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Taha Bouhafs relaxé : victoire face aux intimidations policières

En 2019, le journaliste Taha Bouhafs avait été violemment interpellé par la police alors qu'il couvrait un rassemblement de travailleurs sans-papiers. Un policier avait porté plainte contre lui pour « outrage et rébellion ». Ce mardi, après deux ans de procédure, le tribunal vient de le relaxer grâce à la vidéo de l'intervention policière.

11 mai 2021

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Crédit photo : Louizart

En juin 2019, le journaliste indépendant Taha Bouhafs avait été interpellé par un policier lors d’un rassemblement de travailleurs sans-papiers devant Chronopost à Alfortville. Une interpellation scandaleuse et particulièrement violente, qui lui avait causé des blessures importantes, son épaule ayant par exemple été déboîtée, raison pour laquelle il avait décidé de porter plainte. Pour se protéger, le policier de la BAC a son tour mis en cause le journaliste indépendant en l’accusant « d’outrage et rébellion sur une personne dépositaire de l’autorité publique ».

Une accusation qui apparait mensongère, au vu de la vidéo de l’altercation publiée sur Twitter par Taha. Une vidéo qui était auparavant restée sur son téléphone, saisi arbitrairement et mis sous scellé pendant plus de 8 mois.

Cet enregistrement montrait bien le journaliste militant demander à plusieurs reprises au policier d’arrêter de le « pousser » , de le « toucher », de le « frapper » et de lui « mettre des coups ». On voit très clairement le policer tenter d’intimider Taha Bouhafs, l’empêcher de filmer et de faire son travail. Quant aux accusations selon lesquelles le journaliste aurait insulté les policiers de « racaille de flic » au moment où il filmait l’opération, la vidéo démontre également le contraire. Interrogé à ce sujet lors du procès le 10 mars dernier, le policier qui portait ces accusations, Maxime Demaire, s’est contenté de répondre : « peut-être qu’il l’a dit avant », selon Le Media. Face aux contradictions de la version policière et aux failles du procès-verbal, le policier s’est obstiné à répondre : « sans réponse ». Habitué à jouir de l’impunité policière, il s’est même indigné d’avoir à étayer ses accusations devant la justice en ces termes : « Devoir me justifier autant, ça me dépasse. J’ai fait des choses bien plus graves, bien plus dangereuses dans ma carrière. Alors tout ce procès pour un simple outrage... » Autant de raisons qui ont poussé le tribunal à relaxé Taha Bouhafs « au motif que l’attitude adopté lors de l’interpellation est une résistance passive et pas un acte de rébellion  », après une procédure qui aura duré deux ans.

Alors que l’article 24 de loi Sécurité Globale qui a été adoptée en avril crée un nouveau délit de « provocation à l’identification d’un agent de la police nationale [...] dans le cadre d’une opération de police » puni de 5 ans d’emprisonnement et 75 000€ d’amende afin de restreindre la possibilité de filmer les interventions de police, c’est bien la vidéo de l’opération qui pu prouver que « ce qui s’était passé n’était absolument pas ce qui a été décrit dans les procès-verbaux », comme l’explique Taha Bouhafs, qui a également annoncé avoir déposé plainte contre les policiers pour « faux en écriture publique par personne dépositaire de l’autorité publique ». En pleine séquence marquée par des attaques liberticides qui renforcent l’impunité policière et musellent les droits de la presse, le journaliste décrit cette relaxe comme « une victoire symbolique » contre l’article 24 de la Loi Sécurité Globale qui cherche à « empêcher les journalistes de travailler, et si ils refusent on les frappe, on les interpelle et on les poursuit ». Face à ces attaques contre nos droits démocratiques, il s’agit donc de continuer à se battre dans la rue, à l’instar des centaines de milliers de manifestants qui avaient battu le pavé contre les lois racistes et liberticides à l’hiver dernier.


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