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Tout est possible

Pérou. Après la grève générale, la mobilisation peut-elle renverser le gouvernement de Dina Boluarte ?

Des milliers de paysans de différentes régions de l'intérieur du pays se sont mobilisés jeudi dernier dans les rues de Lima pour demander la démission du gouvernement de Dina Boluarte qui a déjà assassiné près de 60 personnes et fait des centaines de blessés. Si les mobilisations continuent malgré la répression la coordination des secteurs en lutte sera essentielle pour faire tomber le gouvernement.

Rédaction internationale

23 janvier 2023

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Alors que le Pérou connait des manifestations massives depuis le coup d’Etat institutionnel de Dina Boluarte, le mouvement continue de prendre de l’ampleur et de se radicaliser. Les habitants de plusieurs quartiers de la ville de Lima ont rejoint les mobilisations contre le gouvernement putschiste. Jeudi dernier, une grève générale appelée par la CGTP (Confédération Générale des Travailleurs du Pérou) a mobilisé massivement dans les provinces du pays, dans le cadre de mobilisations paysannes et de l’entrée de certains secteurs de la classe ouvrière dans les mobilisations.

Environ 30 000 personnes étaient notamment présentes dans les rues de Lima pour exiger la démission du gouvernement de Dina Boluarte. La présidente nommée depuis l’arrestation et l’emprisonnement de Pedro Castillo le 7 décembre dernier, avec l’aide de la droite et de l’extrême droite du régime fujimoriste, a violemment réprimé les mobilisations qui ont eu lieu depuis. A travers cette marche vers la capitale, surnommée « la prise de Lima », de nombreux secteurs paysans ont montré leur détermination à lutter contre le gouvernement dans le centre du pouvoir politique du pays.

Une manifestation massive réussie et une grève générale largement suivie

Des secteurs importants de la classe ouvrière, des entreprises agroindustrielles d’Ica, et des exploitations minières de petite taille se sont également mobilisés aux côtés des paysans, venus notamment du sud-est du pays où les mobilisations sont les plus importantes depuis le 7 décembre. Ces paysans ont notamment été accueillis par des étudiants organisés dans des collectifs de soutien à la mobilisation au sein de l’Université de San Marcos. Suite à la mobilisation ce jeudi, de nombreux habitants de la capitale ont également rejoint les manifestations, en ciblant les quartiers financiers.

À Puno, d’où des milliers de personnes se sont rendues à Lima, il y avait déjà de fortes mobilisations un jour avant la grève. Certaines actions comme des incendies de commissariat de la police nationale suite à l’assassinat d’une manifestante par la police à Macusani ou des tentatives d’occupations d’aéroports ont aussi eu lieu, comme à Arequipa.

Dans la région de Moquegua, on a également vu des manifestations massives, avec des habitants qui ont fini par fermer le pont Montalvo qui relie cette ville au reste des villes du sud du Pérou. Dans la ville commerciale de Tacna, alors que les marchés, les foires et autres services été paralysés, les travailleurs sont sortis manifester massivement tout au long de la journée, rejoints par des habitants de districts tels que Ciudad Nueva et Gregorio Albarracín, où la majeure partie de la population est originaire des régions de Puna et Aimara.

Les mots d’ordre principaux des manifestations sont centrés autour du départ de Dina Boluarte et de son gouvernement meurtrier, mais aussi du renvoi du Congrès dominé par la droite et l’extrême droite, qui a permis la destitution et l’emprisonnement du président Pedro Castillo. Le rejet du gouvernement Boluarte s’amplifie de jour en jour en réaction à la violente répression policière et militaire ordonnée par l’exécutif, qui a déjà causée près de 60 morts civils à l’intérieur du pays.

La colère contre le gouvernement a également été exacerbée ces derniers temps par les déclarations publiques de la présidente et de son premier ministre qui ont associé les manifestations à des actions de groupes terroristes, financés par des organisations extérieures au pays. La répression a notamment eu pour conséquence l’arrestation de 200 personnes au sein de l’Université de San Marcos après une intervention policière, une décision qui a provoqué une profonde colère des syndicats d’enseignants et d’universitaires dans le pays.

Une mobilisation qui doit se donner les perspectives d’une unité des travailleurs et paysans

Malgré la force de la mobilisation, son caractère massif et sa radicalité, l’absence d’actions coordonnées constitue une faiblesse de la dynamique actuelle. De même, la bureaucratie de la Confédération Générale des Travailleurs du Pérou ne met pas en place de centralisation du mouvement à l’échelle nationale.

Face à cette situation et afin que la grande détermination dont font preuve les travailleurs, paysans, et étudiants péruviens, permette faire tomber le gouvernement de Boluarte, nos camarades du Courant Socialiste des Travailleurs insistent sur la nécessité de constituer de comités de grève et des coordinations depuis la base regroupant l’ensemble de la population mobilisée. Les travailleurs regroupés dans la lutte pourraient ainsi mettre sur pied une Coordination Nationale Unitaire de Lutte, qui serait en mesure de centraliser les actions mises en place dans la mobilisation jusqu’à la chute du gouvernement Boluarte.

Une autre limite du mouvement actuel est la faible participation de la classe ouvrière en tant que telle dans ce processus de lutte. Si des secteurs de travailleurs précaires de l’exploitation minière artisanale et des dockers de marché participent aux actions, en particulier dans les régions intérieures du pays, les secteurs stratégiques comme les grandes mines ou les ports comme celui de Callao, restent en retrait.

Pour cette raison, il est fondamental d’exiger de la Fédération nationale des travailleurs des mines et de la métallurgie qu’elle cesse de retarder et de reporter la grève illimitée dans ce secteur, alors que celle-ci est déjà réclamée par des secteurs conséquents de la base. Cette mesure de lutte doit être appelée le plus rapidement possible afin d’accélérer la chute du gouvernement meurtrier de Dina Boluarte. Un véritable plan de bataille doit aussi être décidé dans les secteurs portuaires et des dockers qui ont une importance vitale pour le pays et qui pourraient impacter très durement le gouvernement.

L’unité de la classe ouvrière, des paysans et des secteurs populaires est le meilleur moyen de faire tomber le gouvernement meurtrier de Dina Boluarte. Seule l’unité des travailleurs, des paysans et du peuple permettra de mettre en place un gouvernement provisoire de ceux qui luttent, et concrétiser l’appel à une Assemblée constituante libre et souveraine. Une telle Assemblée pourra constituer un réel appui pour commencer à tout changer et remettre en question le pouvoir politique et économique de la bourgeoisie péruvienne raciste et de ses patrons, les capitaux impérialistes.


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