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Société

Agriculture. Etat et grande distribution contre les petits producteurs

La nuit de l’élevage en détresse voit la FNSEA se faire déborder par sa base

Léo Serge A l'appel de la FNSEA, syndicat agricole particulièrement à droite, des milliers d'agriculteurs en colère ont participé à la « nuit de la détresse », essentiellement dans l'Ouest de la France, là où se concentre le plus d'éleveurs – notamment de porc. L'objectif était de manifester contre l'absence de remontée des prix à la vente de la viande de 5 centimes, qui avait été négociée entre l’État, les agriculteurs et la grande distribution.

mardi 7 juillet 2015

Les raisons de la colère


Des opérations escargots ont été menées en Normandie. A Saint-Lô, une soixantaine de tracteurs ont bloqué des ronds-points et déversé du fumier et des pneus enflammés. Des tags (« on ne rigole plus », « voleur », « mangeons français », « Sauvez l’élevage », « Partagez vos marges », « Ras le bol ») ont été inscrits sur des supermarchés. « Leclerc est l’un des plus gros bandits », a fait valoir Alain Bernier, président de la FDSEA 44 en organisant une action devant un des magasins de cette chaîne.

Les éleveurs estiment que les prix de la viande, de porc comme de bœuf, ne leur permettent pas de couvrir leurs coûts de production. Le revenu des producteurs de viande bovine serait ainsi tombé à 12 000 euros par an, selon la FNSEA. Le litre de lait payé aux agriculteurs vaut désormais 30 centimes, le kilo de carcasse de porc 1,3 euro et celui de viande bovine, 3 euros, soit une baisse de 20 à 30 % selon ces produits en un an. Si les supermarchés ont fait les frais de cette colère, les responsables de quelques grandes chaînes (Leclerc, Système U, Lidl) ont eu tôt fait de se dédouaner en affirmant qu’ils ont bien racheté la marchandise plus chère pour répondre aux demandes des producteurs mais qu’il existe encore des intermédiaires responsables, sans doute, de leur manque à gagner, tels que les industriels transformateurs.

Mollesse syndicale et gouvernement conciliateur : l’élevage inquiet pour son avenir


Cette soirée n’a pas été très calme pour le président de la FNSEA Xavier Beulin, chahuté par les éleveurs à Saint-Brieuc, alors qu’il leur proposait des « solutions » au mois de septembre. « Si on attend le mois de septembre, on sera pas la moitié », s’est écrié un éleveur. Et de rappeler à Xavier Beulin, exploitant céréalier, qu’il n’était pas du même monde qu’eux. « Aujourd’hui, c’est le soir des éleveurs, pas des céréaliers », lui a-t-il dit. Les céréaliers ont depuis des années des revenus confortables, sans rapport avec ceux des éleveurs.

A Rennes, on pouvait entendre un producteur de lait déclarer aux journalistes : « On veut pas finir comme la sidérurgie en Lorraine ». A Saint-Brieuc des éleveurs ont vidé un camion frigorifique contenant de la charcuterie espagnole. « Il y a un avenir pour l’agriculture française à condition que les pouvoirs publics nous soutiennent. Le gouvernement doit nous donner les moyens d’être compétitifs. » Voilà ce qu’on pouvait entendre dans le Nord. Les prix, la valorisation de « l’origine France », une baisse du coût du travail et une fiscalité efficace sont quelques-unes des mesures qu’ils réclament.

Le gouvernement, lui, cherche à temporiser. Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a demandé au médiateur des relations commerciales agricoles de contrôler les accords signés en juin. Une prochaine rencontre entre tous les acteurs devrait avoir lieu vers mi-juillet et une nouvelle table ronde le 1er septembre pour discuter de l’encadrement des promotions. Des actions contre les hypermarchés sont déjà prévues par les agriculteurs pendant l’été.

Entre petite production et industrialisation : le dilemme des agriculteurs

Le projet de ferme des 1000 vaches, à Drucat, dans la Somme, rappelle que deux paysanneries se font face. L’une perpétuellement au bord de la faillite et qui n’arrive pas à joindre les deux bouts, et l’autre, semi-industrielle, avec des capitaux et des revenus très importants. L’hétérogénéité des agriculteurs n’est pas nouvelle, mais les difficultés des plus petits et de certaines activités – l’élevage par exemple – sont de plus en plus importantes.

Un arrêté préfectoral vient d’obliger la ferme des 1000 vaches à se séparer des quelques 300 vaches supplémentaires d’ici 15 jours pour revenir au seuil autorisé de 500 laitières. C’est une décision purement politique. La Confédération paysanne, elle, souhaite que « l’agriculture reste aux mains des paysans et non des industriels »

Le productivisme ne vient pas de nulle part. Il est une conséquence logique des mécanismes inhérents au capitalisme, notamment la concurrence qui tend à laisser deux choix aux entreprises, y compris agricoles : mourir ou grossir. Il n’y aura pas de solution durable et véritable pour la petite et la moyenne paysannerie dans le cadre du capitalisme, que la FNSEA, toujours à la pointe pour défendre son modèle productiviste et pollueur, se garde bien évidemment de remettre en question. Les agriculteurs sont les premiers à s’en apercevoir plus ou moins progressivement, il faut les soutenir et les éloigner des solutions nationalistes réactionnaires qui ne régleront rien.



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