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Raffineries à l'arrêt

Total, ExxonMobil : la pétrochimie montre la voie de la grève reconductible pour les salaires

La journée de mobilisation nationale du 29 septembre appelée par les directions syndicales a été l’occasion pour les travailleurs de Total et ExxonMobil de durcir leur mouvement de grève pour les salaires. Une dynamique inédite dans un secteur où le patronat engrange des profits records, et qui doit montrer l’exemple pour le reste du monde du travail.

jeudi 29 septembre

Crédit photo : AFP

C’est sans aucun doute la pointe avancée de la mobilisation de ce jeudi 29 septembre. Le secteur de la pétrochimie, en lutte depuis plusieurs jours pour la hausse des salaires, semble durcir le mouvement. Les raffineries de Total Feyzin, Total Normandie, Total la Mède et d’ExxonMobil, montrent la voie en reconduisant la grève .

À ExxonMobil, les deux raffineries de Gravenchon (15% des capacités de raffinage en France) et Fos-sur-Mer sont en grève depuis maintenant dix jours. Les travailleurs exigent 7,5% d’augmentation de salaire avec augmentation minimale de 200 euros et 8000 euros de prime Macron, alors que le patronat du groupe américain a multiplié par quatre ses profits sur le territoire français cette année. Ce jeudi, la CGT communiquait sur le refus persistant de la direction d’honorer les revendications des grévistes, et concluait à la reconduction de la lutte : « pas d’accord = pas de carburant ! » exprimait-elle sur son compte Twitter.

De même du côté de Total Energies, les profits records de Patrick Pouyanné et des actionnaires – qui se sont vus récompenser ce mardi de près de 3 milliards de dividendes exceptionnels par la direction – ont attisé les braises alors que les raffineurs s’étaient déjà mis en grève avant l’été pour exiger une augmentation de 10% de leurs salaires.

A la Mède, les taux de grève sont inhabituels, avec 100% de grévistes ce matin : « d’habitude il y a souvent une division entre les différents secteurs de raffineurs mais là tout le monde rejoint les revendications » se félicite Fabien Cros, militant CGT. La grève a été reconduite, et les grévistes ont demandé le dégazage des unités afin de vider les tuyaux et mettre la raffinerie à l’arrêt total. « Il y a de la colère partout et sur tous les sites. Normandie est rentrée en grève reconductible, c’est la première raffinerie de France et cette grève impacte largement les stations essence » abonde Adrien Cornet, raffineur sur le site de Grandpuits et militant à Révolution Permanente.

Y compris du côté de Carling, généralement moins mobilisé que les autres sites, les taux de gréviste sont importants et traduisent un niveau de contestation inhabituel : « le mouvement de grève a éclaté spontanément suite à une réunion de concertation sur des revendications sectorielles et coïncide avec le mouvement pour les salaires et les retraites. La grève se poursuit depuis, il y avait 100% de grévistes hier après-midi et cette nuit. On veut donner l’exemple aux autres travailleurs pour montrer qu’il n’y a pas que dans les raffineries qu’on sait faire grève. Et on veut rappeler qu’à Carling on peut faire plier le patronat et aller jusqu’au bout » explique ainsi Frédéric Albert, délégué syndical CGT sur le site.

Ce 29, au-delà de l’ensemble des sites de raffinage et de biochimie, ce sont également les filiales qui étaient mobilisées à l’appel de la CGT Total. Hutchinson ou encore Saft batteries ont répondu présent pour durcir le ton et exiger des augmentations identiques pour tous les travailleurs du groupe : « à Hutchinson, il y avait 17 usines en grève sur une trentaine. Ce qui est clair, c’est qu’on a envie de se battre. Déjà l’année dernière on a mené de novembre à l’été les vendredis de la colère pour augmenter nos salaires. On n’a pas envie de s’arrêter là, y a énormément d’argent qui est brassé par Total » explique Bruno Heme de la CGT Hutchinson.

De même du côté du géant pétrolier américain Chevron la colère est au rendez-vous. « on a une forte mobilisation, autour du sujet des retraites mais aussi sur l’inflation qui impacte fortement tous les salariés » indique ainsi Laurent Spain de la CGT Chevron.

Une dynamique qui impacte largement au-delà du territoire. En début de semaine, ce sont les raffineurs de Belgique qui ont exprimé leur soutien à leurs collègues de la pétrochimie en France. Ce jeudi, les travailleurs polonais du syndicat Solidarnosc ont publié un communiqué en solidarité : « nous comprenons votre lutte pour augmenter vos salaires dans une situation économique aussi difficile, et nous vous soutenons totalement dans cette démarche ! »

Alors que la CGT appelait à trois jours de grève dès mardi pour mettre totalement à l’arrêt les raffineries, la perspective est à la poursuite du mouvement la semaine prochaine pour construire le rapport de force suffisant pour faire reculer le patronat. De fait, tandis que le gouvernement craint une pénurie d’essence, le pouvoir des raffineurs est important et ces derniers peuvent impulser une lutte d’ensemble pour les salaires et les retraites. « Historiquement, la pétrochimie est un fer de lance, ça peut entrainer tout le monde dans le sillage et décréter la grève générale. Comme à l’époque avec la SNCF pendant les retraites, la pétrochimie peut lancer tout le monde à se mobiliser » souligne Laurent SPAIN.

Cette situation pose urgemment la question d’un plan de bataille de l’ensemble du secteur pour que des grèves reconductibles se mettent en place dans le sillage de Normandie, Feyzin, la Mède et ExxonMobil, et montrent l’exemple. En effet, c’est la condition sine qua none pour que la journée isolée du 29 puisse devenir le début d’une grève dure, non seulement dans la pétrochimie mais également le reste du monde du travail où la colère ne manque pas, en témoignent les nombreuses grèves pour les salaires avant l’été et ces dernières semaines. Aujourd’hui encore, de nombreux secteurs ont montré d’importants taux de grève, comme l’Education Nationale avec 20% au primaire et 30% au secondaire, ou bien les salariés de Groupama, mobilisés depuis trois jours sur l’ensemble du territoire.

A ce titre, la mise en place d’une caisse de grève par les raffineurs d’ExxonMobil est une initiative à suivre dès lors qu’elle permet aux travailleurs de poursuivre le bras de fer malgré une situation économique tendue sur laquelle tente de s’appuyer le patronat pour éviter tout mouvement de grève.



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