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Opinion

Le procès en « islamisme », nouvelle offensive contre les soutiens de la Palestine

Le mouvement de soutien au peuple palestinien favoriserait, selon certains dirigeants et commentateurs, la propagation de l’islam politique. Que dit et que cache cette offensive réactionnaire ?

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Le procès en « islamisme », nouvelle offensive contre les soutiens de la Palestine

Crédits Photo : O Phil Des Contrastes

Antisémitisme, apologie du terrorisme et bien évidement islamisme. Au sein des cercles de pouvoir des sociétés occidentales l’hypocrisie atteint des sommets indécents dans leur course à la délégitimation et à la criminalisation du mouvement de solidarité avec le peuple palestinien. Les accusations sont certainement graves mais elles frôlent en même temps l’absurde ; un absurde qui semble parfois directement sorti d’une autocratie sénile. Cependant, nous parlons là des Etats les plus puissants de la planète, qui s’auto-proclament volontiers défenseurs de la « démocratie et de la liberté » dans le monde.

Nous ne considérons pas la situation du point de vue de l’état de la liberté et de la démocratie dans les Etats impérialistes en question, même si, dans beaucoup de ces pays, le mouvement de solidarité avec la Palestine subit une forte répression et la censure. Nous nous focaliserons ici, de façon succincte et sans doute un peu partielle, sur l’un des arguments mis en avant ces dernières semaines. Après le début des mobilisations grandissantes de la jeunesse dans les sociétés occidentales, des commentateurs ont commencé à reprocher à ces mouvements une supposée proximité avec l’islam politique ou « l’islamisme ». Ces accusations font écho à la propagande israélienne dont le représentant à l’ONU, Gilad Erdan, a laissé entendre que les étudiants mobilisés aux Etats-Unis seraient liés au Hamas.

En France, des vedettes du journalisme proche du pouvoir et des politiciens ont profité des déclarations du « guide suprême » iranien, Ali Khamenei, sur Twitter, le 28 avril dernier, exprimant son « soutien » aux mobilisations étudiantes en Occident en faveur de la Palestine. Il n’en fallait pas plus pour « prouver » le caractère « pro-islamiste » du mouvement. Au-delà de l’ignorance totale de l’histoire et de la diversité de courants politiques soutenant la cause palestinienne, chacun avec sa propre stratégie (parfois opposées radicalement entre elles), dont témoignent ces jugements, ils participent surtout d’une manipulation aberrante de la réalité afin de décrédibiliser la mobilisation de la jeunesse. À un moment où les crimes de l’armée israélienne à Gaza sont exposés devant les yeux de toute la planète, attisant la contestation et mais également la dénonciation de la complicité occidentale.

L’Iran, la cause palestinienne et les mobilisations de la jeunesse pour la Palestine

En effet, le régime iranien, ainsi que les régimes alliés des puissances occidentales dans la région (nous y reviendrons), utilisent la cause palestinienne comme monnaie d’échange pour atteindre leurs propres objectifs en termes de politique intérieure et extérieure. Si soutenir la cause palestinienne renforce leur position, ils déclarent leur solidarité avec la Palestine. Mais si, au contraire, cela les affaiblit ou ne les arrange pas ils savent rester plus discrets. En effet, ces dernières années, alors que l’Iran souffre d’un ralentissement économique important et que le régime brutalise sa population, notamment sa jeunesse, le soutien de la population iranienne à la cause palestinienne semble avoir connu une baisse importante. En ce sens, les prises de position et surtout les actions du régime iranien en soutien à ses alliés palestiniens sont le résultat de la prise en compte de différents paramètres internes et externes.

C’est dans ce contexte que l’on peut comprendre la prise de position de Khamenei : le résultat d’un calcul opportuniste. Ses déclarations ont certes un impact important mais elles demeurent symboliques. Elles transpirent certes l’hypocrisie, mais elles servent aussi à encourager un mouvement qui exerce une pression sur des gouvernements hostiles à l’Iran. De la même façon, les gouvernements occidentaux n’ont pas hésité à encourager de façon tout à fait hypocrite les mobilisations de 2022 en Iran contre la brutalité réactionnaire du régime des ayatollahs.

Les déclarations hypocrites des différentes classes dominantes ne conditionne en rien la légitimité d’un mouvement de révolte. Que le régime réactionnaire des ayatollahs exprime son soutien à la cause palestinienne ne délégitime en rien la justesse de la mobilisation de la jeunesse occidentale pour la Palestine et contre le génocide en cours. De la même façon, le soutien opportuniste des gouvernements impérialistes ne délégitimait en rien les soutiens aux mobilisations de la jeunesse iranienne à travers le monde.

En ce sens, il est ridicule de prétendre que le mouvement pour la Palestine serait secrètement dirigé par l’Iran, voire d’accuser, de manière complotiste, le mouvement contre le génocide en Palestine des étudiants et étudiantes des universités occidentales d’avoir des accointances avec les mouvements islamistes ou même avec « l’islam radical ». Nous ne parlons pas ici d’un individu ou des différents secteurs du mouvement (qui est composé de personnes de différentes sensibilités politiques), mais du sens général de la mobilisation qui est clairement progressiste : elle s’oppose à l’oppression du peuple palestinien et aux oppressions en général, elle exige la fin de la guerre criminelle à Gaza menée par Tsahal. Nous le répétons, assimiler ce mouvement à un soutien à l’islamisme constitue une énième tentative de criminalisation du soutien à la Palestine.

