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Droite toute au Chili

Répression. Boric, nouveau président chilien, affirme que "la police doit être renforcée"

Le nouveau président élu du Chili, Gabriel Boric, s'oriente vers une ligne de dialogue avec les forces répressives, revenant même sur la timide demande de "refondation" qu'il avait précédemment formulée en revendiquant une grande réforme des forces de police.

vendredi 14 janvier

Article initialement publié sur La Izquierda Diaro.

La politique de droite du président récemment élu, Gabriel Boric, poursuit son cours, ce qui est confirmé par ses dernières rencontres avec l’actuel directeur général des carabiniers, Ricardo Yañez, passant d’un discours de "refondation" des carabiniers, agents militaro-policiers armés de carabines, à une proposition de simple "réforme".

“Nous devons réorganiser la police et nous en avons déjà discuté avec le général Ricardo Yáñez, directeur des Carabiniers, qui est ouvert à cette réforme qui nous permettra d’améliorer l’efficacité de la police dans la poursuite des délits. Nous avons besoin d’une redistribution des forces de police en fonction des besoins et du niveau de revenu de chaque commune, nous devons donc renforcer l’institution des Carabiniers par une réforme profonde", a déclaré le président du parti d’opposition.

Les carabiniers et les prisonniers politiques de la rebellion

Le général Ricardo Yañez, avec qui le nouveau président s’entretient, n’est pas n’importe quel officier des Carabiniers, il était le directeur national de l’ordre et de la sécurité pendant la rébellion d’octobre 2019. Dans ses fonctions cet homme a ordonné la persécution et la répression de ceux qui se sont soulevés contre le régime de 30 ans, aussi appelé les décennies de néolibéralisme sauvage hérité du pinochetisme.

Le président Boric a également souligné que "cette tâche est accomplie de différentes manières à partir de questions de base telles que l’investissement dans les infrastructures, l’éclairage, les terrains de sport ou encore l’investissement dans la culture et l’associativité. Et là, nous allons travailler en lien avec les municipalités, quel que soit leur secteur politique. Je ne vais pas faire de distinction si l’une est de l’UDI [droite], du DC [centre-gauche] ou du Frente Amplio [force politique de Boric], nous allons travailler de manière égale avec les différents secteurs".

Il semble que pour le nouveau président, en matière de "sécurité et d’ordre", il existe des aspects transversaux qui vont au-delà des idéologies et des positions politiques, diluant toute forme de démarcation politique, comme si les positions de la Démocratie chrétienne (DC), ou même de l’Union démocratique indépendante (UDI) qui clame qu’il n’y a pas de prisonniers politiques suite à la rébellion, pouvaient s’accorder. De cette manière, il revendique la militarisation de La Araucanía dans le sud du pays contre le peuple autochtone Mapuche, comme on l’a vu avec la prolongation de l’état d’urgence il y a quelques jours.

Or, nous ne pouvons pas laisser croire qu’il n’y a pas de différence notoire entre la revendication de la libération des prisonniers politiques de la rébellion et ceux concernant les crimes d’autres types. Boric a déjà commencé doucement à tâter le terrain de ce que sera son prochain gouvernement, déclarant qu’il "examinera au cas par cas", prévenant que quiconque qui aurait "brûlé un supermarché" ne pourra être gracié.

Cette rhétorique ne cherche qu’à diviser les manifestants entre "les bons et les mauvais" afin d’éviter de parler de tous les prisonniers de la rébellion de 2019 et du caractère étatique de la répression brutale déclenchée par les Carabiniers, avec une véritable chasse à l’homme contre ceux qui ont protesté.

Quelle confiance peut-on avoir en quelqu’un qui, ayant participé à l’"accord de paix", a sauvé la peau du gouvernement de Piñera, extrêmement affaibli, et qui justifie aujourd’hui l’emprisonnement de certains des combattants en octobre 2019 ?

D’autre part, la loi actuelle sur la grâce des prisonniers politiques semble se heurter à un obstacle de taille au Sénat, où la droite a déjà indiqué qu’elle voterait contre, laissant tout entre les mains de l’ancien président Piñera.

Dans le cas des Carabiniers, une institution discréditée par la population car accusée depuis longtemps de corruption, notamment lors de l’affaire "Pacogate", et de multiples violations des droits de l’homme, cette ligne de réforme interne permet de redorer l’image de l’institution et ainsi tenter de regagner la confiance des masses.

Or, il n’y a aucune confiance à donner à Boric qui poursuit son chemin vers la droitisation dans les différentes sphères de la politique, où la réforme des Carabiniers ne fait que couronner cette droite lignée de grands accords avec les partis des décennies de néolibéralisme.

Seule la mobilisation dans les rues, avec les familles des prisonniers politiques et avec les organisations de défense des droits de l’homme permettra d’imposer la victoire, en revendiquant la libération de tous les prisonniers politiques sans restrictions, contre l’impunité des carabiniers, pour que justice soit rendue aux personnes concernées et que les responsables des violations des droits de l’homme soient punis.



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