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Réforme des retraites

Provocation : Borne réfléchit à permettre aux enseignants de partir le jour de leurs 64 ans !

A la veille d’une journée de grève qui s’annonce massive dans le premier degré, la première ministre a laissé entendre qu’elle étudiait la possibilité de revenir sur la règle qui oblige les institutrices et instituteurs en retraite à travailler jusqu’à la fin de l’année scolaire… sans bien entendu remettre en cause le recul de l'âge légal à 64 ans. Une annonce qui laisse songeur tant elle souligne le mépris abyssal du gouvernement pour les enseignant-e-s, et ne fait que nous donner une raison supplémentaire – s’il en fallait – pour être dans la rue demain.

Tristane Chalaise

18 janvier 2023

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Accrochez-vous à vos pupitres et tenez bien vos stabilos. Alors que les syndicats annoncent que plus de 70 % des institutrices et instituteurs seront en grève ce jeudi, premier jour de mobilisation contre la réforme des retraites, la première ministre a laissé fuiter dans Les Echos qu’elle envisageait « d’assouplir les conditions de départ des professeurs des écoles ».

Comment ? En faisant en sorte de leur permettre de partir le jour exact de leur anniversaire. Avec la proposition de Borne, les institutrices et instituteurs pourraient ainsi partir à la retraite le jour où ils obtiennent effectivement le droit de partir à la retraite ... au lieu d’attendre la fin de l’année scolaire et partir le 31 août.
La mesure serait, pour l’instant, en discussion avec le ministère de l’Éducation nationale, qui s’y opposerait face aux difficultés à recruter de nouveaux enseignant-e-s. Quoi qu’il en soit, on se demande bien où est le cadeau.

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Un cadeau ? De fait, comme toujours, il n’y en a pas. Mme Borne prend le prétexte de la situation actuelle, qui est déjà défavorable envers les enseignant-e-s de maternelle et de primaire, en oubliant de mentionner qu’avec la réforme, la situation sera encore pire.

Dans le système actuel, les enseignant-e-s de primaire sont en effet contraints de terminer l’année scolaire pour pouvoir prétendre à une retraite complète, même s’ils ont atteint l’âge de 62 ans et cotisé tous leurs trimestres en octobre, ou les mois suivants. Ainsi, avec la réforme en cours, les enseignants nés en début d’année scolaire devront donc attendre quasiment trois ans au lieu de deux ans supplémentaires pour partir à la retraite. Face à une telle injustice, le gouvernement réfléchi simplement à rétablir la même pénitence pour l’ensemble des travailleurs : les enseignants partiraient, comme tout le monde, deux années plus tard... Visiblement, la première ministre pense que, dans le premier degré, on ne sait pas faire le calcul.

C’est pourtant avec ce type d’annonce que le gouvernement – qui semble avoir oublié qu’il y a vingt ans, les enseignant-e-s du primaire avaient la possibilité de partir en retraite dès 55 ans en raison de la pénibilité du métier – semble espérer dissuader le secteur de l’Education de se mobiliser dans les semaines à venir, contre une réforme qui va réduire toujours plus les pensions et nous pousser toujours plus dans la précarité.

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Face à un gouvernement qui nous méprise, mobilisons-nous et organisons la lutte pour nos retraites !

Comme le pointe le SNES, principal syndicat du secteur, les enseignant-e-s du premier degré sont déjà les « champions de la décote », avec plus de 30 % des personnels qui partent avec une retraite amputée, tandis que dans le second degré, ce sont 20 % des enseignant-e-s qui ne touchent pas une retraite complète. Une situation qui s’explique par la saturation et l’épuisement des institutrices et instituteurs en fin de carrière, dont beaucoup préfèrent quitter le métier avec une retraite incomplète plutôt que de subir et faire subir à leurs élèves la – ou les – « année[s] de trop ».

De fait, qui peut envisager enseigner, s’occuper d’enfants, les accompagner, leur accorder l’attention nécessaire, à 64, 65, 66, 67 ans ? Avec la réforme, il est probable que les enseignant-e-s continuent à préférer partir avant de devenir maltraitants envers eux-mêmes et leurs élèves, ou soient contraints, comme beaucoup de travailleuses et travailleurs, à devoir cesser de travailler pour raisons de santé. Une situation qui va accroître encore le volume de décotes et baisser encore le montant des pensions, et va mener à plus de précarité celles et ceux qui ne pourront plus travailler, mais devront attendre 64 ans pour pouvoir prétendre à la retraite, et n’atteindront jamais les 43 annuités nécessaires pour toucher une retraite complète.


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