Intervention

La police entre fantasme et pulsion

Frédéric Lordon

La police entre fantasme et pulsion

Frédéric Lordon

Frédéric Lordon revient à la charge sur la question de la police à l’occasion d’un débat avec Paul Rocher, organisé par les éditions La Fabrique en novembre dernier. On le connait pour ses positions tranchées sur le sujet : impossible, selon lui, d’imaginer une société sans police, à condition d’en dégager un concept et de ne pas la réduire à sa forme historique sous le capitalisme. Cette fois, Lordon aborde le problème sous un angle différent. Il s’intéresse à la façon dont l’institution policière active, mobilise et oriente les pulsions de ses fonctionnaires. Que ce « régime de pulsionnalité » produise ici le pire, c’est ce que rappelle de façon dramatique l’image récente d’un jeune homme de 26 ans, violemment frappé alors qu’il est à terre lors de la manifestation parisienne du 19 janvier et amputé depuis d’un testicule.

Quitte à vous décevoir, je ne vais pas prendre bille en tête la question de « la vie sans police », mais puisqu’il nous est demandé « Que faire de la police ? », je voudrais répondre tout de même : continuer de la penser. Et, pour ce qui me concerne, à partir d’une citation que j’ai trouvée frappante, sans mauvais jeu de mot puisque c’est un CRS qui parle et qui dit ceci (le propos a été rapporté lors d’une formidable série documentaire de l’émission LSD), un CRS qui dit ceci, donc : « Je suis chanceux, chanceux, vous ne pouvez pas savoir à quel point je remercie tous les jours en allant au travail, je dis merci, merci, merci ». La question qui dirige mon intervention de ce soir est la suivante : quel est le lieu de cette exultation, quel est le motif de ce remerciement adressé au Ciel ? Ou plutôt les motifs, car je pense qu’il y en a deux : le présentable et l’imprésentable. Le présentable, c’est le fantasme ; l’imprésentable, c’est la pulsion.

La part du fantasme, très généralement parlant, c’est la part de ces constructions imaginaires que l’être humain forme de très bonne heure, dans ces commencements de la vie où il n’a que les armes de l’imagination pour se soutenir dans l’existence, et qui connaitront au fil du temps des enrichissements, des secondarisations, dans lesquelles entreront des contenus sociaux, plus élaborés, qu’il aura rencontrés entre temps. Par exemple : « Je te sauve » est, par excellence, un énoncé fantasmatique – mais du fantasme originaire, du fantasme primaire. Le fantasme secondarisé, ce sera : « Je sauve la veuve et l’orphelin », « Je protège les faibles », et puis « Je sauve les institutions », « Je défends la république » – vous reconnaissez ici tous les lieux communs de la sociodicée policière, c’est-à-dire de ce discours de justification que la police tient sur elle-même, et qu’on retrouve si souvent dans les récits vocationnels que font les policiers de leur engagement individuel. Par définition le fantasme, comme élaboration psychique de soutien dans l’existence, est fait pour présenter le sujet en gloire.

Il faut prendre le fantasme au sérieux. Ce sont des imaginations puissamment mobilisatrices. On le prend au sérieux donc, mais on ne lui donne pas le bon dieu sans confession, non plus. Car le fantasme est une élaboration de la pulsion, et la pulsion a ses logiques à elle – moins présentables. Dans les manifestations les plus originaires de la pulsionnalité, en effet, il y a le rapport de haine primitivement noué avec le dehors, avec le « non-soi ». Pour que cette idée ne vous paraisse pas totalement élucubrée, et faute de temps pour la déplier convenablement, je n’ai que la ressource d’un argument d’autorité : c’est Freud qui dit [je cite] que « l’objet naît dans la haine ». Un rapport de haine pour le dehors qui se manifeste par une position originaire paranoïde, dit Melanie Klein, et des motions agressives-destructrices.

