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International

Escalade des sanctions

La Finlande ferme ses frontières aux Russes qui fuient la guerre et la mobilisation

Alors qu’une partie de la population russe tente de fuir le pays après les annonces de la mobilisation partielle, le gouvernement finlandais annonçait ce jeudi fermer sa frontière aux ressortissants russes détenteur d’un visa Schengen.

vendredi 30 septembre

Jeudi 29 septembre, le gouvernement finlandais annonçait fermer ses frontières aux ressortissants russes munis d’un visa Schengen. Comme l’expliquait le ministre des affaires étrangères finlandais jeudi lors d’une conférence de presse, « cette décision a pour but en principe d’empêcher complètement le tourisme russe en Finlande et les trajets qui lui sont liés à travers la Finlande ».

Une manière de bloquer les russes tentant massivement de fuir leur pays après la mise en place de la mobilisation partielle par Poutine le 21 septembre. Dans les 3 jours suivant cette annonce, ce seraient plus de 261 000 hommes qui auraient quitté la Russie selon une source du Service Fédéral de Sécurité russe. Frontex, de son côté, relève que 66 000 citoyens russes ont rejoint l’Europe entre le 19 et le 25 septembre, soit une augmentation de 30% par rapport à la semaine précédente.

Dans le même temps, les prix des vols pour quitter la Russie ont explosé et les destinations permettant une entrée sans visa aux russes comme la Turquie ou l’Arménie ont rapidement été complètes.
Cette décision de la Finlande devrait au moins réduire de moitié le nombre de russes autorisés à pénétrer dans le pays, alors que celui-ci représentait la dernière frontière directe de la Russie avec l’Europe encore empruntable après l’interdiction de l’entrée de tout citoyen russe en Estonie, Lituanie, Lettonie et Pologne décidée par ces pays le 19 octobre.

Cette fermeture de la frontière aux touristes est une composante d’un durcissement plus général de la frontière finlandaise avec la Russie. Depuis l’invasion de l’Ukraine par Poutine, le gouvernement finlandais a en effet joué la surenchère. Comme le rappelle Le Monde, « 80 millions d’euros [ont été] alloués aux gardes-frontières pour l’achat de nouveaux équipements et de véhicules, le gouvernement a validé l’acquisition de deux nouveaux avions de surveillance et deux patrouilleurs. Les effectifs vont aussi être renforcés. Par ailleurs, le 7 juillet, le Parlement a voté une loi autorisant la construction de barrières, le long de la frontière avec la Russie. »

Plus largement, cette annonce s’inscrit dans la stricte continuité de la politique de l’Union Européenne depuis le début du conflit. Que ce soit du côté des sanctions économiques ou de la propagande anti-russe, ces politiques ont en commun la conséquence de faire payer la guerre aux couches populaires russes.

Ainsi, en plus du volet économique, ces sanctions se déclinent également sur le terrain des frontières et des visas. Le 9 septembre, le Conseil de l’Union Européenne suspendait son accord de facilitation de délivrance des visas avec la Russie, avec pour conséquence l’augmentation des frais, des documents nécessaires, des délais et des restrictions pour les personnes russes souhaitant obtenir un visa. Des mesures soutenues avec force par le gouvernement ukrainien, Volodymyr Zelensky ayant appelé dès le 8 aout les pays occidentaux à un embargo sur les visas des ressortissants russes, arguant : « Fermez juste les frontières pour un an et vous verrez les résultats »

Fidèle à cette logique réactionnaire, ces restrictions de visas et fermetures de frontières ont été accompagnées de discours racistes contre la population russe, visant à l’identifier à la guerre menée par son gouvernement. Le ministre des affaires étrangères letton a ainsi soutenu que « De nombreux russes qui fuient la Russie à cause de la mobilisation étaient d’abord pour tuer des ukrainiens, ils n’ont pas protesté à l’époque » pendant que la Commission Européenne affirmait « Il continue d’y avoir un risque crédible que les personnes prétendant voyager en Europe à des fins touristiques pourraient promouvoir de la propagande en soutien à la guerre d’agression Russe contre l’Ukraine, ou engager d’autres activités subversives au détriment de l’UE ». Dans le cas de la Finlande, c’est la mise en danger des relations internationales du pays qui ont été invoquées par le gouvernement. La Finlande a en effet officialisé en mai sa demande d’adhésion à l’OTAN.

Comme le rapporte Foreign Affairs, entre le durcissement aux frontières opéré par les pays européens et les politiques de pression mises en place par Poutine, la situation se verrouille toujours plus pour la population russe qui cherche à fuir le pays. « La plupart d’entre eux veulent partir, mais ils ne peuvent pas, car la vie est trop chère à l’extérieur de la Russie. Ils ont peur de ne plus pouvoir gagner de l’argent s’ils partent, et ils ne savent pas où s’installer. Il n’y a pas beaucoup de pays qui acceptent d’accueillir les Russes, et c’est le principal problème pour nous désormais. » explique ainsi pour RFI Iglia, ancien directeur de théâtre ayant fui la Russie pour l’Arménie.

La fermeture de la frontière finlandaise est une nouvelle manière de faire payer la guerre aux populations. Après le tri raciste des réfugiés d’Ukraine aux portes de l’Europe, les sanctions économiques qui font payer la guerre aux populations et la multiplication des délires anti-russes en Europe. Alors que la mobilisation partielle décrétée par Poutine a donné lieu à des formes multiples de résistance de la population russe, sous la forme de sabotages, d’exils et de mobilisations durement réprimées, la fermeture des frontières européennes est un acte criminel envers la population russe qui cherche à fuir une guerre qui n’est pas la sienne. C’est également une base pour nourrir le discours nationaliste de Poutine et saper toute résistance anti-guerre.

L’escalade du conflit continue et ce sont les populations qui se retrouvent en première ligne, que ce soit via la violence de la guerre en elle-même, les famines, les menaces d’utilisation de l’arme nucléaire par Poutine, l’explosion des prix de l’énergie ou encore les politiques réactionnaires de fermetures des frontières. Contre l’hypocrisie de l’Union Européenne et de l’OTAN qui jouent les humanistes tout en encourageant cette escalade et contre le bellicisme de Poutine, c’est seulement par la base que pourra se dessiner une issue progressiste à la guerre en Ukraine. Dans ces coordonnées, une lutte de l’ensemble des organisations du mouvement ouvrier et social pour l’accueil en Europe de toutes et tous est nécessaire, et notamment de la population russe qui n’a rien à voir avec cette guerre menée par ses classes dirigeantes et dont elle est en train de payer les frais.



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