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Privatisation : le CHU ferme ses urgences de nuit à Bordeaux, une clinique privée ouvre les siennes

Alors que le CHU de Bordeaux a annoncé la fermeture nocturne de ses urgences, inquiétant grandement la population, certains se réjouissent. C’est le cas de la clinique du Tondu qui a annoncé dans le même temps l’ouverture 24h/24 de ses urgences privées.

vendredi 27 mai

Casse organisée de l’hôpital public : le privé en embuscade

Alors que la direction du CHU de Pellegrin à Bordeaux vient d’annoncer la fermeture du service des urgences, la nuit, la clinique privée du Tondu a fait savoir ce jeudi qu’elle ouvrait son service des urgences 24/24H. La logique est claire : face à l’hécatombe dans l’hôpital public, c’est les groupes privés qui s’avancent en sauveur et viennent faire des profits sur la santé.
A Bordeaux celui qui n’est autre que le 2ème CHU de France, s’est vu contraint de fermer la nuit face au manque d’effectif. Une situation scandaleuse, qui n’est malheureusement pas un cas isolé. Alors qu’on aurait pu croire que ces fermetures nocturnes, au sortir de la crise sanitaire, soient un électrochoc et permettent de changer la dynamique, le gouvernement et les directions d’hôpitaux ont d’autres plans en tête.

C’est ce qu’explique le docteur Philippe Revel, chef du pôle des urgences adultes de l’Hôpital Pellegrin et directeur du SAMU, pour qui ce système de régulation pourrait même perdurer : « Les urgences accessibles sans validation médicale 24 heures sur 24, c’est de l’histoire ancienne. On ne sait plus faire. On est à l’aube d’un changement d’habitudes » a-t-il expliqué au micro de l’AFP. Il y voit même « l’avenir des services d’urgences ». Même discours chez l’ARS pour qui « il s’agit de réorganiser l’offre de soins et de faire le choix de sanctuariser les urgences pour ne les consacrer qu’aux cas les plus graves. Le préalable pour aller aux urgences, c’est appeler les pompiers ou le 15. ».
Leur logique est claire, alors que la casse de l’hôpital public est organisée depuis de nombreuses années, les seuils critiques atteints aujourd’hui deviennent des points d’appuis pour transformer plus en profondeur encore l’accès aux soins. En s’appuyant sur le manque de moyen dans le public, le gouvernement ouvre grand la porte au privé.

Privatisation en marche. À qui profite le crime ?

La clinique du Tondu, située sur la commune de Floirac près de Bordeaux, appartient au groupe privé Saint-Gatien. Selon le journal Hospimédia, le groupe leader dans l’hospitalisation privée en France réalise près de 375 millions de chiffre d’affaires. Et la fermeture nocturne des urgences du CHU sonne comme une aubaine pour le groupe comme s’en est vanté le PDG Bruno Alfandari, dirigeant d’une quinzaine d’établissements privés : « Évidemment, on ne pouvait pas mieux tomber pour annoncer notre ouverture. Mais quelle fierté pour nous de participer encore davantage à la santé des habitants de la métropole bordelaise. Il est clair que la démographie a flambé sur la rive droite, où les seules urgences de la clinique Bordeaux Rive Droite assuraient cette mission de service public. Désormais nous sommes deux, ce qui va permettre de partager la charge. Pour un établissement privé comme le nôtre, un service d’urgence est structurant, ça ancre sur le territoire... »

Un discours pour le moins écœurant qui reflète bien la logique des cliniques privées. Celles-ci tirent les bénéfices du délitement de l’hôpital public avec lequel elles se trouvent mises en concurrence. Derrière les établissements de santé privé se cachent bien souvent d’importants investisseurs, c’est le cas de la clinique du Tondu, qui a été financée par BNP Paribas, qui possède par ailleurs deux autres établissements de santé.

Mais si le privé tire des bénéfices de la casse du service public de la santé, c’est que celle-ci est savamment orchestrée. Par exemple, la Clinique du Tondu s’est faite dans le cadre du projet urbaniste Euratlantique, c’est-à-dire avec le concours de la Mairie de Floirac et de Bordeaux Métropole. C’est ce que résume de manière limpide, Jean-Christophe Larose, Président du Groupe Cardinal promoteur immobilier de la zone : « Avec le partenariat de Bordeaux Métropole, nous avons porté cette réalisation, en collaboration avec le Groupe Saint-Gatien. » Un exemple clair de l’implication et l’accompagnement des pouvoirs publics dans la construction de secteurs privés de la santé.

L’hôpital public sous respirateur artificiel

Alors que la situation risque de s’empirer, avec plus de 120 établissements obligés de limiter leur activité, à l’échelle nationale, le gouvernement ne promet rien de bon pour la santé publique. Les gouvernements successifs ont mené d’importantes politiques d’austérité et sont en train de sacrifier le secteur de la santé publique aux intérêts du privé. Celle-ci va considérablement accroître les inégalités d’accès aux soins, en fermant l’accès aux urgences au plus précaires.
Face à des gouvernements qui font mourir à petit feu l’hôpital public, c’est une lutte commune de l’ensemble des personnels hospitalier et de la population qui peut mettre un coup d’arrêt à l’entreprise de privatisation de la santé. Alors qu’un premier rassemblement a été organisé à Bordeaux contre la fermeture nocturnes des urgences, il est urgent et nécessaire d’amplifier la mobilisation pour défendre un véritable accès aux soins.



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