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Pendant que certains meurent sous les bombes...

Profiteurs de guerre en Ukraine. Des pots-de-vin au sommet de l’État ?

Depuis une semaine, des accusations de corruption ont éclaté contre plusieurs hauts responsables ukrainiens. Ces derniers auraient reçu des pots-de-vin contre la signature de contrats concernant l’armée. Une affaire qui pourrait coûter cher au gouvernement.

Irène Karalis

26 janvier 2023

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Crédits photo : SERGEI SUPINSKY / AFP

Depuis une semaine, des accusations de corruption ébranlent le gouvernement ukrainien. Plusieurs hauts responsables ont été limogés du gouvernement. Parmi eux, le chef adjoint du bureau du président, Kyrylo Timochenko, le vice-ministre de la défense, Viatcheslav Chapovalov, le procureur général adjoint, Oleksii Simonenko et les gouverneurs des régions de Dnipropetrovsk, de Zaporojie, de Soumy, de Kherson et de Kiev. Selon une enquête parue dans l’hebdomadaire Zerkalo Nedeli, ces derniers sont accusés d’avoir reçu des pots-de-vin en échange de signatures de contrats d’approvisionnement de l’armée. Le vice-ministre de la défense aurait ainsi signé un contrat à un prix surévalué sur les produits alimentaires destinés aux soldats à la hauteur de 324 millions d’euros, avec des prix établis « deux à trois fois plus élevés » que les tarifs en vigueur.

Le gouverneur de la région de Dnipropetrovsk, Valentin Reznitchenko, aurait attribué des contrats pour la réparation de route à un groupe cofondé par sa petite amie. Le chef du bureau du président, Kyrylo Tymochenko, aurait, lui, utilisé un véhicule tout-terrain donné à l’Ukraine par le groupe américain General Motors, et le procureur général adjoint Oleksii Simonenko serait parti en vacances en Espagne alors même que les déplacements à l’étranger, hors déplacements professionnels, sont interdits pour les hommes ukrainiens en âge de combattre. Le 22 janvier, le vice-ministre des infrastructures Vassyl Lozinsky a été arrêté par la police anticorruption pendant qu’il empochait un pot-de-vin de 400 000 dollars pour « faciliter » l’achat de générateurs à des prix gonflés. Pavlo Galimon, chef adjoint du parti présidentiel, aurait lui acheté une propriété à Kiev pour un montant supérieur à ses revenus déclarés.

Le 23 janvier au soir, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé des changements aux hauts postes du gouvernement et dans les régions pour calmer le scandale. Avant la guerre en Ukraine, il avait fait de la lutte contre la corruption son thème de prédilection et prétendait représenter une rupture avec l’élite politique qui était au gouvernement depuis 1991. En effet, la corruption est extrêmement répandue en Ukraine, pays classé à la 122e place sur 180 sur l’indice de perception de la corruption de l’ONG Transparency International en 2021. Après l’éclatement de l’affaire, Zelensky a en outre assuré qu’il n’y aurait pas « de retour à ce qui existait dans le passé, à la façon dont vivaient diverses personnes proches des institutions de l’État ou celles qui ont passé toute leur vie à courir après un fauteuil. »

Pour le gouvernement ukrainien, ces affaires pourraient avoir des conséquences auprès de ses alliés occidentaux. Viola von Cramon, députée européenne et vice-présidente de la délégation à la commission parlementaire d’association UE-Ukraine explique ainsi : « Si les donateurs commencent à avoir des doutes et à penser qu’elle est corrompue, c’est toxique, personne ne voudra plus rien donner. » Traduction : si les affaires de corruption s’éventent et commencent à provoquer des réactions en Ukraine mais également au sein de l’opinion publique occidentale, cela pourrait constituer une mauvaise presse pour les gouvernements occidentaux qui inondent l’Ukraine de livraisons en armes et fonds. En outre, l’UE a fait des mesures anticorruption une condition indispensable si l’Ukraine souhaitait pouvoir être candidate à l’adhésion à l’Union Européenne.

En réalité, ces affaires de corruption ne sont pas étonnantes de la part d’un gouvernement qui, il y a quelques semaines, négociait avec Blackrock pour faire du profit sur la reconstruction de l’Ukraine. En réalité, le gouvernement Zelensky est un gouvernement antisocial et profondément antidémocratique, qui n’a pas hésité à utiliser le prétexte de la guerre pour interdire 11 partis politiques et museler l’opposition. De manière plus générale, cette affaire rappelle la corruption permanente des gouvernements capitalistes et le fait qu’en temps de guerre comme en temps de paix, le gouvernement et le patronat cherchent toujours à tirer leur épingle du jeu et à faire des profits, de manière légale ou non.

Mais ce scandale rappelle un élément structurel de l’Etat ukrainien : il est fondé sur le vol à ciel ouvert de la richesse nationale, socialement créée, par une poignée de « tycoons » corrompus, souvent issu de l’ancien appareil d’État stalinien. Les impérialistes ont pendant longtemps utilisé la lutte contre la corruption comme un outils pour faire pression sur des gouvernements de la région. Cependant, ils ont été des complices de cette corruption. En effet, la corruption ouverte était le prix à payer pour accélérer le processus de restauration capitaliste à la suite du démantèlement de l’URSS. Zelensky lui-même est soupçonné de corruption dans le scandale des révélations des « Panama papers ». Cette même Ukraine que des dirigeants et journalistes occidentaux veulent aujourd’hui nous présenter comme un « havre de la démocratie et de la liberté », continue à être cet État corrompu et criminel qui n’a pas grand chose à envier à la Russie de Poutine.


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