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Politique

Nostalgie coloniale à l'Assemblée

Première séance à l’Assemblée : un député RN fait l’apologie de l’Algérie française et de la colonisation

La première séance de l’assemblée nationale a été présidée par le doyen, le député RN José Gonzalez qui a signé un discours introductif dans la pleine tradition de l’extrême-droite, entre nostalgie de l’Algérie française et apologie de la colonisation.

mardi 28 juin

Crédit photo : vidéo Le Parisien

Ce mardi se tenait la première séance de la nouvelle mandature de l’Assemblée nationale. A l’ordre du jour, mots d’introduction du doyen et élection de la présidence de l’assemblée. Comme le veut la coutume, c’est au doyen que revient la présidence de la première séance de la nouvelle mandature de l’assemblée nationale. Fort de ses 89 députés et signe de la nouvelle respectabilité républicaine acquise par le parti, le RN, qui comptait parmi ses membres le plus vieux des 577 députés, a donc pu ouvrir la première séance. José Gonzalez, 79 ans, élu député RN dans la 10ème circonscription des Bouches-du-Rhône ne s’est ainsi pas gêné pour faire un discours dans la plus pure tradition coloniale de l’extrême-droite pour inaugurer la nouvelle assemblée.

« Enfant d’une France d’ailleurs, arraché à sa terre natale et envoyé sur les côtes provençales en 1962, j’ai laissé là-bas une partie de ma France et beaucoup d’amis. Je suis un homme qui a vu son âme a jamais meurtrie » a déclaré José Gonzalez sur le perchoir de l’assemblée nationale, avant de s’interrompre, pathétiquement pris par l’émotion de sa propre histoire liée à celle, bien coloniale, de l’État français. Applaudi par une bonne partie de l’hémicycle, il a repris « excusez-moi, je pense à mes amis que j’ai laissés là-bas. Je suis un homme qui a vu son âme à jamais meurtrie par le sentiment d’abandon et les périodes de déchirement. »

Un discours nostalgique de la période coloniale et apologétique de l’Algérie française, bien raccord avec l’histoire réactionnaire du Rassemblement National, dont l’ancêtre, le Front National a été créé par Jean-Marie Le Pen qui a lui-même commis des actes de tortures envers des algériens alors qu’il était membre de l’armée française en Algérie. Selon Libé, l’ancien dirigeant et fondateur du FN a d’ailleurs prévu de féliciter José Gonzalez pour son discours.

Comme l’exprime son discours, José Gonzalez est un vrai nostalgique de l’Algérie française. Comme le rapporte Le Monde, le nouveau député des Bouches-du-Rhône au FN depuis 1978, et qui a été élu auparavant conseiller municipal et conseiller régional FN, est connu dans les milieux des vieux partisans de l’Algérie française. En 2019, il pose devant un monument en mémoire des partisans de l’Algérie française, qui englobe notamment des membres de l’Organisation de l’Armée Secrète (OAS), une organisation paramilitaire d’extrême-droite créée en Espagne franquiste et qui mena des actions faisant plusieurs milliers de victimes en Algérie, et plusieurs dizaines sur le sol métropolitain.

Ce discours introductif déforme bien entendu la réalité de la colonisation française en Algérie. Si José Gonzalez a vu « son âme meurtrie », on se demande dans quel état doivent être celles des millions d’algériennes et d’algériens qui ont subi la brutalité de la colonisation française. Que ce soit les massacres de civils, comme le rappelle la mémoire des 45 000 algériens massacrés à Setif et Guelma le 8 mai 1945 par l’armée coloniale, les disparitions forcées ou encore les viols de masses de femmes algériennes par l’armée française, pour ne citer que quelques-unes des exactions commise par la France en Algérie.

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A juste titre, ce discours a provoqué les réactions indignées des députés de la gauche de l’hémicycle. « C’est curieux que quelqu’un soit venu plaider sa nostalgie pour l’Algérie française et qu’il y a une partie qui l’a applaudi… Le front républicain s’est effondré » s’est par exemple exprimé Olivier Faure au micro de BFM TV. Pourtant, malgré l’étonnement du dirigeant du PS, le discours nauséabond du député RN, en pleine introduction de la nouvelle mandature de l’Assemblée nationale, vient rappeler que l’histoire même de la Vème République et de ses institutions est profondément liée à la tradition coloniale de l’État français, qui continue d’exploiter les peuples à travers le monde et, notamment, en Afrique.



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