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Genres et sexualités

Violence machiste

La Russie dépénalise la violence machiste

Une nouvelle loi pourrait permettre de frapper les femmes et les enfants une fois par an en Russie. Un pays où une femme est assassinée toutes les 40 minutes. Nadia Celaya

mercredi 18 janvier 2017

Avec une écrasante victoire de 368 voix pour, une contre et une abstention, le Parlement Russe a approuvé en première lecture une proposition de loi promulguant que les agressions de genre ne relèveraient plus du code pénal mais deviendrait un délit civil, si celles-ci se produisent une fois pas an.

Ainsi, maltraiter sa femme et son enfant deviendrait alors une faute administrative se résolvant par une amende de 500 euros et un maximum de 15 jours de travaux d’intérêt général. Si l’agresseur récidive la même année, le cas est renvoyé en cour pénale. Dans ce cas, les victimes devraient apporter toutes les preuves de l’agression, la justice ne menant pas l’enquête.

La député Elena Mizulina, présidente du comité sur la famille, la femme et l’enfance depuis 2011 propose cette loi. Une avocate du parti social-démocrate russe.

Mizulina est connue pour ses déclarations et initiatives réactionnaires et ultra-conservatrices. Elle est notamment à l’origine de la loi contre la « propagande » homosexuelle, qui prévoit des condamnations pouvant aller de l’amende à de la prison ferme, à l’encontre de toute diffusion d’informations positives sur l’homosexualité à des mineurs. Une loi qui interdit les comportements homosexuels dans les rues, dans les médias, provoquant une augmentation de la violence homophobe. Une autre de ses batailles, c’est la restriction du droit des femmes à avorter.

Sa défense de la famille russe traditionnelle s’est exprimée au grand jour en juillet dernier, avec la proposition de loi rétrograde, qui dissimule la violence de genre entre les murs du foyer, convertie en affaire privée.

Pourtant, les derniers chiffres publiés en 2008 par le ministère de l’Intérieur russe montraient que 14 000 femmes ont été assassinées cette année-là en Russie, par un homme de leur famille.

Une étude postérieure, réalisée par le ministère de l’Intérieur et le Conseil Présidentiel du développement de la Société Civile et des droits humains confirmait qu’entre 12 000 et 14 000 femmes sont assassinées chaque année, soit une femme toutes les 40 minutes. 36 000 femmes sont maltraitées chaque jour par leur mari, en tenant compte que seulement 40% des victimes portent plainte.

Face à ce panorama brutal, il n’existe pas en Russie une loi sur les violences de genre, les cas d’agression à l’intérieur du foyer sont jugées comme violence domestique sans circonstances aggravantes liées au genre. La législation ne prend pas en compte ni les ordonnances de relogement, ni de protection d’urgence ni aucune mesure de protection civile pour les victimes.

Trad. E.D.