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Du Pain et des Roses

Pour le droit à l’avortement sûr, libre et gratuit !

La Cour Suprême révoque le droit à l’avortement : s’organiser à l’international pour nos droits reproductifs !

La Cour Suprême a décidé d’abroger Roe v Wade remettant entre les mains de chaque Etat des Etats-Unis le pouvoir de légiférer, comme bon leur semble, sur le droit à l’avortement qui est déjà très fortement restreint voire interdit dans plusieurs Etats. La décision de la Cour Suprême n’est pas une surprise, et indique qu’une stratégie de lutte pour les droits reproductifs indépendante des démocrates, des institutions, et internationaliste va devoir être mise sur pied.

vendredi 24 juin

Crédit photo : Luigi Morris

Le droit à l’avortement aux Etats-Unis est grandement mis en danger, ainsi que d’autres droits démocratiques pour les femmes et les personnes LGBTI. La situation est grave, et nécessite de penser une lutte internationaliste plus intense pour nos droits reproductifs, pour notre autonomie corporelle, l’auto détermination, la liberté sexuelle, ainsi qu’une stratégie gagnante loin des partis institutionnels, bourgeois et pro patronaux, ainsi que des instances judiciaires.

L’abrogation de Roe v Wade : une victoire pour les conservateurs contre les classes populaires

La Cour Suprême des Etats-Unis, composée d’une majorité ultra conservatrice, a pris la décision d’abroger Roe v Wade, qui, depuis 1973, protège au niveau fédéral le droit à l’avortement pour n’importe quel motif jusqu’à environ 24 semaines de grossesse. Son abrogation a pour conséquence de déléguer à chaque Etat la responsabilité de statuer et légiférer sur le droit à l’avortement. Dans les faits, les contours de l’accès au droit à l’avortement dépendra de la majorité politique et de la législation prise ces dernières décennies dans chaque Etat.

Les prévisions estiment ainsi qu’avec la fin de l’arrêt Roe, 22 États devraient rapidement interdire l’avortement, une liste qui comprend presque tous les États du Sud. A l’opposé, des mesures visant à protéger l’avortement ont été adoptées dans 11 États. La Californie, le Connecticut, New York et Washington ont adopté des lois ou envisagent des mesures qui protégeraient les médecins et les patients de l’ingérence de l’État.

Etant donné que les femmes ne vont pas cesser d’avorter, les conséquences vont être multiples, dangereuses et ubuesques : cela va approfondir les déserts médicaux, les sanctions à l’encontre des médecins pratiquant l’IVG dans les Etats où il sera interdit, la concentration des soins dans certains Etats et sur une poignée de praticiens, les personnes souhaitant avorter devront parcourir des centaines voire milliers de kilomètres et débourser des centaines de dollars, un réseau clandestin pour accéder à la pilule abortive va continuer de se développer et de nombreuses femmes avorteront sans accompagnement médical...

Nombreuses sont les militantes et journalistes qui alertent sur la guerre répressive et judiciaire qui va s’abattre contre les femmes qui avortent illégalement et les professionnels de santé. D’ores et déjà, au Texas, où l’avortement est interdit au-delà de six semaines, Lizelle Herrera a été arrêtée et emprisonnée pour avoir utilisé la pilule abortive. L’organisation If/When/How a découvert que plus de 18 personnes ont été arrêtées ces dernières années aux Etats-Unis pour avoir avorté. Cela ne fera que se renforcer étant donné qu’actuellement 38 Etats prévoient de faire légalement de l’avortement un meurtre, ou plus précisément un « homicide fœtal ».

Une situation imputable aux Républicains mais aussi à la gauche démocrate, et aux organisations de défense des droits des femmes les plus influentes

Nul doute qu’une telle situation est le résultat de la matrice idéologique et politique des conservateurs qui depuis plusieurs décennies mènent une campagne pour criminaliser l’avortement, infuser leurs idées réactionnaires et ascientifiques selon lesquelles l’avortement est un homicide, ou encore pour lesquels les militantes pro avortement (pro choice) ont un projet « eugéniste » de « stérilisation forcée ».

Mais la colère est aussi dirigée contre les démocrates qui, à l’image de la gauche française, ont entièrement embrassés l’idéologie libérale, et ont été des protagonistes centraux, dans l’avancée des idées réactionnaires, et de l’extrême droite. Les démocrates ont accompagné voire été à l’initiative de restrictions sur l’avortement. La Louisiane est un exemple parmi tant d’autres, où une loi de 2006 qui interdit l’avortement sauf si la vie de la mère est en danger en cas de renversement de Roe v Wade, a été rédigée et signée par des démocrates. C’est à Jimmy Carter que l’on doit le soutien à l’amendement Hyde, qui refusait le financement fédéral des avortements des femmes pauvres par le biais de Medicaid. C’est à Hilary Clinton que l’on doit des propos clairement ambivalents, déclarant, lors de sa campagne présidentielle en 2008 qu’elle pensait que l’avortement devait être « sûr, légal et rare, et par rare, je veux dire rare ». Plus encore c’est Obama, Clinton, Biden qui sont responsables de la casse du système de santé américain, des déserts médicaux, ou des politiques mortifères et répressives menées à l’encontre des personnes migrantes.