Il n’est pas un être humain qui puisse s’en revendiquer totalement indemne, qui puisse assurer que sa psyché n’en a pas gardé la trace profondément enfouie. Evidemment, tous les individus ne sont pas paranoïaques ni submergés de jouissance à l’idée d’aller cogner leurs semblables. La question est donc : quelles sont les déterminations complémentaires, en l’occurrence liées à des positions sociales et institutionnelles, elles-mêmes définies dans un ordre social global, quelles sont les déterminations susceptibles de venir réactiver ce fond originaire paranoïde-agressif, mieux même : d’aller y puiser, d’en faire une ressource mobilisable au service de certaines finalités institutionnelles et politiques. Autrement dit : dans quelles conditions sociales et institutionnelles, certaines motions pulsionnelles se trouvent-elles contrecarrées ou bien, au contraire, libres de se donner carrière ? Soit encore : dans quel régime institutionnel d’autorisation, les pulsions se trouvent-elles coulées ?

Dans un texte peu lu, sans doute parce qu’appartenant au registre relâché d’un avant-propos dialogué, Bourdieu, étonnamment à distance de son registre théorique habituel, évoque les transactions pulsionnelles que certaines institutions passent avec leurs desservants, échange implicite de bons procédés qui troque l’accomplissement de la fonction contre l’assouvissement de la pulsion. A qui douterait que cet angle de la transaction pulsionnelle-institutionnelle soit bien intéressant pour parler de la police, il faudrait recommander la lecture des échanges exhumés par StreetPress à partir de groupes WApp réunissant des milliers de policiers. On s’y trouve précipité dans un terrifiant cloaque pulsionnel où, sans surprise, le racisme et l’antisémitisme sont déchaînés, mais dans une sauce moins attendue d’obsessions sexuelles totalement proliférantes, bien sûr virilistes. Ici on est dans le fond de cuve de la vie psychique de la police. Et – c’est mon hypothèse – dans son lieu de vérité.

Ulrike Meinhof a eu sa façon bien à elle de dire cette vérité, et surtout ses effets. Dans le film Une jeunesse allemande de Jean-Gabriel Périot, Ulrike Meinhof dit ceci : « Un type en uniforme est un porc ». Je parlais de citation frappante tout à l’heure, celle-ci n’est pas mal non plus. Telle quelle, la formule est quand même un peu raide. Après tout : un facteur, un polytechnicien du 14 juillet, un garde-champêtre, un pompier : des porcs ? Bien sûr Meinhof pense surtout aux militaires et aux flics, qui plus est dans le contexte très particulier que l’on sait. On peut cependant faire abstraction de ce contexte d’époque, de la charge polémique et des intentions de Meinhof pour conserver l’énoncé, et dégager le problème qui s’y trouve analytiquement replié. Dont je suggère qu’on pourrait en reformuler ainsi la question centrale : qu’est-ce qu’un uniforme ? A cette question, ma réponse est la suivante : un uniforme, c’est la société. De même que, dans leurs genres, une médaille, une coupe, ou un trophée, un uniforme c’est la société faite chose, c’est la société matérialisée, la société présente et présentée dans la matérialité d’une chose. Un uniforme est une cristallisation matérielle de la puissance de la multitude, et le signe d’une délégation de cette puissance. La puissance dont dispose le porteur de l’uniforme est donc infiniment plus que celle de l’individu singulier qui porte l’uniforme. Tout est fait d’ailleurs pour que face à un individu porteur d’uniforme, on ne voie plus l’individu : on ne voie plus que l’uniforme. Comme aurait dit Fernand Raynaud, c’est étudié pour. C’est étudié pour que devant l’uniforme on se dise, ou plutôt on éprouve, confusément mais certainement, qu’on se trouve confronté à la société tout entière, donc à la puissance de la société tout entière – et qu’on en tire la conclusion (logique) qu’on n’a aucune chance.

En face, comment le porteur d’uniforme ne ferait-il pas l’expérience symétrique, tout aussi confuse mais tout aussi certaine, qu’il a derrière lui la société tout entière, donc à sa main la puissance de la société tout entière, et qu’il en tire la conclusion (également logique) que, lui, a toutes les chances. Mais dans un rapport où lui a toutes les chances et l’autre aucune, dans une confrontation de puissances aussi déséquilibrée, comment la tentation de l’abus de pouvoir ne serait-elle pas permanente ? : elle est inscrite dans la situation même. Alors en effet, le porteur d’uniforme, sûr de sa force, et d’autant plus sûr que ça n’est pas la sienne mais celle de la société dont il est le délégataire, le porteur d’uniforme est un abuseur en puissance – un porc en puissance.

