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Politique

Des contradictions ?

Lille. "Union de la gauche" ou hégémoniser la gauche ? Mélenchon joue sur les deux tableaux

À l’occasion du 1er mai, les partis de la gauche institutionnelle avaient rendez-vous à Lille pour mettre en scène les prémices d'une "union de la gauche", impulsée par la FI et EELV dans le cadre des régionales. Mais, tourné vers les présidentielles, Mélenchon a fait cavalier seul, dénonçant une « union de la gauche au rabais » et appelant à voter pour lui en 2022… avant de rejoindre tout sourire Benoît Hamon et EELV pour la poursuite des discussions !

mercredi 5 mai

Les Hauts-de-France, enjeux d’une « union de la gauche » pour les régionales

Pour le 1er mai, journée internationale des travailleuses et des travailleurs, le rendez-vous de la gauche institutionnelle était donné à Lille. Chef-lieu des Hauts-de-France, région marquée par une forte tradition ouvrière et largement paupérisée, cette ville se trouve en effet au cœur des enjeux pour une « union de la gauche » face à la droite et l’extrême droite : un front électoral LFI-EELV, rejoint par le PS et le PCF, s’est en effet constitué pour « faire barrage » au président sortant et candidat LR au présidentielles Xavier Bertrand ainsi qu’au RN, dans le fief de Marine Le Pen. C’est donc en se félicitant de cette « union nationale », d’après ses mots, que Martine Aubry (PS) a défilé en compagnie de Benoît Hamon (Génération·s, issu du PS) Karima Delli, Sandrine Rousseau et Éric Piolle (EELV).

Mélenchon, tourné vers les présidentielles, dit exclure « union de la gauche au rabais »

Mais, pendant ce temps, Mélenchon a fait bande à part, cherchant à construire sa figure présidentielle pour les élections de 2022. Entouré d’Adrien Quatennens et d’Ugo Bernalicis, tous deux députés FI du Nord, il a tenu un discours d’apparence radicale en début de manifestation : « J’ai un vœu à faire pour la classe ouvrière, les salariés, les travailleurs, les gens humbles qui vivent seulement de leur travail (…) : être libérés de la peur du chômage, du licenciement, de la peur du lendemain car demain pourrait être beau, lumineux  », a-t-il lancé à ses militants, avant d’ajouter : « Je vous souhaite que le 1er mai 2022 je puisse revenir vous voir comme président de la République, ayant rétabli les 8 heures de travail, les 35 heures, la retraite à 60 ans », cherchant à s’adresser l’électorat ouvrier et populaire de Lille.

Dans le même temps, ce premier mai a été l’occasion pour Jean-Luc Mélenchon d’afficher ses distances vis-à-vis des composantes qui préparent l’union de la gauche bourgeoise aux prochaines présidentielles, restant en dehors du cortège formée notamment par EELV, le PS, et Générations. Selon l’AFP, Mélenchon a même fini par lancer à la délégation EELV venue à sa rencontre : « On vous soutient aux régionales et vous nous envoyez balader aux départementales (...) Vous êtes des faux jetons, voilà c’est tout », faisant référence aux tensions survenues entre EELV et la FI dans les Bouches-du-Rhône. En duplex sur TF1, il a réaffirmé son intention de ne pas faire de concession au regroupement de la gauche bourgeoise, sous-entendant sa volonté d’hégémoniser sous sa candidature la gauche : « Ce n’est pas une affaire de faire un collier de perles avec des sigles, des gens qui ne se supportent pas et qui font un programme avec le plus petit commun dénominateur qui vont entraîner les Françaises et les Français », considérant que cette option conduirait à une « union au rabais ».

Pourtant le lendemain… Mélenchon se retrouvait avec EELV, et Génération.s !

Pourtant, pas plus tard que le lendemain de la manifestation du 1er mai, c’est bien en compagnie de Benoît Hamon (Génération·s, issu du PS) et de Sandrine Rousseau (EELV) que le leader de La France Insoumise était photographié, souriant autour d’une table. En somme, les composantes de cette fameuse union de la gauche bourgeoise, exceptée le PS, cette même « vieille gauche » qu’il fustigeait la veille en manifestation. "Discussion utile", précise même le député insoumis Adrien Quatennens dans sa publication Facebook.

Une photo embarrassante, quand on sait par exemple que Sandrine Rousseau n’est pas seulement candidate aux primaires du parti EELV : c’est aussi la présidente de l’Université de Lille, actuellement en charge de la transformation de l’université en établissement public expérimental (EPE) - « un statut qui va permettre d’augmenter les frais d’inscriptions, d’embaucher toujours plus de personnel précaire et va donner le droit aux patrons de décider du contenu des formations et des sujets de recherche », comme l’a rappelé Lille Antifa. Pourtant, dans le même temps, la FI dit soutenir la lutte des travailleurs et des étudiants de la fac contre ce projet de privatisation déguisé.

Union de la gauche : pour Mélenchon, un pied en dehors, un pied en dedans

Cela vient rappeler, s’il le fallait encore l’importante ambiguïté que charrie Jean-Luc Mélenchon au sujet de cette union de la gauche bourgeoise. D’un côté, il la dénonce comme la « vieille gauche » qui a montré son visage le plus cru avec le quinquennat Hollande, et le PS qui a dirigé de main de maitre des réformes néolibérales. De l’autre, il ne peut se résoudre à jouer le jeu de la chaise vide quand il s’agit de répondre aux invitations de EELV, acceptant de faite, même s’il ne s’y est pas rendu personnellement, la réunion de la « gauche », une « union de la gauche » à la sauce néo-libérale.

Décidément, un pied en dehors, un pied en dedans de l’« union de la gauche » bourgeoise, ce premier mai a montré une nouvelle fois les contradictions de Jean-Luc Mélenchon, et de sa stratégie de révolution « par les urnes ».

Lire aussi  : Rencontre PS – EELV – PCF – LFI : l’« union de la gauche » à la sauce néo-libérale ?




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