Dans un article rédigé pour Contretemps, Sharon Smith, une militante féministe et socialiste américaine, pointe également du doigt la grande responsabilité des organisations féministes pour les droits reproductifs qui sont soumises aux démocrates et à leur agenda électoral : « Il existe également de nombreuses raisons de blâmer les organisations de défense des droits des femmes les plus importantes et les plus courantes pour leur confiance indéfectible dans les politiciens du Parti démocrate qui n’ont pas réussi à soutenir activement le droit à l’avortement pendant des décennies (…) Les grandes organisations de défense des droits reproductifs telles que Planned Parenthood, la National Abortion Rights Action League (NARAL), la National Abortion Federation (NAF), le Guttmacher Institute et la National Organization for Women (NOW) ont toujours eu des liens étroits avec l’establishment démocrate et ont collecté des centaines de millions de dollars au cours des deux dernières décennies [pour les campagnes électorales], alors que l’accès à l’avortement n’a cessé de s’éroder dans tout le pays. »

Maintenant, quel plan de bataille pour nos droits reproductifs à l’international ?

La grande victoire de l’offensive néolibérale, dans les pays impérialistes comme les Etats-Unis, ou comme la France, a été d’enfermer la lutte pour les droits démocratiques tels que le droit à l’avortement, sur le terrain institutionnel et judiciaire. Le droit à l’avortement, au mariage et au divorce, la reconnaissance du viol, ont été enfermés dans les administrations et les tribunaux, pendant que dans la réalité des millions de femmes, dont les plus précaires et opprimées, continuaient d’être privées de l’accès réel à ses droits, de mourir sous les coups, ou étaient surexploitées sur le marché du travail.
Ce qui a été abandonné, depuis les mouvements de libération des années 1960, est que la lutte pour le droit à l’avortement est un combat politique et idéologique permanent, pour le droit à disposer de son corps, la liberté sexuelle, la santé corporelle et sexuelle, qui ne peut exister pleinement que s’il est associé à une lutte contre la société capitaliste qui privilégie toujours les profits à la vie, comme on l’a vu avec la pandémie, mais également contre l’impérialisme qui ne s’embarrasse pas d’opprimer les femmes et les personnes LGBTI sur son propre territoire mais également, et souvent encore plus brutalement, dans le reste du monde.

C’est cela que les démocrates mais aussi les organisations féministes les plus influentes ont abandonné au détriment de la vie de millions de femmes et personnes LGBTI, les laissant désarmées face à la situation actuelle. Actuellement, des militantes féministes américaines cherchent à s’organiser avec des militantes d’Amérique Latine, et notamment du Mexique, pour s’inspirer de leur lutte, et pour que le maximum de femmes puisse avorter sans risquer leur santé et leur vie, d’autres groupes d’extrême gauche autonomistes ont décidé de mener des actions contre des cliniques anti avortements. Mais, il est possible d’envisager une politique au-delà de la résistance, une politique offensive, collective pour le droit à l’avortement, mais également pour les droits trans, contre les politiques impérialistes, et l’exploitation capitaliste.

Nos camarades aux Etats-Unis, qui animent le média LeftVoice, rappellent à raison que le droit pour l’avortement, les droits reproductifs et tous les droits pour les opprimé.es ont été au cœur de la tradition des partis révolutionnaires d’extrême gauche et du mouvement ouvrier. Ce sont des droits qui ont été arrachés par de grandes mobilisations de rue et des grèves comme nous l’ont montré les militantes d’Amérique latine, et qui nécessitent un combat permanent contre le système capitaliste afin que l’avortement soit réellement légal, sûr, gratuit, sans excuses,without apologies, et international.

Aujourd’hui, ce n’est pas dans les tribunaux, les administrations, la construction d’une gauche institutionnelle ou par un bulletin de vote aux mid-terms (élections de mi-mandats), que doit être mis toute l’énergie des nouvelles générations militantes.

L’énergie des nouvelles générations de militant.es syndicaux et de militant.es des mouvements sociaux comme Black Lives Matter, qui émergent aux Etats-Unis, sensibilisés à la lutte contre les oppressions et l’exploitation, doit être mis dans la construction d’un syndicalisme lutte de classes sur les lieux de travail qui soit anti bureaucratique, indépendant des partis réformistes, et qui lutte ardemment pour les droits démocratiques.

De la même manière, il est possible d’organiser largement les personnels et étudiant.es dans les universités, et de construire ainsi, par la base, des actions, des grèves, et des manifestations, à même de créer un rapport de force, et de toucher au cœur de l’économie pour se faire entendre et imposer des revendications.

C’est seulement en reconstruisant cela, dans les pays impérialistes dans lesquels nos droits ne sont pas garantis ad vitam eternam, ainsi qu’une extrême gauche indépendante, anti impérialiste et intransigeante sur les droits des femmes, des LGBTI, que nous mettrons un coup d’arrêt à l’avenir mortifère promis par la situation de crise du capitalisme.

Des mobilisations sont déjà en cours pour rejeter cette attaque.À New York, une coalition de 30 organisations, dont des syndicats, des militants, des organisations sociales et de gauche, manifestera à 18h30 (à 1heure du matin ici en France).

Nous envoyons toute notre solidarité aux mobilisations, actions, grèves qui se tiendront non seulement contre ce recul mais aussi et surtout, pour que le droit à l’avortement légal, sûr, libre et gratuit devienne une loi, et nous mobiliserons en solidarité internationaliste, tant qu’il le faudra !

Pour nous soutenir, c’est par ici !



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