Dans les bénéfices psychiques de la position policière, il y a donc, et au premier chef, ce rapport d’asymétrie écrasante installé d’emblée entre le policier et les individus ordinaires. La position sociopsychique du policier est la position gagnante à coup sûr, disons : à coup presque sûr –, en tout cas une position d’un confort moral sans pareille. Je sais bien qu’il arrive à des policiers d’avoir peur, d’être exposés au risque, d’être blessés, ou tués, voire de mettre leur vie en jeu dans d’authentiques actes d’héroïsme. Je ne crois pas néanmoins que ces faits soient statistiquement significatifs au point de remettre en cause la qualification, j’allais dire moyenne, en fait ultra-majoritaire, que je viens de donner.

Les policiers sont des travailleurs de la violence, c’est à ce titre explicite que la société les délègue, et c’est à ce titre qu’ils ont choisi ce métier qu’on ne choisit pas par hasard. La moindre des choses serait d’en accepter la donnée fondamentale : la violence, en effet.

Dans tous les cas, la mort d’un individu, policier compris, est un inadmissible. Mais on voit bien qu’on ne parle pas du même inadmissible professionnel dans le cas d’un accident dans les métiers du génie civil ou dans le cas d’un accident dans les métiers de la violence. Les policiers ont reçu des armes – on sait assez comment ils s’en servent aujourd’hui – et ces armes, ils en sont dotés notionnellement pour affronter [je cite] le Crime et la Violence. Or il est vrai : on ne peut pas exclure que parfois le Crime soit criminel et la Violence violente.

Ici la différence est flagrante avec les militaires, qui eux aussi sont des travailleurs de la violence, mais à qui ne viendrait pas à l’idée un seul instant d’émettre une protestation de principe à ce qu’on leur tire dessus. L’un des caractères les plus notables de l’autorisation policière tient donc dans cette revendication d’une asymétrie écrasante, revendication de pouvoir exercer toutes les violences sans en subir aucune, c’est-à-dire de l’exercice de la pulsion sans contrepartie. Il suffit d’avoir vu 4 flics en armes serrer un pauvre ado en scooter pour avoir une idée de la manière dont ils se représentent leurs conditions « normales » d’intervention : 4 adultes armés contre un gosse de 14 ans, là on est bien.

Cependant, que l’individu policier puisse mettre au bout de sa puissance individuelle toute la puissance du collectif qui le mandate, c’est un fait inhérent à la fonction police elle-même, et qu’on retrouverait dans son principe dans toute forme de police, y compris celles dont tu parles, et auxquelles tu ne veux pas donner le nom de police – je pense que c’est le seul point de désaccord que j’ai avec ton livre, dont je partage à peu près tout par ailleurs. C’est un point de controverse conceptuelle, mais contrairement à ce qu’on pourrait croire ça n’est pas du tout une petite affaire d’ergotages scolastiques.

Tu réserves [1] la catégorie de police aux polices des Etats capitalistes. Moi je crois qu’il y a un concept de la police, plus général que les polices capitalistes qui n’en sont que des réalisations historiques particulières. Ici, je fais avec la police ce que j’ai déjà fait avec l’Etat, et avec les mêmes vues, à savoir défaire l’illusion qu’on pourrait vivre sans Etat ou sans police en général, au sens conceptuel de ces termes, étant entendu que vivre dans une autre forme d’Etat et avec une autre forme de police que celle du capital est à mes yeux non seulement hautement désirable mais tout à fait possible.

Mais pour que ce genre de discussion ait lieu, encore faut-il disposer d’un concept de la police (ou de l’Etat), et non simplement d’une définition par ostension qui se contente de montrer : la police, voilà, c’est cette merde que nous avons sur les bras. Sous cette « définition », en effet : en finir avec la police, qui ne souscrirait ?

