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International

Militarisation allemande

Réarmement impérialiste : les députés allemands votent les 107 milliards d’euros pour l’armée

Dimanche soir, le gouvernement allemand et l'opposition conservatrice ont trouvé un accord sur l'allocation de plus de 100 milliards d'euros pour l'armée allemande. Sous prétexte de défense nationale, l'Allemagne cherche en réalité à s'assurer un rôle de puissance de premier plan sur le continent européen.

lundi 30 mai

Crédits photo : REUTERS/Lisi Niesner

Après plusieurs mois où le chancelier allemand Olaf Scholz promettait un renforcement militaire de l’Allemagne, c’est maintenant chose faite. Dans la nuit de dimanche à lundi, le gouvernement (SDP, Verts et Parti libéral-démocrate) ainsi que l’opposition conservatrice CDU/CSU, ont trouvé un accord pour débloquer des fonds pour l’armée allemande. Depuis les années 1990, les effectifs militaires ont diminué de plus de la moitié passant de 500 000 à 200 000 personnes dans ses rangs avec du matériel particulièrement vétuste. Cent milliards d’euros seront donc dirigés vers la modernisation de cette armée dans le contexte de guerre en Ukraine.

Selon le journal Le Monde, ce nouveau budget militaire sera financé sur un « fond spécial », situé hors du budget national, par la création d’une dette supplémentaire. Une astuce utilisée pour contourner les règles de la constitution allemande qui comporte des « freins à l’endettement » censés limiter les possibilités de déficit budgétaire. Tout ceci s’ancre autour de l’objectif d’investissement de 2 % du PIB national dans la défense fixé par l’OTAN, qui selon le texte de l’accord sera atteint « en moyenne sur plusieurs années ».

Ce versement spécial s’inscrit totalement dans le processus de militarisation de l’Allemagne qui placera le pays en troisième position mondiale du plus gros budget de défense, juste avant la Chine et les États-Unis.

Le résultat d’une alliance entre le gouvernement et les secteurs de la droite conservatrice

Après plusieurs semaines d’épreuves de force où Rolf Mützenich, président du groupe parlementaire du SPD, menaçait de passer en force sans alliance en invoquant l’article 115 rendant possible l’accord avec une majorité simple, une entente a été trouvé avec les conservateurs du CDU/CSU. En effet, en temps normal, les deux-tiers du Parlement sont nécessaires pour contourner la constitution. Les Conservateurs ont accordé leurs voix que parce qu’il s’agissait d’utiliser ce budget pour le renforcement de l’armée nationale.

Une position que nuancent les Verts et le SPD qui assurent que le fond spécial servira à « renforcer les capacités d’alliance et de défense », c’est-à-dire un investissement dans la Bundeswehr, mais aussi dans d’autres services comme la cybersécurité. Une manière de lui donner un vernis progressiste après que des scandales aient émergé autour des références au régime nazi dans l’unité d’élite KSK, mais surtout avec la découverte d’un réseau néo-nazi en avril dernier auquel un ancien soldat aurait appartenu.

Un « changement d’époque », synonyme d’une déclaration de guerre envers la population qui paye la crise

L’annonce de l’augmentation du budget de l’armée n’annonce rien de bon pour les classes populaires allemandes. Sous couvert d’argument de défense nationale et de « changement d’époque », ce sont les intérêts géopolitiques et économiques de la bourgeoisie allemande qui sont défendus sur le dos de la population. En effet, le ministre des Finances Christian Lindner déclarait la semaine dernière que la lutte contre l’inflation était une « priorité absolue ». Mais comme cette « priorité » a lieu sur fond de guerre elle doit donc s’accompagner de « l’assainissement nécessaire des finances publiques ». Pour Lindner, « l’intention est de respecter le frein à la dette de la loi fondamentale en 2023 et les années suivantes jusqu’en 2026 ».

Il devient alors clair que pour éviter l’endettement, le gouvernement allemand entend s’attaquer aux autres budgets. Ainsi, en 2022, le budget du ministère du travail et des affaires sociales diminue de 2,9 %, celui de l’Education de 2,5 %. De la même manière, la pandémie n’est pas finie. Pourtant, malgré une légère hausse du budget de la santé, les dépenses dans la lutte contre le covid ont chuté de 4,06 milliards à seulement 1,9 milliards d’euros.

Enfin, l’argument de la défense nationale face à la menace russe est très vite déstabilisé par l’enjeu politique que recouvre le réarmement du pays dans le nouvel équilibre mondial. Lors de son discours, Olaf Scholz a insisté sur le rôle central que joue l’Allemagne dans le conflit avec l’envoi « des armes antichars, antiaériennes, des équipements et des munitions ». À cela, s’ajoute la présence de la Bundeswehr sur le front de l’Europe de l’Est, avec l’envoi de 350 militaires en Lituanie en février dernier.

Comme nous le disions il y a quelques semaines : « Si le réarmement massif de l’Allemagne a un sens, c’est pour que Berlin assume un rôle de puissance de premier plan, avec le soutien des États-Unis, dans le secteur continental le plus chaud. Cela signifie que, dans un avenir assez proche, les frictions entre Moscou et Berlin seront inévitables et probablement durables. Certains analystes évoquent déjà cette responsabilité particulière de l’Allemagne. Ulrich Speck, analyste réputé du German Marshall Fund à Berlin, affirme que « la guerre ouverte contre l’Ukraine a clairement montré où se trouve le centre de gravité de la politique étrangère et de sécurité allemande pour les années à venir : en Europe centrale et orientale ».

« 100 milliards pour la santé, le climat et le social au lieu du réarmement »

Ce dimanche, des centaines de personnes ont manifesté dans les rues de Berlin contre la décision du réinvestissement massif dans l’armée. De nombreux acteurs politiques de la gauche radicale se sont retrouvés autour des mots d’ordre suivant :

« Construisons un grand mouvement anti-guerre des travailleurs et des jeunes pour arrêter le réarmement et le fonds spécial de la Bundeswehr et pour déclarer la guerre aux prochaines coupes sociales et à la hausse des prix. 

Contre les 100 milliards d’euros pour l’armée !
Non à l’objectif de 2 % de l’OTAN !
Non à la guerre en Ukraine ! Solidarité avec tous ceux qui sont touchés par la guerre et tous les réfugiés ! Solidarité avec les manifestations anti-guerre en Russie et en Biélorussie !
100 milliards pour la santé, l’éducation, le climat et le social au lieu de l’armement !! 
Pour des mesures immédiates contre l’inflation ! Gel des prix de l’épicerie, du chauffage, de l’électricité et du loyer ! Ajustement automatique des salaires, des pensions, des allocations de chômage et de l’aide sociale à la hausse des prix - financé par les impôts fonciers. »

Avec la baisse des budgets des secteurs comme l’éducation et la santé, c’est l’inflation monstre qui promet misère et pauvreté à sa population. Face à cette perspective sombre, le mouvement anti-guerre et les grèves à venir doivent être une base sur laquelle s’appuyer pour construire la riposte des classes populaires contre la « nouvelle époque » que Olaf Scholz, en alliance avec les classes dominantes internationales, cherche à imposer.



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