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Septième jour de grève chez ExxonMobil pour les salaires : « on n’avait pas vu ça depuis 30 ans ! »

Après les premiers débrayages mardi dernier, la grève continue sur les deux raffineries d’ExxonMobil à Notre-Dame-de-Gravenchon et Fos-sur-Mer. Alors que l’entreprise perd 2 millions d’euros par jour, elle refuse toute augmentation substantielle pour les salariés.

lundi 26 septembre

Même à 22h, un dimanche, les salariés d’ExxonMobil continuent de se réunir à la raffinerie de Gravenchon pour voter la suite du mouvement. Hier soir, les travailleurs ont voté la reconduction de la grève à l’unanimité, après six jours de mouvement. Révolution Permanente s’y est rendu pour les rencontrer.

Tout s’est enchainé très vite depuis mardi 20 septembre, après une réunion de négociation sur les salaires au siège du groupe en région parisienne : alors que les salariés réclamaient une augmentation de 7,5% des salaires, avec un minimum de 200€ et une prime Macron de 8000€, la direction est restée sur sa proposition de 4% d’augmentation. Les syndicalistes présents à la réunion n’ont même pas eu le temps de revenir à la raffinerie, située en Seine-Maritime, que de nombreux salariés s’étaient déjà mis en grève.

Toutes les branches sont rapidement touchées : l’activité pétrole, comme les fabrications de résines et de plastique que gère aussi le groupe. Face à la grève, les deux raffineries situées à Fos-sur-Mer et Notre-Dame-de-Gravenchon sont finalement arrêtées. Sur ce site, c’est une première « depuis 1993 » selon les grévistes. « La grève reconductible était nécessaire : on ne veut surtout pas qu’ils réouvrent les unités et qu’ils fassent à nouveau de l’argent » résume Paul* dont c’est la première grève reconductible.

Le groupe ExxonMobil, première entreprise mondiale, fait pourtant partie des entreprises qui font le plus de bénéfice en France. « Une bonne année pour le groupe en France, c’est 100 millions de bénéfices c’est une année. Cette année c’est 409 millions pour le premier semestre » explique Guillaume*, qui a 23 ans d’ancienneté sur la raffinerie. Le site normand, qui emploi entre 1900 et 2000 salariés, dont un tiers à la production, représente à peu près 15% des capacités de raffinage en France, avec une capacité autour des 11,5 millions de tonnes de produits pétroliers raffinés par an.

L’arrêt des deux raffineries a donc d’ores et déjà un impact énorme financièrement : selon un opérateur, l’entreprise perd « deux millions d’euros par jour sur l’activité raffinage. Mais ils préfèrent perdre 20 millions d’euros à cause de la grève que nous donner des augmentations ». Du côté des syndicalistes, le coût des revendications a été chiffrée : « nos revendications représentent deux millions d’euros sur les 409 de bénéfice fait au premier semestre. Le refus d’ExxonMobil est purement politique » dénonce Christophe Aubert, de la CGT ExxonMobil.

La grève, massive, arrive quelques jours avant l’appel à la grève dans les raffineries de Total, du 27 au 29 septembre. Alors que sur les huit raffineries françaises, cinq appartiennent à Total et deux à ExxonMobil, le risque de pénurie pourrait arriver rapidement, d’autant qu’il faut près d’une dizaine de jour pour faire redémarrer la raffinerie. « Cela fait plus de 30 ans que je suis ici, je n’ai jamais vu ça » nous confie un gréviste, pour qui le lien avec les autres secteurs en grève devient de plus en plus important : « ce serait bien qu’il y ait une coordination entre les différents groupes qui se mettent en grève ».

Dans un contexte où l’inflation atteint presque le 7%, la poursuite de mouvements de grève reconductible forts, à ExxonMobil et à PSA Hordain, montre à quel point un plan de bataille national pour des augmentations de salaire généralisé est nécessaire, avec comme méthode de lutte la grève reconductible et l’arrêt des productions.



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