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Paroles de grévistes

Piquet de grève au centre-bus RATP de Charlebourg : "il faut qu’on s’organise à la base pour gagner !"

Depuis lundi au centre-bus RATP de Charlebourg, une vingtaine de machinistes en grève se retrouvent sur le piquet de grève dès 5h du matin. "On ne voit déjà plus nos familles, alors le projet de la direction va empirer les choses" dénonce l'un d'eux, tandis qu'un autre défend : "pour gagner il faut qu'on s'organise à la base !"

mardi 24 mai

Augmentation du temps de travail, suppressions des repos, perte de salaire : les machinistes dénoncent « un projet de casse sociale »

« On a au moins 70% de grévistes au niveau local » témoigne Hassan, délégué CGT RATP Bus au dépôt de Charlebourg dans les Hauts-de-Seine (92). Il fustige la direction de la RATP et son « projet de casse sociale » avec lequel « elle veut imposer l’augmentation du temps de travail de 190 heures par an et supprimer six jours de repos ». Selon les calculs de son syndicat, il estime une perte sèche de « 400-500 euros, en échange d’une contrepartie de 80 euros » sur le salaires des agents.

En effet, alors que l’ouverture à la concurrence sur le réseau bus est prévue pour le début de l’année 2025 – date à partir de laquelle les machinistes pourront être transférés vers des entreprises privées et perdre leurs acquis sociaux –, la direction a décidé d’anticiper sur la casse des conditions de travail dès cet été pour les conducteurs de bus et de tramway. L’entreprise veut par exemple augmenter la journée de travail de 6h38 à 7h32 en moyenne, et généraliser les « services en deux fois » qui consistent à diviser la journée de travail en deux pour faire travailler les salariés pendant les heures de pointes le matin et le soir, augmentant de fait l’amplitude horaire passée entre le début et la fin de la journée pour les machinistes.

« On ne voit plus nos familles, on travaille samedi et dimanche...Et le projet de la direction ne va faire qu’empirer les choses ! »

Pour Hassan, le ras-le-bol des agents vient de loin : « Les conditions de travail sont dégradées depuis des années, la RATP n’arrive plus à recruter, il y a même des salariés qui ont abandonné du jour au lendemain le bus ». Mohamed, militant CGT RATP Bus dans le même dépôt, pointe le nombre élevé d’arrêts maladie en lien avec les conditions de travail, tandis qu’Omar, machiniste également syndiqué à la CGT ajoute : « On ne voit plus nos familles, on travaille le samedi, le dimanche... On voit que beaucoup de jeunes qui viennent d’arriver à la RATP et à qui on a vendu du rêve pendant les formations finissent par abandonner ». Pour eux, c’est clair : « le projet de la direction ne va faire qu’empirer les choses pour les machinistes ! »

« Notre espérance de vie est impactée par les horaires décalés » raconte Raphaël, syndiqué à la CGT, pour expliquer l’importance des jours de repos pour permettre aux machinistes de récupérer. Il interroge d’ailleurs : « si on a tant d’avantages que le prétendent les médias, pourquoi n’y a-t-il pas plus de conducteurs de bus ? » Pour lui, avoir de bonnes conditions de travail permet de garantir la sécurité des voyageurs à bord des bus : « nos dirigeants politiques ne pensent qu’à la rentabilité de l’entreprise, mais nous on défend un service public ».

La direction joue la division avec le métro et le RER, « il faut qu’on montre qu’on est prêt à se battre tous ensemble ! »

Sur le piquet, les grévistes se félicitent que tous les syndicats du département bus et tramway se soient mis d’accord pour la première fois pour appeler à trois journées de grève consécutives. Toutefois, ils sont également conscients que faire grève sur quelques journées isolées ne sera pas suffisant pour faire reculer la direction. Mais pour envisager de partir en reconductible, les machinistes sont confrontés à la question financière. « On a fait plus d’un mois de grève en 2019, et maintenant avec l’inflation, la vie chère, tout ça pèse sur le portefeuille », explique l’un d’eux.

De plus, la direction joue la division pour empêcher la jonction entre le mouvement au bus et les agents du RER et du métro qui ont un pouvoir bloquant et peuvent jouer un rôle déterminant dans le rapport de force. Après une journée de grève unitaire le 18 février, la direction avait concédé 300 euros de primes aux conducteurs du réseau ferré et les directions syndicales avaient retirées le préavis sur ce secteur, laissant les machinistes et conducteurs de tramway isolés.

Pourtant, si au métro et RER l’ouverture à la concurrence est pour le moment différée à l’année 2040, la direction est à l’affût pour s’attaquer aux conditions de travail au ferré aussi. Pour preuve le projet d’augmenter l’amplitude horaire des conducteurs de RER, le plan pour revoir au rabais le déroulement de carrière des techniciens, cadres et maîtrises, ou encore la répression syndicale au métro. D’ailleurs, la présidente d’IDF Mobilité, Valérie Pécresse, n’a jamais caché sa volonté d’accélérer l’ouverture à la concurrence au métro et au RER en l’avançant à l’année 2030.

Qu’à cela ne tienne, Mohamed veut donner de l’espoir : « En 2019, quand on a fait la grève contre la réforme des retraites, on était tous unis à la RATP. Bus, RER, métro, on était tous ensemble. On s’est même coordonnés avec la SNCF. C’est comme ça qu’on a été la pointe avancée dans cette lutte, et qu’on a pu empêché Macron de toucher à nos retraites. On a pu partir en reconductible et entraîner tout le monde avec nous. Mais cette unité c’est à la base qu’on l’a construit, pas dans les bureaux, donc aujourd’hui il faut qu’on recommence. Il faut qu’on s’organise à la base entre dépôts, qu’on prépare les caisses de grève et qu’on montre à la direction qu’on se battra tous ensemble ! ».



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