En parlant des amis des islamistes

Mais, puisqu’il s’agit de parler de ceux qui contribuent à promouvoir « l’islamisme radical », voire le djihadisme, intéressons-nous aux alliés historiques des puissances occidentales au Moyen-Orient. En effet, en dehors d’Israël, l’Etat clé pour les intérêts occidentaux dans la région n’est ni plus ni moins que le royaume d’Arabie Saoudite. Dans ce pays, gouverne sans partage un régime théocratique profondément réactionnaire qui a fait du wahabisme, l’une des doctrines les plus strictes de l’islam, son idéologie d’Etat.

Le royaume des al-Saoud est devenu un allié clef des puissances impérialistes occidentales, à commencer par les Etats-Unis, car le régime ultraconservateur représentait un contre-poids face au nationalisme panarabe et aux courants plus ou moins socialistes. A l’époque, les puissances occidentales utilisaient clairement la défense des traditions musulmanes contre les positions laïques de la gauche panarabe ou socialiste. Plus tard elles vont utiliser une stratégie semblable pour appuyer les moudjahidines afghans contre l’invasion soviétique de 1979. Autrement dit, les impérialistes ont contribué à leur façon à l’essor de l’idéologie et des organisations djihadistes qui ont largement profité du déclin du nationalisme arabe et des courants socialistes dans la région vers la fin de la Guerre Froide.

Plus récemment, l’Arabie Saoudite continue à être un allié central pour les puissances impérialistes, et cela malgré son rôle central dans la diffusion et le financement d’une forme particulièrement radicalisée d’islam politique. Cependant, l’Arabie Saoudite n’est pas le seul allié occidental de ce type dans la région. A ses côtés on retrouve les Emirats Arabes Unis qui malgré ses efforts pour apparaître comme un régime « ouvert » combattant l’islam politique, soutient des milices salafistes et d’autres groupes radicaux qui se revendiquent de l’islam politique quand cela sert leurs intérêts. Le Qatar, dont le soutien à des organisations islamistes est bien documenté, apparaît également parmi les alliés importants des puissances impérialistes au Moyen-Orient.

Quant à la complicité de l’impérialisme français avec les plus grands promoteurs de l’islam politique les plus réactionnaires, il suffit d’indiquer qu’entre 2013 et 2022 les pays qui ont le plus acheté d’armes à l’industrie française de l’armement sont les Émirats Arabes Unis (21,5 milliards d’euros), le Qatar (11 milliards), l’Inde (10,9 milliards) et l’Arabie Saoudite (9,5 milliards). L’Etat ayant le monopole de la vente des armes, ces transactions ont été approuvées systématiquement par les gouvernements qui se sont succédés. Autrement dit, parmi les grands partenaires régionaux des capitalistes français ont retrouve les promoteurs de l’islamisme que les commentateurs bourgeois accusent les étudiants de répandre.

L’islam politique est un phénomène complexe et varié, loin des caricatures et des simplifications intéressées dont abusent les commentateurs et les gouvernants dans les Etats impérialistes en Occident. Il n’est donc pas rare que leurs alliés au Proche et au Moyen-Orient, suivant leurs intérêts spécifiques, aient des rapports conflictuels avec certaines organisations islamistes jusqu’à parfois s’opposer les uns aux autres (le Qatar a été bloqué par une alliance régionale menée par l’Arabie Saoudite pendant plusieurs années). L’Iran est un autre exemple de théocratie que ses intérêts opposent à des régimes qui promeuvent d’autres formes d’islamisme. Mais cette question importante dépasse les limites et les objectifs de cet article.

Soutenir la Palestine n’est ni un crime ni signifie appuyer l’islam politique

Il est important de rappeler que la campagne de diffamation du mouvement étudiant pour la Palestine menée par les classes dominantes des Etats impérialistes a pour objectif de délégitimer et de criminaliser la mobilisation. Elle permet de plus facilement réprimer les étudiants et étudiantes mobilisés, à couvrir leur politique complice avec les crimes d’Israël, tout en en faisant la proie des milices sionistes d’extrême-droite qui, comme aux Etats-Unis, débarquent sur les campus et violentent les étudiants.

Le mouvement pour l’auto-détermination de la Palestine est très divers et il existe beaucoup de débats en son sein : on y trouve des courants nationalistes panarabes bourgeois et réformistes, des islamistes de différentes fractions, diverses tendances socialistes, et beaucoup d’autres. Les désaccords peuvent être profonds et irréconciliables. Il y a différentes manières d’aborder l’auto-détermination palestinienne, qui est une cause indéniablement progressiste. Réduire ce mouvement au soutien qu’il recevrait, prétendument de quelque régime autoritaire que ce soit est une honteuse falsification dont le seul objectif est, en dernière analyse, de stigmatiser voire de criminaliser les soutiens de la Palestine.

Ce n’est pas un hasard si une grande coalition réactionnaire au niveau international s’est formée contre le mouvement pour l’auto-détermination de la Palestine, et cela depuis des années. Cette coalition réactionnaire n’hésite pas à instrumentaliser de façon honteuse la lutte contre l’antisémitisme ou à utiliser toutes les mesures répressives judiciaires pour faire taire les soutiens de la Palestine, comme on est en train de le voir en France.

En ce sens, il est très important que l’ensemble des forces progressistes de la gauche, du mouvement social et surtout du mouvement ouvrier, en France et partout dans le monde, commence à former un front uni, aux côtés de la jeunesse mobilisée, en défense des libertés démocratiques en général et de la question palestinienne, en particulier ; contre les calomnies et la criminalisation de la lutte contre le génocide en cours et le musèlement des voix dissidentes.


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