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« On lutte pour l’emploi et le climat » : les travailleurs des transports de la TAMM en grève à Metz

Les travailleur.ses de la TAMM, transports de l'agglomération de Metz, se préparent à partir en grève ce vendredi 7 octobre pour leurs salaires et l'amélioration de leurs conditions de travail dans une situation de dégradation du service des transports et d'inflation. Pour les soutenir, rendez-vous devant le dépôt de bus à 10h ce vendredi !

jeudi 6 octobre

Crédit photo : Révolution Permanente Metz

“Pour que le service fonctionne correctement il faudrait minimum 30 embauches !”

Depuis le mois de septembre, c’est une vingtaine de tournées quotidiennes qui ne sont pas effectuées par les bus navettes et Mettis de la ville. La cause ? Licenciements, départs à la retraite non renouvelés : au total, plus de 50 conducteurs sont partis de l’entreprise, de gré ou de force depuis janvier 2021. “On a des conducteurs qui sont crevés, qui n’en peuvent plus et quand ils sont jugés inaptes on les jette. C’est le cas de 9 collègues licenciés pour inaptitude” nous confie Frédéric Jager, délégué syndical CGT de l’entreprise, conducteur-receveur depuis 30 ans. “Le sous-effectif, chez nous il est structurel, organisé pour faire des gains de productivité. Depuis 2014 on perd des chauffeurs et pourtant le réseau ne fait que s’étendre, on fait plus de travail avec moins de monde, la qualité du service et les conditions de travail sont totalement dégradées" ajoute-t-il.

Des conditions de travail qui poussent de nombreux travailleur à démissionner : “C’est une spirale infernale : il manque du monde donc les gens qui sont là doivent travailler plus mais ils sont épuisés donc ils ne peuvent plus travailler donc il manque encore plus de monde, et ainsi de suite. Quand on embauche, les gens ne restent pas”.

L’exemple le plus parlant est celui des jeunes conducteurs fraîchement embauchés. 2100 euros brut, légèrement au dessus du smic donc, mais pour un poste où la flexibilité est le maître mot : “pendant 5 ou 6 ans les jeunes travailleurs n’ont pas de planning fixe, ils doivent “combler les trous” dans le service. Ça veut dire qu’il n’a pas de planning défini, on lui demande de prendre un poste de la veille pour le lendemain, lui décaler son repos, lui dire de faire énormément d’heures supplémentaires les week-end, et ils sont obligés d’accepter”. Depuis le dernier accord d’entreprise, signé par la CFDT, l’UNSA et la CFE CGC, c’est d’ailleurs un nombre d’heures supplémentaires quasiment doublé que doivent effectuer les chauffeurs déjà épuisés.

“Quand on va faire ses courses maintenant on a des choix à faire”

Les conditions de travail déplorables, ce n’est pas l’unique raison de la colère. L’inflation qui s’élève à près de 6%, la hausse du prix de l’énergie qui atteint au moins 28% selon La Tribune, les travailleur.ses des transports y sont aussi confrontés tandis que les salaires sont loin de suivre.

"Quand on va faire ses courses maintenant on a des choix à faire, il y a des vacances qu’on ne fera plus, des pleins d’essences qu’on ne fait plus complètement. J’ai des collègues qui ne peuvent même plus rentrer chez eux pendant leurs heures de pause parce que ça leur revient trop cher. Ils restent au dépôt et l’épuisement s’installe aussi. Ça fait des journées avec 10, parfois 13 heures d’amplitude”.

La crise énergétique et la hausse du prix de l’essence pour tous est aussi un sujet d’inquiétude pour Frédéric. “On a de plus en plus de gens qui vont avoir besoin des transports en commun avec la hausse du prix de l’essence. Mais avec le service tel qu’il est aujourd’hui, c’est impossible de les accueillir.”

C’est donc aussi pour l’ensemble de la société touchée par la crise économique qu’ils se battent : “Il faut plus de moyens, plus de conducteurs, et plus de bus, donc il faut payer correctement les gens, faire en sorte qu’ils aient envie de venir travailler chez nous avec des conditions de travail dignes.”, une condition sine qua none pour faire face à la crise.

“Il faut reprendre les secteurs clés en main, dont le transport !”

Face à la précarité omniprésente et qui n’a de cesse de s’approfondir, la question de la gratuité des transports est d’une brûlante actualité. A Metz, certaines lignes de navettes du centre ville sont devenues gratuites. “C’est un service qui marche vraiment fort et qui est très emprunté. Mais on voit que ce sont les premières lignes à être supprimées parce qu’elles ne rapportent pas d’argent. Une ligne qui est créée pour les gens plus précaires, c’est la première qu’on supprime : c’est totalement ubuesque, il n’y a pas de logique.”.

C’est contre cette gestion totalement irrationnelle qui dégrade non seulement les conditions de travail, mais aussi contre la dégradation d’un service qui est essentiel que les travailleurs et travailleuses des transports de Metz se battent. “Quand tu es jeune conducteur et qu’on te demande de rouler sans t’arrêter, avec la fatigue et le stress, tu ne sais plus pourquoi tu es là, tu perds le sens de ta mission, mais quand tu arrives à comprendre que ce que tu fais c’est pour la collectivité et que sans toi la ville serait invivable au niveau de la circulation, de la pollution, c’est seulement là que tu retrouve ta motivation. Des gens dépendent de ton travail pour aller à l’école, chez le médecin etc. [...] Il faut arrêter de faire des délégations de service public qui sont là pour faire de l’argent. Aujourd’hui avec les enjeux qu’on connaît, sur le climat et sur l’emploi, il faut reprendre les secteurs clés en main dont le transport”.

Contre la casse des conditions de travail, pour des augmentations de salaires et contre une gestion totalement irrationnelle d’un service pourtant essentiel sur le plan de la lutte contre la précarité et de celle contre le réchauffement climatique, rendez-vous sur le piquet de grève, le vendredi 7 octobre à 10h !

Afin de commencer à construire un réel plan de bataille à la hauteur de la crise et des contre-réformes qui se préparent, rendez-vous pour une Rencontre nationale des travailleur.se.s des entreprises des transports, le 15 octobre 2022 à Paris !



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