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Du Pain et des Roses

Violences sexistes

Paris 8 : les cas de violences sexistes et sexuelles se multiplient, la direction reste silencieuse

Depuis plusieurs mois, des victimes de violences sexistes et sexuelles à Paris 8, dénoncent leurs professeurs et font la lumière sur l'omerta à la faculté et la direction complice.

vendredi 17 décembre 2021

Crédits photo : AFP

Cela fait plusieurs mois que des victimes de cyber-harcèlement, d’agressions sexuelles et de viol au sein de l’université de Paris VIII prennent la parole pour dénoncer des violences qu’elles ont subis de la part de certains professeurs et élèves. Malgré la soi-disant priorité que l’université, connue pour son unité de recherches en étude de genre, dit donner à la lutte contre les violences de genre, la direction n’a pris position que de manière partielle sans apporter des solutions concrètes face à un problème endémique.

Des témoignages de violences sexistes et sexuelles qui s’accumulent

Selon un article du Monde qui dénonce le silence de la direction de Paris VIII, en octobre 2020, une enseignante a signalé au procureur de la République le témoignage d’une étudiante disant avoir été violée par un autre étudiant de l’université. Fatima Zenati qui est en charge de l’égalité homme femmes à Paris VIII n’aurait appelé la victime qu’une seule fois. Un fait que madame Zenati dément tout en accusant les jeunes femmes victimes de violences sexuelles de ne pas assez se manifester auprès de l’administration. Ce qui est sûr, c’est que selon l’enseignante ayant signalé les faits, aucun suivi juridique et psychologique n’a été mis en place.

La direction a continué de porter ses oeillères quand plusieurs étudiantes ont accusé un professeur d’ergonomie d’harcèlement sexuel. Un cas qui est loin d’être isolé sachant que des dizaines d’étudiantes sont actuellement en train de lever le voile sur le cyber-harcèlement qu’elles subissent de la part d’un étudiant de leur classe. Une élève a témoigné auprès de nous, en expliquant qu’il se serait procuré son numéro et l’aurait appelé et bombardé de messages pendant plusieurs mois. Un thread twitter est également sorti à ce sujet. Alors qu’elles ont fait remonter les plaintes par écrit et oral plus de cinq fois auprès de l’administration, l’étudiant continue de circuler en toute impunité dans l’université sans qu’aucune mesure ne soit prise pour protéger les victimes.

Les charges continuent de s’accumuler alors que le 13 octobre, une diplomée de psychologie de 24 ans a annoncé avoir porté plainte contre son ancien professeur. Elle affirme s’être réveillée dans ses bras au milieu de la nuit, après qu’il l’a forcée à boire jusqu’au trou noir alors qu’iels avaient rendez-vous dans un contexte purement universitaire. Alors que la direction est au courant des faits depuis plusieurs mois, elle n’a suspendu le professeur qu’à partir du moment où les faits ont été rendus publics et ce, sachant qu’à ce jour aucune enquête en interne n’a été ouverte.

Omerta et direction complice

Marion (le prénom a été changé), l’une des créatrices du compte twitter « Paris8-Silence complice » affirme qu’elle a compilé 22 témoignages à propos de violences sexuelles subies dans le cadre de l’université ou par certains de ses membres. Pendant ce temps-là, la direction ne fait rien d’autre qu’inviter Schiappa, ancienne Ministre chargée de l’Egalité hommes femmes connue pour ses sorties racistes et homophobes et ayant récemment invité des militantes ouvertement transphobes au Ministère. Rappellons également que cette dernière a activement couvert Nicolas Hulot accusé de viol représentant ainsi un féminisme bourgeois qui ne souhaite punir que les étrangers mais qui ne s’attaque jamais aux Darmanin et aux Polanski.

C’est dans la continuité de la politique du gouvernement que Annick Allaigre, présidente de l’Université Paris 8, a signé une convention en partenariat avec le Ministère de l’intérieur visant à renforcer les compétences des policiers sans mettre aucun moyen dans les facs notamment pour mettre en place une cellule psychologique à disposition des victimes ainsi que des formations contre les violences sexistes. Rien de surprenant dans un contexte ou une grande part du budget du gouvernement part dans l’offensive sécuritaire menée depuis plusieurs années sous couvert de féminisme, à l’image de la loi du 3 août 2018. Cette loi qui pénalise le harcèlement de rue n’a fait que renforcer le dispositif policier dans les quartiers populaires et est à l’image de la politique pseudo-féministe du gouvernement qui instrumentalise la question des violences faites aux femmes pour mener des politiques racistes et répressives.

La direction complice de Paris VIII embraye ce pas et ne propose que des mesures cosmétiques qui n’auront pas d’autres fins que de légitimer le climat sécuritaire mis en place par le gouvernement.

La parole se libère, organisons-nous !

Cette affaire éclate alors que le mouvement #MeToo a inauguré de nombreuses vagues de libération de la parole afin de briser l’omerta au sein des institutions sur ce qui est le dernier maillon de toute une chaîne de violences patriarcales. Les mouvements tels que SciencesPorcs ou bien la mobilisation du collège Roland Dorgeles qui a vu des dizaines de jeunes adolescent.es bloquer le collège et scander « Victimes on vous croit », posent les bases d’une organisation entre étudiant.es en toute indépendance des directions d’établissement.

L’émancipation de l’oppression patriarcale ne pourra se faire que par l’organisation de nos propres forces, sur nos lieux d’études et de travail. Et ce, notamment à travers la mise en place d’une commission indépendante des directions complices dont les membres sont désigné.es démocratiquement par les étudiant.es et personnel.les de la fac , afin d’être à même de prendre en charge les cas de violences de genre que nous rencontrons au quotidien. Nous ne pouvons pas faire confiance à une direction qui rencontre Schiappa et signe des partenariats avec le Ministère de l’Intérieur et qui n’investit aucun moyen sur l’université pour lutter contre ces violences. Par ailleurs, nous devons nous attaquer à ce qui vulnérabilise et isole les étudiant.es et les victimes, c’est-à-dire leurs conditions matérielles, leur difficulté d’accès à un logement ou encore à des soins médicaux et psychologiques, c’est pourquoi nous exigeons un accès gratuit à un logement et à des soins.



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