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Le Président rejette la démission du Premier ministre Draghi : vers une nouvelle crise d’ampleur en Italie ?

Le Mouvement 5 étoiles, membre de la coalition au pouvoir, a décidé de boycotter un vote de confiance sur un texte discuté au Sénat, ce qui a provoqué la démission de Mario Draghi, le chef du gouvernement. Après le refus de cette décision par le président Matarella, à nouveau, la crise politique couve en Italie.

jeudi 21 juillet

Crédits photos : AFP - Andrea Carrubba / ANADOLU AGENCY

La journée du 14 juillet aura vu successivement le président du conseil italien, Mario Draghi, perdre l’appui du Mouvement 5 étoiles (MS5) lors d’un vote de confiance au Sénat, obtenir une majorité confortable, puis remettre sa démission au président Sergio Matarella, avant que celui-ci ne la refuse en renvoyant à un nouveau vote, le mercredi 20 juillet. Il faut donc se poser la question : se dirige-t-on à nouveau vers une crise politique d’ampleur en Italie ?

Un conflit Draghi-Conte sur fond d’instabilité politique et de crise économique

Il est encore difficile de savoir si la crise gouvernementale est passée ou si celle-ci est seulement « congelée » pour quelques jours. Le conflit entre Mario Draghi et l’actuel chef politique du MS5, ancien président du conseil (2018-2021), Giuseppe Conte, couve depuis plusieurs mois. Réticent aux sanctions contre la Russie et opposé à la poursuite du soutien militaire à l’Ukraine, le dirigeant du MS5 a ces derniers mois pris de plus en plus ouvertement ses distances vis-à-vis de la ligne suivie par la diplomatie italienne.

Un positionnement qui a entraîné la scission de l’aile dirigée par le ministre des Affaires étrangères, Luigi di Maio, dans une tentative évidente de sauver et de commander un secteur de « gouvernement » plus disposé à suivre jusqu’au bout la politique de la coalition de Draghi. Une manière de rompre avec les ambiguïtés géopolitiques passées du MS5 concernant la politique envers l’UE ou l’OTAN.

Ce jeudi 14 juillet, le refus de la direction du Mouvement 5 étoiles, de voter le « décret relatif aux aides », qui prévoit l’allocation de plusieurs milliards d’euros en grande partie destinés aux entreprises, a fait office de déclencheur d’une nouvelle crise politique d’ampleur. Giuseppe Conte avait annoncé, dans la soirée du 13 juillet, être « prêt à soutenir le gouvernement, mais pas à signer un chèque en blanc ». Cette ligne abstentionniste n’a pas empêché le gouvernement d’obtenir une confortable majorité, mais le président du conseil n’en a pas moins considéré qu’une digue était rompue et qu’il s’agissait d’en tirer les conséquences.

Dans ce contexte, Mario Draghi, n’a ni le charisme, ni la personnalité et les liens politiques à l’échelle nationale pour gouverner seul, mais la crise actuelle n’est que partiellement imputable à un conflit de « personnalités » et les causes en sont bien plus structurantes et profondes. L’accession de l’ex chef de la BCE à la tête du gouvernement en 2021 et d’une coalition allant du Parti démocratique (PD) de centre-gauche au parti conservateur de droite Forza Italia (de l’ex premier-ministre Silvio Berlusconi) en passant par le Mouvement 5 étoiles populiste, a un temps servi de solution à la crise gouvernementale, mais en réglant seulement partiellement une crise politique remise au premier plan par l’inflation galopante et les effets de la guerre.

Aussi, la décision de Giuseppe Conte de réaxer le MS5 comme force -plus ou moins- d’opposition marque la volonté de préserver son mouvement d’un effet de dégagisme qui pourrait aller en s’accentuant, d’autant plus que les élections législatives auront lieu au plus tard (selon les suites que prendra l’annonce de la démission de Mario Draghi) en mars prochain, et qu’en dehors de la coalition gouvernementale les options de droite se renforcent, en particulier la formation d’extrême droite Fratelli d’Italia, au détriment notamment du MS5. En outre, la rupture avec Draghi intervient alors que Giuseppe Conte, tente depuis un an de relancer sans grand succès son mouvement qui fait face à une grave crise interne, jusqu’à sembler parfois au bord de l’explosion.

