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Offensive sécuritaire et islamophobe : la Préfète Fabienne Buccio ferme la Mosquée de Pessac

La préfecture de Gironde a annoncé la fermeture temporaire de la mosquée de Pessac dans un communiqué publié le 14 mars. Une nouvelle mesure sécuritaire et islamophobe dans la continuité de la politique du gouvernement qui, encore récemment, a dissout les organisations Palestine Vaincra et le Comité d'Action pour la Palestine.

mercredi 16 mars

Photo : Google Street View

Dans un communiqué publié le 14 mars, la Préfecture de Gironde exige la fermeture de la mosquée Al Farouk de Pessac, gérée par l’association Rassemblement des musulmans de Pessac. La Préfecture accuse l’association de promouvoir un « islam radical » et « une idéologie salafiste ». La décision de fermer la Mosquée durant 6 mois fait suite aux instructions du Ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin qui lançait en décembre le contrôle de « 76 mosquées soupçonnées de séparatisme ».

Dans un communiqué publié le 1er mars, l’association démontre que les accusations sont arbitraires et infondées car « la Préfecture va principalement rechercher dans des publications sur les réseaux sociaux les motifs justifiant selon elle une telle décision de fermeture et en tire pour conclusions que l’association ferait de l’apologie d’actes de terrorisme et promouvrait à la fois les thèses salafistes et l’idéologie des frères musulmans ». Nous n’avons pas plus d’informations concernant les publications qui sont jugées problématiques par la Préfecture car le recours n’est pas public et nous n’avons pas encore de réponse de l’association Rassemblement des musulmans de Pessac que nous avons contactée.

En tout cas, d’après son propre communiqué, l’association dément les accusations selon lesquelles elle ferait l’apologie d’actes terroristes ou qu’elle promouvrait des idées proches de courants intégristes religieux. En effet, l’avocat de l’association Stefen Guez dénonce « le décalage entre les accusations de la préfecture, comme la promotion du terrorisme, et la situation judiciaire. Il n’y a eu aucune enquête ouverte par le parquet, aucune garde à vue, et aucune audition d’aucun membre de la mosquée. C’est incroyable. Dans la réalité, il n’y a rien d’un point de vue judiciaire car il n’y a rien à reprocher à l’association ». Par ailleurs la Préfecture n’a aucune preuve tangible des accusations qu’elle avance alors qu’elle avait opéré une perquisition du lieu de culte qui remonte à octobre 2020.

La décision préfectorale apparaît donc comme une mesure arbitraire dans la continuité de la politique islamophobe du gouvernement qui a déjà dissout le Collectif Contre l’Islamophobie en France, Baraka City, ou encore récemment les collectifs Palestine Vaincra et le Comité d’Action pour la Palestine. Si Darmanin a ordonné la dissolution de ces collectifs de soutien au peuple palestinien, la Préfète Fabienne Buccio elle aussi a attaqué l’association du lieu de culte sur ce terrain en l’accusant de diffuser « des publications haineuses à l’encontre d’Israël ».

En recherchant sur la page Facebook de l’association, il y a effectivement de nombreuses publications qui lancent des mots d’ordre tels que « Don’t Stop talking Palestine » ou « Palestine Vaincra ! ». Elle partage également le communiqué d’appel au rassemblement le 22 mai 2021 qu’elle a signé en commun avec plusieurs autres organisations politiques ou associatives ; le communiqué déclare sa « solidarité avec la cause du peuple palestinien et dénonce les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité que perpétue l’armée d’occupation de l’État terroriste d’Israël ». L’association caractérise l’État d’Israël comme une « entité sioniste » et réaffirme qu’il faudra se mobiliser en soutien au peuple palestinien « tant que cette armée coloniale poursuivra son agression militaire contre la liberté et la souveraineté du peuple palestinien ». Nous partageons l’ensemble de ces déclarations et réfutons l’accusation de la Préfecture selon laquelle ces mots constituent « des publications haineuses à l’encontre d’Israël », au contraire soutenir inconditionnellement la liberté et l’indépendance du peuple palestinien est le seul moyen de permettre une paix durable entre les peuples juif et arabe.

Le président de l’association et responsable du lieu de culte AbdouRahmane Ridouane explique quant à lui que c’est une attaque politique de la Préfecture à l’encontre de l’association et de sa personne : « On se méfie de moi parce que j’ai été l’animateur de plusieurs manifestations pour la défense des Palestiniens ou des Ouïghours. J’ai manifesté avec le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France, NDLR), le NPA (Nouveau Parti anticapitaliste) ou La France insoumise. Je lutte contre l’islamophobie. Des voix comme la mienne ne sont pas toujours les bienvenues. »

Nous dénonçons fermement la fermeture de la mosquée de Pessac par la Préfecture, une décision qui suit le cours du tournant autoritaire pris par le gouvernement et s’exprime dans des mesures liberticides qui cherchent à restreindre les libertés d’organisation politique, syndicale ou associative.



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