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Crime colonial : pas d’enquête après l’assassinat de Shireen Abu Akleh par Israël

Le quotidien Israelien Ha’aretz a révélé jeudi que l’armée israélienne a refusé de conduire une enquête sur la mort de la journaliste palestino-américaine d’Al Jazeera Shireen Abu Akleh abattue d’une balle dans la tête le 11 mai dernier, alors qu’elle couvrait une opération de l’armée israélienne dans le camp de réfugiés de Jenin, en Cisjordanie.

vendredi 20 mai

La responsabilité de l’armée israélienne (Tsahal) dans la mort de la journaliste fait peu de doutes pour des observateurs du monde entier, appuyés par une vidéo prise quelques instants après le drame. Même l’armée israélienne a reconnu hier à demi-mots que sa mort est vraisemblablement due à un tir israélien. Pour autant, aucune enquête criminelle ne sera ouverte, et ni Tsahal ni l’auteur du tir ne seront exposés à des poursuites. Cette impunité étonne peu ; selon une étude de Reporters sans Frontières, au moins 30 journalistes ont péri sous les balles de l’armée israélienne depuis 2000, sans conséquence aucune. Une rengaine courante de l’État-Major est de renvoyer la faute sur les victimes, qui ne respecteraient pas les consignes et se mettraient elles même en danger en s’exposant aux tirs des soldats ; mais plus généralement, la faute est rejetée sur les « terroristes palestiniens », un récit facile qui a été tenté dans un premier temps par le gouvernement Israélien pour la mort d’Abu Akleh, avant de l’abandonner suite aux preuves accablantes.

Une telle couverture n’a rien de surprenant. Les conséquences d’une inculpation seraient préjudiciables politiquement pour les autorités israéliennes et mettraient en péril la coalition de Naftali Bennett, déjà dans une position délicate (la démission d’une membre de la Knesset vient de placer la coalition au pouvoir en minorité). Reconnaître un crime de guerre équivaudrait à un suicide politique et mettrait à mal la position d’Israël sur le plan international.

Appels sans suites

Après l’assassinat de Shireen Abu Akleh, puis ses funérailles lourdement réprimées, c’est un nouveau coup dur pour sa famille, mais non une surprise, qui a déclaré s’attendre à cette issue. La famille a fait appel aux États-Unis et à la « communauté internationale » pour ouvrir une enquête transparente sur le meurtre d’Abu Akleh, une exhortation aussi désespérée que vaine étant donnée la complicité du pays dans les exactions d’Israël, dont il finance à hauteur de $3,8 millards par an le régime d’Apartheid.

La chaîne Al-Jazeera, pour laquelle Abu Akleh travaillait a de même fait appel à la « communauté internationale » pour que justice soit faite ; Sultan Barakat, du Center for Conflict and Humanitarian Studies du Doha Institute juge dans une tribune que seule la Cour pénale internationale peut rendre justice pour la journaliste ; un vœu pieux, quand on sait que le dossier palestinien traîne sur leur table depuis 2015.

Justice ne sera pas rendue pour Shireen Abu Akleh. La Palestine est plus que jamais isolée sur le plan international ; les grossiers appels à la justice de l’administration Biden ne seront pas suivi d’effets, Joe Biden et Kamala Harris ayant d’ores-et-déjà prévenu lors de leur campagne que sous aucun prétexte le soutien financier à Israël ne sera remis en cause. Ailleurs, de nombreux pays arabes, dont certains étaient des soutiens historiques de la Palestine, se sont rapprochés d’Israël notamment en reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël.



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