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Racisme et violences d’Etat

La police tue

Grenoble : la police tue une femme de 18 ans lors d’un contrôle

Une jeune femme de 18 ans a été tuée par balle suite à un contrôle de police à Grenoble dans la nuit de mardi à mercredi. En un mois, c’est la troisième victime tuée sous les balles de la police lors d’un contrôle routier et la dixième depuis le début de l’année 2022.

mercredi 5 octobre

Crédit photo : AFP

Les faits se sont déroulés dans la commune de Saint-Martin-d’Hères en banlieue de Grenoble, dans la nuit de mardi à mercredi aux alentours de 2h30 du matin. Une jeune femme de 18 ans, située côté passager du véhicule, a été tuée sous les balles de la police, au prétexte d’un « refus d’obtempérer ».

Pour le moment les seules sources disponibles sont policières. Et comme à son habitude, la version policière relayée par les médias tend à dédouaner les policiers et à criminaliser les victimes. Celle-ci cherche à justifier les tirs en invoquant plusieurs infractions et le refus du véhicule de se soumettre au contrôle de police.

Cette fois, la version policière affirme que le chauffeur aurait ouvert en premier le feu à trois reprises en direction des policiers alors qu’il tentait leur échapper. Selon la version donnée par le Dauphiné, c’est seulement après que le véhicule ait été contraint de faire demi-tour, dans l’impasse qui dessert le site de Schneider Electric de Grenoble, et qu’il se soit retrouvé en face des policiers qui avaient mis pieds à terre, que ces derniers ont ouvert le feu. Une des balles a atteint la gorge de la passagère de 18 ans et lui a été fatale.

Un habitant anonymisé rapporte pour l’AFP : « J’ai entendu des tirs, ça m’a réveillé. J’ai vu la voiture des policiers arrêter l’autre voiture, qui avait les pneus crevés et roulait sur les jantes. J’habite ici depuis toujours et je n’ai jamais vu ça ».

Le chauffeur blessé a été interpellé sans que ses jours soient en dangers. Il a été placé en garde à vue et une enquête a été ouverte pour « tentative de meurtre sur personnes dépositaires de l’autorité publique et refus d’obtempérer », dans le même temps, l’IGPN a été saisie pour les tirs effectués par les policiers. Le procureur de la république Eric Vaillant dans une interview à France Bleu a de son côté d’ores et déjà commencé à justifier leur acte : « Cela peut arriver et les policiers le savent. C’est compliqué pour eux, car tuer quelqu’un ce n’est jamais quelque chose qui laisse insensible, même des policiers chevronnés. Mais ils savent que cela peut arriver quand ils font usage de leurs armes. Et l’enquête approfondie qui va avoir lieu de la part de l’IGPN, totalement impartiale, va nous permettre d’en savoir plus sur les circonstances exactes de ce qui s’est passé cette nuit ».

Comme toujours, la version policière et celle du procureur cherchent à déresponsabiliser les policiers en invoquant la « légitime défense » et à criminaliser la victime. Pour satisfaire aux objectifs de criminalisation des victimes de violences policières, il n’a pas fallu attendre longtemps, comme il est d’usage, pour que la presse et les médias sortent le casier judiciaire de l’automobiliste de 30 ans qui a été blessé par les policiers et dont la passagère a été tuée. Nul doute que l’IGPN, institution de blanchissement officiel des policiers et garant de l’impunité policière, classera ce dossier sans suite et justifiera les tirs de police.

Pour s’en convaincre, il suffit de se rappeler que l’institution policière n’hésite pas à occulter la vérité pour blanchir les policiers et justifier leur acte. Ce fut notamment le cas lorsqu’un policier a tué Jean-Paul Benjamin dans son véhicule de travail en mars dernier. La police avait invoqué un « refus d’obtempérer » et la « légitime défense ». Il s’est finalement avéré qu’à aucun moment le policier n’a été mis en danger, et ce dernier a fini par être mis en examen.

Depuis le début de l’année 2022, c’est la dixième personne qui est tuée par la police dans le cadre d’un « refus d’obtempérer » invoqué par les policiers. C’est la troisième en un mois, après les deux morts des mains de la police en deux jours début septembre. A Rennes, le 7 septembre une jeune femme de 22 ans, passagère d’un véhicule a été tuée par un tir de police, et à Nice le 8 septembre un homme est mort après que la police ait tiré à bout portant. Le nombre d’homicides policiers a été multiplié par cinq depuis 2017 du fait d’une législation toujours plus permissive dans l’usage des armes à feu par la police.

Ces violences policières touchent principalement les quartiers populaires et les personnes racisées. Il est urgent que les organisations du mouvement ouvrier prennent en charge ces questions et dénoncent avec force ces violences en alliances avec les organisations du mouvement anti-raciste pour imposer la vérité et la justice exigée par de nombreuses familles de victimes.



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