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Retraites

Marine Tondelier, cheffe d’EELV, oppose lutte pour le climat et lutte pour les retraites

Interrogée sur la réforme des retraites, la secrétaire nationale d’EELV, qui y est formellement opposée, n’a pas montré beaucoup de motivation concernant la lutte à venir. Pire, elle oppose le combat écolo à la mobilisation décisive qui aura lieu en janvier.

Paul Morao

29 décembre 2022

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Crédit photo : AFP

Alors que la lutte contre la réforme des retraites s’annonce comme la grande bataille à venir face à un gouvernement inquiet d’une explosion sociale, les dirigeants de la NUPES ne sont décidemment pas très « chauds » pour préparer une lutte d’ensemble. Après la sortie de Fabien Roussel début décembre, s’opposant à la perspective d’une grève massive « qui mette le pays à feu et à sang », c’est Marine Tondelier, la nouvelle secrétaire nationale d’EELV, qui y est allée de sa sortie sur la question.

Interrogée par Ouest France ce mardi sur le caractère prioritaire de la lutte contre la réforme des retraites, contre laquelle les représentants des groupes parlementaires de la NUPES se sont clairement positionnés en décembre, la conseillère régionale des Hauts-de-France a expliqué :

« La vraie urgence, aujourd’hui, c’est l’urgence climatique. Il est compliqué de demander aux jeunes générations une solidarité intergénérationnelle sur les retraites tant qu’il n’y a pas de solidarité intergénérationnelle sur le climat. Je ne vois pas comment, dans quinze ans, des jeunes accepteront de donner une partie significative de leur salaire pour payer les retraites de celles et ceux qui leur auront laissé une planète à plus 4 °C. Quand tout va s’effondrer, le sujet ce ne sera plus de prendre sa retraite à 64 ou 65 ans ! »

Alors que toutes les luttes contre les retraites ont été l’occasion de discuter de l’avenir promis à la population, Marine Tondelier développe ainsi un argumentaire aberrant. Pour elle, l’ensemble des futurs retraités seraient responsables du réchauffement climatique, et, dans ce cadre, il serait « compliqué » de demander à la jeunesse de financer leurs retraites ou de se battre contre la réforme du gouvernement. Par ailleurs, à l’aune de l’urgence climatique (réelle), la question des retraites serait finalement secondaire.

Un discours totalement rétrograde par rapport aux avancées du mouvement écologiste ces dernières années - qui, dans le sillage du mouvement des Gilets jaunes, a fait de « fin du monde, fin du mois, même combat » un de ses slogans emblématiques -, qui tend à créer artificiellement un clivage « intergénérationnel ». D’autant plus que, à rebours de la sortie de Tondelier qui présente la réforme des retraites comme une affaire qui ne concernerait pas les jeunes, ceux-ci sont conscientes que la destruction des retraites les concerne aussi en tant que futurs travailleurs, comme en témoigne le rôle qu’ils ont joué dans les grandes luttes contre les retraites en 2003, 2010 ou 2019. Les arguments de Tondelier ne font donc que diviser les forces qui pourraient entrer dans la nouvelle bataille des retraites en janvier prochain.

La dirigeante d’EELV ajoute par ailleurs : « Ceci étant dit, présenter cette réforme maintenant, alors que des gens ne savent pas comment se chauffer, que les factures d’énergie explosent, c’est mettre de l’huile sur le feu. Je trouve cela assez inconséquent politiquement de la part du gouvernement. » Comme si le problème d’une réforme anti-ouvrière qui veut nous obliger à travailler plus longtemps et faire baisser mécaniquement le niveau des pensions était que cela mette de « l’huile sur le feu » ou affaire de calendrier.

Si Marine Tondelier ajoute par la suite qu’EELV sera pleinement mobilisé « en appui des syndicats, dans la tradition sociale française » qui doivent « fixer le cadre des manifestations », l’objectif, pour la nouvelle dirigeante, n’est clairement pas d’aller vers une grève massive. « Manifester demande de la force, que beaucoup n’ont plus en ces temps difficiles. On peut toutefois faire reculer le gouvernement en créant un moment fédérateur, des marches d’espoir et d’enthousiasme montrant qu’une autre société est possible » explique-t-elle. A la trappe la question du rapport de forces et de la grève reconductible, pourtant décisive en 2019, dans la lignée de Fabien Roussel qui voulait début décembre éviter toute confrontation trop dure.

Un discours qui contraste avec le rejet massif de tout recul de l’âge de départ à la retraite et la situation sociale tendue dans le pays. A l’attaque contre les retraites s’ajoute en effet ces derniers mois une inflation croissante qui affecte la majorité de la population et va continuer de s’aggraver. Dans ce cadre, la bataille contre les retraites pourrait être l’occasion d’initier une confrontation d’ensemble avec le gouvernement, en mêlant lutte pour les retraites, pour les salaires et pourquoi pas combat contre la destruction climatique, en alliant au mouvement ouvrier la jeunesse et le mouvement écologiste de terrain qu’on a vu aux côtés des Gilets jaunes, des grévistes de Total Grandpuits ou à Sainte-Soline contre les méga-bassines.

Ce n’est apparemment pas le projet de Marine Tondelier dont « l’écologie populaire » consiste surtout à préparer les prochaines élections, et qui n’hésite pas à critiquer le caractère limité de la lutte contre les retraites tout en se subordonnant entièrement à l’agenda des directions syndicales, refusant ainsi de chercher à étendre le mouvement à venir. Une position qui, on n’en doute pas, ne reflète pas celle de nombreux militants écologistes conscients du lien entre lutte sociale et lutte écolo, mais aussi que le réchauffement climatique se combat avec un programme pour renverser ce système, pas le regard tourné vers les institutions et les luttes de pouvoir au sein de la gauche.

Comme l’a montré le rejet de Yannick Jadot lors de la mobilisation fin octobre dans les Deux-Sèvres, ces militants sont souvent critiques d’EELV, organisation qui a maintes fois montré son intégration totale au régime en participant au gouvernement spécialiste en privatisation de la gauche plurielle, en draguant le MEDEF et le « capitalisme européen », en se rendant à la manifestation des policiers de mai 2021 ou en appelant à réprimer les mobilisations en Guadeloupe à l’hiver dernier.


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