Mais toute police s’épuise-t-elle dans la forme capitaliste ? Non dès lors qu’on définit la police de la manière suivante : par police il faut entendre une fonction d’intervention dans les conflits internes, par délégation et mobilisation de la puissance du collectif. Ça c’est un concept.

Le problème, non pas théorique, mais pratique et politique, c’est que, dans ce concept – qui ne présuppose rien quant à la forme – on reconnaît génériquement le problème du potentiel-Meinhof : le potentiel du devenir-porc. Et pour les raisons même que j’ai indiquées à l’instant : les raisons liées à la délégation faite à des individus de la puissance du collectif.

Voilà donc les enjeux institutionnels généraux de la police : endiguer le fond pulsionnel qu’immanquablement la fonction police, par elle-même, réactive, voire remobilise. C’est la question de ce que Sandra Lucbert et moi appelons un régime d’autorisation, ou encore un régime de pulsionnalité.

Alors quid du régime de pulsionnalité de la police capitaliste ? Bien sûr cette police s’analyse en premier lieu dans les coordonnées structurelles de l’ordre capitaliste, à savoir le fait que les différends où la police est supposée intervenir ne sont pas seulement des différends interpersonnels – comme le raconte la sociodicée policière – mais principalement des différends structurels, situés au lieu central de la conflictualité dans la société capitaliste : le conflit capital/travail (en mentionnant accessoirement l’acuité spéciale que prennent ces différends structurels en situation de crise organique).

Mais les structures ne sont pas agissantes par soi – ça c’était quand même la grande erreur d’Althusser. Elles ne sont agissantes que pour descendre activer des mobiles dans les individus qui les agissent : ici les mobiles de la pulsion paranoïde-agressive. Activer la pulsion, donc, et la gouverner aussi, c’est-à-dire : 1) lui fixer des orientations et 2) la régler en intensité selon ces orientations.

Or, ici, les indications de la gouvernementalité capitaliste de la police sont très claires. Elles sont fournies par une hiérarchie de la dignité humaine, qui est un implicite totalement inavouable dans une société se disant démocratique, mais qui est un fait totalement nécessaire dans un ordre social essentiellement inégalitaire comme le capitalisme. La hiérarchie de la dignité humaine est le corrélat de la hiérarchie des tâches dans la division du travail capitaliste. La première range les individus selon un gradient d’humanité : tout en haut les humains de pleine essence, tout en bas ceux dont l’humanité est toujours en litige – des infâmes. La seconde range les tâches selon une gradation symbolique du noble et de l’ignoble. La mise en correspondance de la 1re à la 2nde s’en déduit très simplement : les tâches ignobles aux infâmes – aux infâmes qui ont été sécrétés pour les tâches ignobles.

La police connaît maintenant le lieu concret du différend structurel où son intervention est requise : les infâmes : le prolétariat contestataire. Elle le connaît d’autant mieux, dans des cas comme la France ou les EU, qu’un long passé a installé profondément des schèmes complémentaires, en fait les plus puissants, de l’indignité et de l’infamie : passé colonial, passé esclavagiste. Le régime d’autorisation s’ensuit : contre des individus dont l’humanité est incertaine, des traitements à la limite de l’inhumanité sont logiquement admissibles.

On est frappé du déni d’humanité qui émerge des enquêtes sociologiques ou anthropologiques sur la police – je pense par exemple à celle que fit Didier Fassin sur la BAC face aux jeunes des quartiers : « Ce sont des merdes », « Ils vivent dans la merde », « Ils vivent comme des merdes », etc., propos recueillis il y a pourtant plus de 10 ans, du train où sont allées les choses entre temps on imagine où on en est aujourd’hui – eh bien dans les groupes WApp exhumés par StreetPress. Ici, la hiérarchie capitaliste de la division du travail se conjoint à la hiérarchie coloniale héritée (qu’on peut sans doute voir comme une hiérarchie capitaliste encore, mais dans une autre forme), conjonction qui désigne le bas comme attracteur de la pulsionnalité : le lieu de l’humanité minimale est logiquement celui de l’autorisation maximale – gradient d’humanité : gradient d’autorisation.