Une nouvelle fois, le principal bénéficiaire de cette crise, pourrait être une formation d’extrême droite, en l’occurrence, Fratelli d’Italia, qui a su capitaliser sur les divisions à droite entre ceux qui ont fait le choix de participer à la coalition gouvernementale et ceux qui depuis l’extérieur la critiquent.

Une crise politique qui n’en finit pas de s’accentuer

Dans les jours qui vont suivre, le président de la République Sergio Mattarella, sera au centre du jeu. Une fois la décision de la démission du premier ministre annoncée, l’initiative passait au président. En politicien chevronné des joutes parlementaires, Sergio Matarella, a choisi de laisser du temps au temps.

En réalité, comme le note The Economist, la marge de manœuvre est limitée : « La formation d’un nouveau cabinet n’est pas une perspective réjouissante pour Draghi, et aucune des alternatives n’est particulièrement prometteuse pour l’Italie et pour l’Europe. Les élections anticipées sont une possibilité, mais elles ne pourront pas être organisées avant la fin septembre. Une autre alternative serait un gouvernement de transition dirigé par une figure qui n’aurait pas l’autorité de celui qui avait su défendre l’euro en 2012, ce qui lui avait valu le surnom de « Super Mario ».

Alors que se déploie cette dernière crise italienne, plus déconcertante que d’habitude, le prédécesseur de Draghi, le commissaire européen Paolo Gentiloni, a fait savoir que ses collègues à Bruxelles et lui-même suivaient les événements avec étonnement et inquiétude. Ils ne sont pas les seuls ».

Aussi, les événements de jeudi ne sont pas seulement la forme d’un malaise institutionnel passager, ou le résultat d’une personnalité trop bureaucratique et auto référentielle comme celle de Draghi, mais un nouveau déchaînement -reste à savoir de quelle ampleur- du douloureux processus de recomposition des partis bourgeois et gouvernementaux après le phénomène historique de l’ascension du MS5 qui connaît maintenant une situation de crise.

En outre, la crise politique a d’ores et déjà un impact à l’échelle internationale comme en témoigne la réaction des marchés qui ont vu le taux de la dette italienne à dix ans s’envoler, ainsi que la chute de la Bourse de Milan et de l’indice FTSE MIB. Si la situation devait perdurer, les investisseurs pourraient revoir leur évaluation du risque et la pression des marchés peut s’ajouter à une situation déjà marquée par une instabilité croissante.

Il n’en reste pas moins que la scission actuelle risque de renforcer encore les populistes au sein du MS5. Si ce qu’il en reste devrait tenter de se reconstruire comme une force d’opposition « populaire », le MS5 a fait la démonstration en étant au gouvernement qu’il était loin de défendre les intérêts de la classe ouvrière et des classes populaires. Une leçon que devrait retenir, notamment ceux qui, à gauche, sont restés amicalement ambigus avec le parti de Conte.

Pour revenir à la question initiale, il est probable que le gouvernement Draghi tienne encore un peu de temps, possiblement même jusqu’à la fin de la législature, car les partis qui composent la coalition restent engagés dans un mariage d’intérêt où le risque ouvert par une éventuelle élection anticipée semble encore à ce stade plus important que le gain électoral d’un départ, gain du reste très incertain.

Alors que la crise politique italienne est profonde, force est de constater qu’une certaine passivité politique généralisée persiste dans le mouvement ouvrier, qui si elle a un temps trouvé une forme d’explication dans la crise pandémique, est aujourd’hui loin d’être à la hauteur de la situation. Le potentiel pour développer une opposition ouvrière à la politique libérale de Draghi et de ses alliés est là, mais il risque de ne porter que peu de fruits s’il n’est pas mis en œuvre pour affronter les plans des banquiers et des industriels et leur volonté de faire payer la crise aux travailleurs.

Cette instabilité politique, dans un contexte international marqué par l’aiguisement des tensions géopolitiques et économiques et des tendances à la récession, pourrait conduire rapidement à d’importantes explosions sociales. La faiblesse du pouvoir et les pressions subies par le gouvernement italien, internes comme externes, sont autant de facteurs « d’accidents » qui pourraient ouvrir des brèches pour le mouvement de masse. Pour en tirer toutes les potentialités, il faudra une gauche révolutionnaire à l’offensive capable d’intervenir dans les luttes à venir.



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