marioupol assiégée. Après avoir rendu compte du bombardement d’une maternité, ils racontent avoir été visés ostensiblement par les forces de Poutine : « le chemin vers notre camionnette, avec notre nourriture, notre eau et notre équipement, était couvert par un tireur d’élite russe qui avait déjà frappé un médecin qui s’aventurait à l’extérieur » raconte ainsi Mstyslav Chernov pour Associated Press.

Alors que la guerre dure depuis le 24 février, l’armée russe semble accroître les violences envers les civils. Bombardements dans de nombreuses villes du pays, coupures d’électricité et d’eau, et tortures sont désormais le quotidien d’une population prise pour cible par Poutine. Dans ce cadre, l’agression visée de journalistes par les forces russes illustre comment celles-ci tentent d’étouffer par la force toute possibilité de couverture de terrain de ce qu’il se passe en Ukraine et en particulier dans les villes assiégées. La guerre de l’information fait en effet rage et cibler la presse et particulièrement les journalistes et fixeurs locaux est une façon de mieux contrôler l’information et la propagande russe tout en étouffant la solidarité internationale.

Au-delà de la torture qui en est l’expression la plus violente, la radicalisation de la Russie dans cette guerre d’information s’illustre par le blocage par le régime de Facebook, Instagram et Whatsapp, l’opacité maintenue autour des pertes militaires ou encore la suppression de nombreux médias. Autant de tentatives de bloquer l’expression d’un possible discours d’opposition au régime de Poutine.

Si l’armée russe est prête à user de la torture pour anéantir toute couverture par la presse internationale de ses actions sur le sol ukrainien, cette guerre de l’information n’est pas cantonnée au régime de Poutine. Ainsi, Zelensky a annoncé l’interdiction de partis d’opposition pour leurs liens supposés ou réels avec le gouvernement russe, tandis que les puissances impérialistes tentent d’imposer un discours de lutte de la prétendue « démocratie occidentale » contre l’autocratie russe, notamment au travers de leur discours sur l’accueil des réfugiés ukrainiens après des décennies de politiques xénophobes en matière d’accueil, ou encore avec l’interdiction par l’Union Européenne de médias promouvant le régime russe. Imposer ce discours hégémonique est un enjeu central pour les puissances impérialistes afin de justifier et poursuivre leurs politiques belliqueuses de réarmement, d’unité nationale ou de sanctions économiques.

Face à la barbarie de la guerre menée par Poutine, il est nécessaire d’exiger et de lutter en Europe et en Russie pour le retrait des troupes russes d’Ukraine. Cela ne doit pas nous empêcher de dénoncer dans le même temps les sanctions économiques qui affament le peuple russe et menacent de conséquences terribles les populations à l’international. A l’image des manifestations anti-guerre en Russie, et celles en Allemagne ou Italie qui dénoncent également la politique belliqueuse de l’OTAN, il est certain que seule une réponse ouvrière indépendante sera à même d’offrir une issue progressiste à la guerre en Ukraine.



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