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Société

Meurtre d’un détenu à Colmar

La justice acquitte une fois de plus un policier

Bill Zabriskie Mardi, la justice a prononcé un nouveau non-lieu, cette fois en faveur du gendarme qui avait abattu un détenu lors de son transfèrement en août 2014 près de Colmar. Une nouvelle fois, c’est l’argument de la légitime défense qui a profité à l’accusé. Alors que Hollande annonçait en novembre dernier vouloir « modifier les conditions dans lesquelles [les policiers] peuvent faire usage de leur arme », en assouplissant les règles concernant cette utilisation, ce non-lieu a un écho particulier.

jeudi 21 janvier 2016

Les faits remontent à août 2014. Lors de son transfèrement de la prison de Strasbourg jusqu’au tribunal de grande instance de Colmar, où il devait être entendu par le juge d’instruction pour une affaire de vol à main armée dans un fast-food, Hocine Bouras, 23 ans, était abattu d’une balle dans la tête. Selon les dires de deux des agents l’escortant, le détenu aurait eu un comportement « agressif » envers la gendarme assise à côté de lui dans le fourgon, et aurait tenté de lui voler son arme de service, expliquant l’intervention de son collègue. Détail troublant : le détenu a été abattu en-dehors du véhicule (contrairement aux déclarations de la gendarmerie), un journaliste présent sur place affirmant qu’une grande tâche de sang était présente sur la chaussée, près du fourgon. Ainsi, les gendarmes se seraient arrêtés sur la bande d’arrêt d’urgence, puis auraient sorti Hocine Bouras du véhicule, avant de l’abattre d’une balle dans la tête. Dans de telles circonstances, l’unique preuveavancée pour accréditer la thèse d’une tentative de vol de l’arme de la gendarme réside sur la présence de l’ADN du détenu sur l’arme en question... et bien-sûr, les déclarations des « forces de l’ordre » appuient cette version des faits.

Pour l’avocat de la famille du défunt, la thèse de la légitime défense ne tient pas la route, et ce pour plusieurs raisons, comme l’incohérence et l’impossibilité de la version livrée par les deux gendarmes, le fait que la présence de l’ADN du détenu sur l’arme peut s’expliquer simplement par une effleurement, ou encore le fait que le soi-disant danger de mort était très loin d’être avéré. Ce nouveau non-lieu confirme « ce que nous savions tous depuis le premier jour, à savoir que les dés étaient certes déjà jetés mais surtout pipés » a réagi l’avocat en question, Me Bettcher.

Alors que les non-lieux à l’encontre des meurtres policiers continuent de pleuvoir allègrement, Hollande a annoncé en novembre dernier vouloir alléger les conditions dans lesquelles un policier peut être considéré en état de légitime défense, au même titre que les gendarmes et militaires qui bénéficient déjà de conditions particulières. Il ne sera donc plus nécessaire pour un policier d’annoncer des sommations avant de faire feu… Dans le cadre de l’état d’urgence, le terrorisme est l’argument idéal pour faire passer ce genre de mesures allant toujours davantage dans le sens d’un renforcement de l’État-policier, liberticide et raciste. Lorsque l’on observe les violences policières aux États-Unis, où la police bénéficie de la clémence des tribunaux et assassine à tour de bras, ces phénomènes de renforcement sécuritaire assombrissent le ciel des masses populaire. Cette affaire relève d’une nouvelle campagne de communication en faveur de la police, et autour du soi-disant danger permanent qui la menace, afin de justifier les mesures de renforcement du bras armé de l’État. Dans l’optique d’une accentuation des politiques austéritaires et d’un possible réchauffement de la lutte des classes, la mise en place préventive de ce genre de mesures n’a rien d’étonnant.



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