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Orléans : l’université tente de priver d’aide alimentaire les étudiants sans pass sanitaire

Le président de l’université d’Orléans a exigé le contrôle du pass sanitaire lors d’une distribution de colis alimentaires pour des étudiants. Alors que la précarité étudiante a explosé, cette décision montre une nouvelle fois le rôle stigmatisant et répressif du pass sanitaire contre les plus précaires.

mardi 14 décembre 2021

Crédits photo : AFP- Stéphane De Sakutin

Lors d’une distribution de colis alimentaires organisée sur le campus La Source à l’université d’Orléans, les 279 étudiants bénéficiaires ont été contraints de présenter un pass sanitaire, suite à un arrêté pris le 7 décembre par la présidence de l’université.

Dans un article de Franceinfo, la présidente de l’association responsable de la distribution Orléans Soutient les Etudiant·e·s du Monde, raconte qu’elle a été obligée par la présidence de l’université de contrôler les pass des étudiants venus récupérer un colis alimentaire. Elle relate la consternation des bénévoles à la suite de cette annonce, qu’elle considère comme “une injustice, une double peine” pour ces étudiants en situation de précarité. Pour contourner cette interdiction les bénévoles ont donc préparé des paniers tout prêts à donner aux étudiants sans pass, sans passer par la file d’attente.

Suite au tollé provoqué par cet évènement, président de l’université, Éric Blond, a préféré ironiser sur le sort des étudiants précaires : en effet, celui-ci “salue” les bénévoles pour leurs réactivités, et estime même qu’il faut tirer un “bilan positif” de cette expérience qui aurait permis de s’interroger “sur ce qui pourrait être fait pour réduire les files d’attente".

Une réaction tout à fait indécente face à la gravité de la situation : on a voulu empêcher à des étudiants venus récupérer un colis alimentaire pour survivre de le recevoir faute de pass sanitaire, ce qui serait arrivé sans l’intervention des bénévoles.

Cette tentative d’empêcher des jeunes étudiants précaires de recevoir de l’aide alimentaire dans l’enceinte de l’université d’Orléans est d’autant plus odieuse que ces derniers ont été les premiers sacrifiés pendant la crise sanitaire, confinés seuls chez eux pour suivre des cours à distance, et confrontés à une précarité toujours plus importante dans des jobs payés au lance-pierre.

Conséquence de la politique sanitaire et anti-sociale du gouvernement, ces files d’attente pour des colis alimentaires se sont multipliées pendant la pandémie. Les études montrent qu’un étudiant sur deux vit avec moins de 50 euros par mois, et les témoignages pleuvent pour dénoncer la perte de leurs emplois de subsistance, et l’isolement dans des chambres de 9m2 au Crous.

Et pour cause, il faut se souvenir qu’un jeune sur six a arrêté ses études à cause de la précarité engendrée par le confinement, et qu’un étudiant sur deux déclarait alors ne pas pouvoir manger à sa faim.

Face à l’immense détresse des étudiants, le gouvernement s’est contenté de fausses promesses pour la jeunesse, en supprimant même à la rentrée la maigre mesure des repas à 1 euro “pour tous”. Dans le même sens, la décision scandaleuse de l’université d’Orléans montre que les étudiants ne peuvent pas compter non plus sur les présidences d’université pour faire face à la précarité. Cette affaire met aussi en lumière à quel point le pass est un outil autoritaire, qui permet d’imposer tout un tas de nouvelles pratiques sécuritaires, sans aucune justification sanitaire. Elle constitue en cela une nouvelle insulte contre la jeunesse, dans la continuité de la gestion gouvernementale de la crise sanitaire, et de la complicité des directions d’université pour l’appliquer. Dans ce cadre, les organisations de la jeunesse et du mouvement ouvrier doivent mettre sur pied un plan de bataille pour construire le rapport de force et exiger que ce ne soit pas à notre camp social de payer la crise.



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