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Politique

éducation à deux vitesse

Protocoles pour la rentrée : Blanquer veut “évincer” les collégiens et lycéens non-vaccinés !

A un mois de la rentrée, le ministère de l’Education nationale a fait connaître les quatre scénarios envisagés pour les établissements scolaires. Seule véritable nouveauté : Jean-Michel Blanquer déclare vouloir “évincer” des classes les élèves du secondaire non-vaccinés, qui devront rester chez eux s’ils sont cas-contact. Des annonces qui accentuent la division imposée par le gouvernement entre vaccinés et non-vaccinés, et qui laissent une fois de plus le champ libre à une école à deux vitesses, sans proposer de véritables moyens pour assurer la santé et l’apprentissage de tous.

jeudi 29 juillet

Crédit photo : FranceInfo

C’est au micro de FranceInfo que Jean-Michel Blanquer a présenté ce mercredi l’organisation de la rentrée scolaire, avant que le MEN ne rende publiques les mesures de fonctionnement pour les établissements. Au menu, 4 niveaux de protocoles à appliquer selon l’intensité de circulation du virus, dont ont peut remarquer que les critères d’application restent encore indéfinis. Si, pour l’école primaire, Blanquer explique que le protocole sanitaire reste quasi-identique que l’an dernier, à l’exception faite du port du masque qui n’est plus obligatoire pour les élèves, la situation est différente dans le secondaire. Pour les collèges et lycées, pas de fermeture des classes en cas de contamination : quel que soit le niveau de protocole, les élèves non vaccinés seront en distanciel, et ceux qui auront pu bénéficier du vaccin pourront suivre en présentiel.

Surveiller les élèves et exclure les récalcitrants : évitant habilement de parler de passe sanitaire, le ministère l’impose de fait dans le secondaire

Si la vaccination est obligatoire à partir du 30 septembre pour les 12-17 ans pour se rendre dans les lieux publics, Jean-Michel Blanquer répète qu’il ne le sera pas dans les écoles :« l’école est la priorité du gouvernement français [...]. On comprend bien que l’école n’est pas un cinéma et doit avoir un statut à part », sous-entendu sans passe sanitaire. Toutefois, la division opérée entre les vaccinés et non-vaccinés révèle de fait un caractère semi obligatoire, d’autant que les élèves non-vaccinés ne pourront participer à des sorties scolaires.

Au-delà du vocabulaire employé par le Jean-Michel Blanquer, qui parle d’éviction et ne masque même pas la volonté de faire le tri entre les élèves, c’est une véritable division qui va s’opérer dans les écoles, mettant de côté les secteurs qui ont le moins d’accès aux vaccins, et qui sont aussi souvent les plus précaires ou les plus isolés et, de fait, les plus susceptibles de ne pas non plus être équipés des outils numériques adaptés pour la fameuse “continuité pédagogique”.

Le ministre a en effet beau jeu de promettre la mise en place de 6 000 à 7 000 vaccinodromes à la rentrée dans les écoles, alors même qu’aucune annonce de moyens supplémentaires n’a été annoncée, et que, dans beaucoup d’établissement, on attend toujours les tests salivaires et les autotest promis dans les précédents protocoles.

Le choix fait par le ministère s’inscrit ainsi dans le tournant liberticide pris par l’exécutif dans la gestion du covid. Dans la même logique que dans le monde du travail, où un salarié pourra être suspendu et privé de salaire pour non-vaccination, les élèves non-vaccinés seront suspendus de l’école. De même, à l’école comme au travail et dans l’espace public se pose la question de l’anonymat, puisque le protocole sous-entend que les chefs d’établissement pourront connaître le statut vaccinal des élèves.

Un « flicage » qui s’ajoute au contrôle systématique du port du masque depuis la rentrée, et qui s’est fait au détriment des activités et du lien pédagogique entre les élèves et les personnels. Mais surtout, une démarche qui rejoint le « flicage » imposé par le passe sanitaire pour les employeurs comme pour les propriétaires d’établissements publics, qui vont devoir contrôler leurs employés et leurs clients.

