^

Politique

Round II

Dissolution, 49.3 : Macron menace de passer en force la réforme des retraites

Après avoir tergiversé pendant plusieurs semaines sur la méthode à adopter pour passer en force la réforme des retraites, Emmanuel Macron a tranché. Au programme, ce sera donc un projet de loi à part entière, que le président de la République espère faire voter d’ici janvier 2023.

jeudi 29 septembre

Crédit photo : Michel EULER / AFP

Un dîner pour mettre toutes les options sur la table. Et trancher. A l’Élysée, autour d’un plateau de fruits de mer composé d’huîtres, de bulots et de crevettes, les vingt et un convives se sont comptés. A la recherche d’une voie de passage pour réformer les retraites, Emmanuel Macron avait réuni les poids lourds de son gouvernement et les dirigeants de sa majorité pour prendre le pouls de son propre camp.

Jusque-là, Macron hésitait entre un passage en force dès l’automne dans le cadre du Projet de loi de financement de Sécurité sociale (PLFSS) ou une loi sur les retraites en 2023. Hier, une nouvelle perspective s’était ouverte, sous la forme d’un « PLFRSS », c’est-à-dire un projet de loi de financement rectificatif de la Sécurité sociale.

C’est finalement la méthode classique, d’apparence moins brutale, qui a été retenue : présenter la réforme des retraites dans un projet de loi spécifique et voté durant l’hiver, fin 2022 ou au tout début de 2023. Pour ce faire, le président de la République a chargé la Première ministre d’annoncer une concertation sur la réforme des retraites que devra mener le ministre du Travail Olivier Dussopt. « On a fait le choix de la concertation » revendiquait, ce jeudi matin, Elisabeth Borne à l’AFP.

Mais si d’aventure, les directions syndicales et les oppositions refusaient de jouer le jeu, le gouvernement souligne qu’il n’hésitera pas à dégainer le 49.3, éventuellement en réintégrant le projet de réforme au sein du PFLSS à défaut dans un PFLSS rectificatif en janvier 2023. Dans le même sens, ce jeudi, Olivier Dussopt mettait en garde, en cas de motion de censure au Parlement, il y aurait dissolution de l’Assemblée Nationale.

En bref, sur la forme le président de la République lâche un peu de lest. En revanche sur le fond, il ne lâche rien. Cela veut dire un « report progressif de l’âge de départ de quatre mois par ans », et donc une retraite à 65 ans en 2031, 64 ans en 2027. De quoi nous rappeler, par-delà les diversions sur la méthode, que l’objectif est bien de nous faire travailler toujours plus et plus longtemps. Dès ce jeudi matin, le patron du MEDEF Geoffroy Roux de Bézieux a sommé le gouvernement d’aller plus loin encore, en insistant sur l’importance de s’attaquer également aux régimes spéciaux comme en 2019 : « il sera difficile de demander aux Français de travailler plus longtemps, si certaines catégories sont exemptées » justifiait-il au micro de FranceInfo.

D’ores et déjà les directions syndicales devraient communiquer une fin de non-recevoir au chef de l’Etat et, dans le même temps, s’atteler à construire un plan pour préparer la riposte à cette nouvelle offensive d’ampleur. Alors que le président des riches est déterminé coûte que coûte à nous opposer le round II d’une attaque que la grève massive des transports avait permis de mettre en échec, il y a urgence à opposer au patronat un véritable mouvement d’ensemble contre les attaques sur les retraites et la vie chère.



Mots-clés

Elisabeth Borne   /    Oliver Dussopt   /    Réforme des retraites   /    mouvement ouvrier   /    Grève   /    49.3   /    Emmanuel Macron   /    Politique