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Du Pain et des Roses

Féminisme bourgeois

Non, une femme macroniste à Matignon ne représente pas un progrès pour les femmes !

Après moult tergiversations, c’est Elisabeth Borne qui sera finalement première ministre. Sandrine Rousseau puis Laurent Berger se sont réjouis de l’arrivée d’une femme à Matignon. Pourtant, cette nomination n’est en rien un progrès féministe et pour les femmes, qui seront les premières victimes de la politique anti-sociale de Borne.

jeudi 19 mai

Crédits photo : AFP

Nommée lundi 16 mai par Emmanuel Macron au poste de Première ministre, Elisabeth Borne est la deuxième femme à occuper ce poste sous la V° République. Macroniste pur jus – quoi qu’en disent les médias dominants qui la placent à gauche en raison d’un passage par le PS – l’ancienne ministre du Travail est la figure de la casse des transports publics et de l’assurance-chômage. Dans cette continuité, elle sera la figure du proue d’un gouvernement de guerre sociale auprès d’un Macron bien déterminé à passer la réforme des retraites.

Mais ce pedigree ne semble déranger ni Sandrine Rousseau ni Laurent Berger, qui ont tous deux salué sa nomination. Ce lundi, sur le plateau de BFMTV, la figure féministe et membre de la NUPES expliquait ainsi : « J’irai pas jusqu’à dire qu’il montre l’exemple mais il nomme une femme oui […] Je me réjouis que ce soit une femme, je me réjouis pas de sa ligne politique et je me réjouis pas non plus de ce que ça signifie du gouvernement qui va suivre à mon sens mais au moins voilà on a une femme  ». Dans la même veine, le secrétaire de la CFDT a quant à lui tenu à indiquer que « C’est aussi un très bon signal que ce soit une femme qui occupe le poste » ce jeudi sur BFMTV également.

Des déclarations qui ne sont pas sans rappeler celles énoncées alors que Valérie Pécresse était élue candidate aux présidentielles des Républicains. La finaliste de la primaire des Verts avait en effet tweeté ses félicitations à la figure de proue de la droite dure et réactionnaire, saluant « Ce temps où des digues, des plafonds de verre sautent enfin ». Une position qui uniformise les intérêts des femmes et laisse entendre que la lutte contre le patriarcat avancerait par l’obtention de la parité au sommet de l’Etat.

Une rhétorique du féminisme bourgeois qui tend ainsi à saluer le mandat d’Angela Merkel à la tête de l’Allemagne ou de Christine Lagarde comme ex-présidente du FMI, sans compter la figure anti-ouvrière Margaret Thatcher en Grande Bretagne. De quoi systématiquement saluer l’ascension de femmes profondément libérales et réactionnaires, dont les attaques frapperont en premier lieu les femmes.

En effet, si l’ex-EELV cherche à se délimiter vaguement de « sa ligne politique », se féliciter de la nomination d’une femme à Matignon sans prendre en compte le fait qu’elle est l’une des plus fidèles laquais de la macronie, relève d’une vision purement bourgeoise du féminisme. En effet, Macron avait promis de nommer une 1ère ministre « sociale » et « écolo », en cherchant à se donner un vernis progressiste.

Non sans difficultés après le refus de plusieurs femmes en vue pour le poste, Macron II nous sert l’une des figures de proue des réformes anti-sociales de son précédent mandat. Un coup de communication bien conscient qui veut se donner des allures progressistes : il s’agit de la deuxième femme ainsi nommée sous la Vème République. Un pari que Berger revendique d’ailleurs de bout en bout puisqu’il salue également le fait qu’Elisabeth Borne soit l’ancienne Ministre du Travail, expliquant souhaiter œuvrer à être un « interlocuteur constructif ».

En se réjouissant d’une nouvelle dont pourtant les femmes n’ont rien à espérer, Sandrine Rousseau et Laurent Berger participent ainsi à redorer l’image du gouvernement d’Emmanuel Macron. Entre privatisation des transports et casse de l’assurance chômage, Borne incarne la bonne élève du macronisme, capable de mener les politiques anti-sociales de son gouvernement jusqu’au bout. Si sa nomination est une tentative de séduire sur sa gauche, le projet néolibéral de Macron qu’incarne Borne représente des attaques considérables à l’ensemble du monde du travail et des secteurs populaires.

Si Borne a jugé bon de dédier son discours d’investiture « à toutes les petites filles en leur disant ’allez au bout de vos rêves’ », son discours n’enlève en rien son curriculum qui la place comme spécialiste en contre-réformes libérales. A cet égard, la réforme des retraites qu’elle souhaite porter pénalisera d’abord les femmes davantage victimes du temps partiel imposé et des carrières hachées.

Alors se réjouir de la nomination de Borne pour son genre féminin a de quoi interroger. Au lieu de donner des bons points à Macron comme le font Rousseau et Berger sur les plateaux de BFMTV et RMC, il va falloir s’atteler à la construction de mobilisations contre les nouvelles attaques que la macronie s’apprête à mener. Loin de quelconques gages pour les droits des femmes comme Macron voulait nous en convaincre en 2017, il n’y a aucune confiance à avoir en Elisabeth Borne et son gouvernement.



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