A partir des infâmes du capitalisme, décoloniaux ou pas d’ailleurs (on a vu ce que ça a donné avec les Gilets jaunes), le régime de l’autorisation s’étend par transitivité à tous ceux qui se déclarent solidaires : syndicalistes, activistes, jeunesse urbaine contestataire (qui, elle, a droit à son traitement de faveur mais sous le coup d’un affect d’une autre nature, essentiellement ressentimental à l’endroit du privilège social des études).

Mais les effets structurels abstraits, comme ce gradient d’autorisation, s’accomplissent par des voies très concrètes : les voies de l’institution policière, avec ses procédures et ses tolérances, ses licences implicites ou explicites, ses contrôles ou ses absences de contrôles, ses indulgences ouvertes et ses simulacres de sanction, etc. C’est l’institution et ses chefs qui libèrent concrètement le potentiel de la pulsion dans les conditions générales de l’ordre hégémonique tel qu’il a déterminé les infâmes.

Lorsque, lors de l’acte 4 des Gilets jaunes, tombe l’ordre : « Allez-y franchement, n’hésitez pas à percuter, ça fera réfléchir les suivants », la pulsion policière mesure très exactement ses nouvelles latitudes : « c’est la fête du slip », traduira adéquatement un baqueux engagé ce jour-là dans le maintien de l’ordre, formule que j’aurais sans doute été tenté de fabriquer moi-même si je ne l’avais pas trouvée toute faite en illustration presque idéale d’un propos sur la violence et la jouissance dans la police.

Lorsque, à Calais, c’est-à-dire auprès des infâmes parmi les infâmes, les pratiques littéralement sadiques de la police font l’objet d’une indifférence ostensible de l’institution, la pulsion policière connaît ses licences.

Lorsque, comme il y a trois semaines, l’ex-préfet Lallement se plait à évoquer la possibilité d’avoir à ouvrir le feu sur les manifestants, il n’est pas comme il feint de le dire, dans l’anticipation d’un risque regrettable, mais dans la préemption d’une extension supplémentaire du domaine de la pulsion – au passage : personnage exemplaire à tous les titres d’une psychopolitique de la violence d’Etat, qui aura donné l’occasion de voir ce qui se passe quand on met un hyper-violent à la tête d’une institution essentiellement violente.

Je pense qu’il faut avoir ces éléments en tête pour comprendre que si la police ne se sent nullement mobilisée subjectivement en faveur des intérêts du capital, elle n’en est pas moins objectivement à leur service, et que cet écart se tient dans la conjonction :

  •   De la hiérarchie de la division du travail capitaliste
  •   De la hiérarchie des dignités qui en est le corrélat, mais devenue comme autonome, sans jamais être rapportée à la précédente
  •   Du régime des autorisations différentielles ouvertes à la pulsion violente d’Etat qui s’en suit
  •   De la libération concrète de ces autorisations par l’agencement institutionnel de la police
    C’est ça, c’est tout ça qui fait un régime de pulsionnalité – en l’occurrence celui de la police capitaliste.

    Et peut-être ces éléments aident-ils à y voir un peu plus clair quant aux réquisits d’une autre forme de l’ordre public, c’est-à-dire d’une intervention :

  •   mandatée et dotée en puissance par le collectif
  •   une intervention dans l’élément du conflit – par définition –, donc possiblement de la violence
  •   mais sans que ces conditions très générales n’aboutissent aux déchaînements pulsionnels de professionnels de la violence.

    Je pense que vous avez compris ma position : vivre sans police, sous la définition conceptuelle que j’en ai donnée, je n’y crois pas un instant. Refaire les institutions d’un régime de pulsionnalité qui nous libère enfin du fléau paranoïde-violent de la police capitaliste – ce qui signifie d’abord, pour que les choses soient parfaitement claires, rompre avec l’ordre capitaliste et ses hiérarchies –, ça j’y crois, et pas qu’un peu.

    [Crédits photo : © Leo Kekemenis]

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    [1NdR Frédéric Lordon s’adresse ici à Paul Rocher.
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