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Justice de classe

Pas de prison ferme pour Bigorgne, ami de Macron ayant drogué sa collaboratrice pour l’agresser sexuellement

Ce jeudi, l’ex-directeur de l’Institut Montaigne et proche collaborateur de Macron, Laurent Bigorgne, a été condamné à un an de prison avec sursis et 2000€ d’amende pour avoir drogué à son insu sa collaboratrice en vue de l’agresser sexuellement. Un cas d'école d'une justice de classe.

Gabriella Manouchki

8 décembre 2022

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Crédits photo : LEEMAGE VIA AFP

Le tribunal correctionnel de Paris a rendu sa décision ce jeudi : Laurent Bigorgne, reconnu coupable d’avoir drogué sa collaboratrice à son insu au cours d’un « dîner professionnel » à son domicile, mais aussi de l’avoir fait « afin de commettre un viol ou une agression sexuelle », est condamné à un an de prison avec sursis et à payer 2000 euros d’amende. Autrement dit, il échappe à la prison ferme.

Ce verdict intervient à l’issue d’une enquête pour des faits survenus en février dernier. Sophie Conrad, ex-belle-sœur et employée de Laurent Bigorgne à l’Institut Montaigne, avait porté plainte après qu’une expertise ait prouvé qu’elle avait été droguée à son insu. L’accusé avait rapidement avoué avoir pris de la cocaïne et dilué de la MDMA dans une coupe de champagne offerte à son employée – trois fois la dose récréative d’après les analyses. Il avait alors démissionné de son poste à l’Institut, qu’il avait présidé pendant 11 ans. Il continue cependant de contester toute intention sexuelle, raison pour laquelle il a annoncé faire appel. 

Laurent Bigorgne est bien connu des hautes sphères du pouvoir. Après avoir endossé le rôle de « conseiller spécial » du très scandaleux Richard Descoing, ancien directeur de Sciences Po Paris qui le considérait comme son « fils spirituel », il a été recruté par l’homme d’affaire Claude Béabar dans l’Institut Montaigne, qui se donne pour mission d’élaborer et d’orienter le projet de réformes néolibérales de l’État français – et auquel tout le CAC 40 cotise dans cette perspective. Il est introduit dans le très sélectif cercle Le Siècle par son ami Olivier Duhamel, plus tard accusé d’inceste.

« Ami de longue date » de Macron, à travers l’Institut Montaigne, il a activement contribué au lancement d’En Marche, l’organisation étant même au départ hébergée à son domicile. Il ne cesse depuis lors de le conseiller, allant jusqu’à être nommé par Édouard Philippe au CAP 2022 chargé de proposer un plan d’économie de 30 milliards d’euros au gouvernement à travers la casse des services publics. 

C’est en s’appuyant sur ses nombreuses responsabilités au sein de la classe dirigeante que Laurent Bigorgne n’a cessé de se victimiser dans le cadre de sa défense : c’est à cause de sa consommation excessive de cocaïne (jusqu’à 4g par jour), justifiée par la pression subie dans le cadre de la campagne présidentielle dans laquelle « l’Institut a une grosse responsabilité », qu’une « grave dérive » se serait produite envers une femme qu’il aurait « toujours regardée fraternellement ». Une rhétorique bien rodée, qui lui vaudra la bienveillance des juges, expliquant prendre en compte la « la fragilité du prévenu à ce moment » : un « deux poids deux mesures » manifeste quand on connait l’application des peines pour les classes populaires, à l’heure où Darmanin revendique la « double peine » pour les étrangers qui commettraient des violences sexistes ou sexuelles. 

Pourtant, comme le montre le témoignage de la victime, il ne s’agit en rien d’une « dérive » : dès 2021, alors qu’elle venait tout juste d’être employée à l’Institut Montaigne, Sophie Conrad raconte que son ex-beau-frère et nouveau patron Laurent Bigorgne lui aurait proposé un « after avec cocaïne », avant de lui vanter « les relations sexuelles sous cocaïne », puis plus tard de la harceler de questions à caractère sexuel par SMS. Des éléments que la justice a refusé de prendre en compte dans un premier temps, et qui l’ont finalement amenée à requalifier les faits aujourd’hui. 

Autant signes qui auraient dû alerter l’entourage de cette figure bien connue des cercles du pouvoir, mais qui ne peuvent que tomber sous le coup de l’omerta que la classe dominante fait régner pour protéger les siens. Les affaires qui concernent des proches de Laurent Bigorgne - tels que Richard Descoing, Nadia Marik ou Olivier Duhamel – ou encore le scandale #SciencesPorcs sont d’ailleurs l’expression de ce même phénomène

Si la victime et son avocat estiment que « c’est une reconnaissance de ce qui s’est passé et des faits, et une reconnaissance complète », ce nouveau cas de violences sexistes dans les plus hautes sphères du pouvoir donne à voir un comportement qu’il ne s’agit pas d’isoler comme un fait individuel, mais au contraire de comprendre comme un fait structurel de l’État et de ses institutions. 

L’affaire Laurent Bigorgne vient ainsi nous rappeler que nous n’avons rien à attendre d’un gouvernement qui, en même temps qu’il prétend lutter contre les violences sexistes et sexuelles en criminalisant les étrangers et en renforçant sa police, s’applique à protéger son système intrinsèquement patriarcal. Face aux Bigorgne, mais aussi au gouvernement et aux think-thanks de la classe dominante qui le conseillent, c’est en indépendance de l’Etat et de ses institutions, au côté de toutes celles et ceux qui cherchent à combattre le système capitaliste patriarcal, que nous pourrons avancer vers la construction d’une société libérée des violences sexistes et sexuelles.


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