Parier sur l’illusion du « tout vaccinal » pour éviter d’investir dans l’Education Nationale et faire porter aux familles la responsabilité du virus

Excluant des « cas-contact » les « non vaccinés », les quatre scénarios sous-tendent que les vaccinés ne peuvent plus être cas-contact, c’est-à-dire de ne pas encourir le risque d’avoir le covid et de le transmettre. Une confusion qu’avait fait Castex lors d’une intervention sur TF1 qui expliquait que les personnes vaccinées ne pouvaient plus avoir la maladie. Une déclaration tout simplement fausse puisque le vaccin empêche notamment de développer les formes graves du virus, mais pas de s’en débarrasser.

Une confusion toutefois intéressante pour le ministre de l’Education Nationale, puisqu’elle permet d’évacuer la question de la diffusion du virus. Reconnaitre que les personnes vaccinées peuvent contaminer impliquerait de mettre en place d’autres protocoles, qui prennent en compte la nécessité d’alléger les groupes, d’investir dans des purificateurs d’air ou de désinfecter régulièrement les espaces. Des protocoles que le ministère s’est toujours refusé à mettre en place, refusant d’investir un centime pour la santé des élèves et personnels et pour une véritable continuité pédagogique.

Ainsi, c’est seulement en niveau 4, pour lequel les critères, comme pour tous les autres niveaux, ne sont pas encore définis, que des jauges allégées peuvent être envisagées, mais seulement à partir de la 4e. Restant sur la logique de ne pas investir tout en permettant aux parents d’aller travailler, le ministère prévoit de faire rester à la maison ceux qui peuvent se garder tout seuls plutôt que d’anticiper de quoi les accueillir.

Si Blanquer répond sur FranceInfo qu’il “[raisonne] en termes de moindre mal”, pas “en termes de situation idéale” et que l’objectif, c’est la continuité pédagogique”, la réalité, sans moyens, et sans protocole à la hauteur, est celle d’une école à deux vitesses, où la continuité pédagogique reste une illusion pour les élèves les moins favorisés scolairement et socialement.

A la rentrée, ni exclure ni fliquer, mais demander des moyens pour enseigner !

Aujourd’hui, la stratégie du gouvernement est d’”évincer”, selon ses propres mots, les jeunes non-vaccinés, de la même manière qu’il menace de sanctionner les travailleurs non-vaccinés. Contre cette stratégie autoritaire et liberticide, l’enjeu central reste la nécessité de moyens supplémentaires pour accueillir les élèves dans les écoles, ainsi qu’une campagne vaccinale à la hauteur pour les jeunes.

S’il existe des suspicions, des doutes et des difficultés pour accéder aux vaccins, c’est avant tout à cause de la gestion catastrophique de la crise par le gouvernement, avec ses énièmes ratés sur les masques, les tests, et les vaccins, et qui n’a cessé de répéter que les plus jeunes ne risquaient rien et n’attrapaient pas le virus à l’école.

Plutôt que d’imposer la vaccination, il s’agirait avant tout d’informer et de la rendre accessible à toutes et tous en organisant une véritable campagne pour les écoles et les lieux de travail. Il apparait aussi nécessaire de maintenir la gratuité des tests pour ceux qui en font le choix, mais aussi de fournir gratuitement des masques lorsque cela est nécessaire.

De même, plutôt que d’augmenter 1,7 milliards d’euros le budget de la Défense tout en réduisant de plusieurs millions d’euros le budget de l’éducation, il s’agirait d’investir pour permettre l’accueil de tous les élèves dans les meilleures conditions sanitaires et pédagogiques, en proposant un plan d’embauche massive et en fournissant le matériel et les locaux dont les personnels ont besoin pour enseigner et assurer le bien-être de tous.

Il est pour cela nécessaire que les directions syndicales, au-delà des simples déclarations d’intention, proposent un plan ambitieux pour la rentrée et ne se contentent pas d’une date tardive et isolée. Comme le dénonce Sophie Vénétitay, représentante du SNES-FSU, premier syndicat enseignant, dans Le Monde : “on a l’impression que le ministère n’a tiré aucune leçon du fonctionnement chaotique de cette année scolaire”. Il serait donc temps de lui apprendre.




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