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Kazakhstan. La contestation contre l’augmentation du prix du gaz conduit à une révolte générale

Depuis dimanche, d’importantes manifestations secouent le Kazakhstan. Impulsée par la hausse du prix du gaz, la révolte fortement réprimée s’est étendue jusque dans la capitale économique du pays, et fait désormais entendre la colère profonde de la population contre son régime autoritaire.

mercredi 5 janvier

Crédits photo : AFP

En 2011 se déroulait à Janaozen, ville à l’Ouest du Kazakhstan, la grève de 15 000 travailleurs du secteur pétrolier dénonçant leurs conditions de travail et pour un salaire décent, violemment réprimée par les forces de l’ordre, tuant au moins 15 manifestants. Ce dimanche 2 janvier, dix ans après le massacre de Janaozen, un mouvement social d’ampleur a éclaté dans cette même ville contre la hausse du prix du gaz naturel liquéfié (GNL), multiplié par deux en moins d’une semaine. Le GNL est pour la région la « principale source de carburant pour les voitures [dont] toute augmentation [du] prix entraîne celle des produits alimentaires, déjà à la hausse depuis le début de la pandémie de coronavirus ». Les classes populaires sont les premières touchées par la crise économique et la forte inflation qui traverse le pays d’Asie centrale.

Le potentiel insurrectionnel des protestations traversant la région de Mangystau, où se situe Janaozen, et la menace qu’elle représente pour le régime dictatorial en place n’ont pas tardé à se faire sentir. On entend massivement scandés les slogans : « Démission du gouvernement ! » et « Le vieil homme dehors ! » en allusion à Nazarbaïev, à la tête du pays pendant 30 ans avant de choisir pour lui succéder en 2019 l’actuel « président » Tokaïev, mais conservant toujours aujourd’hui « les fonctions clés dans le système politique kazakh ». Face au vent de révolte, Tokaïev a dû céder la baisse du prix du GNL de 120 tenges à 50 dans la région de Mangystau comme le demandaient les manifestants, et limoger son gouvernement ce mercredi.

Mais la colère profonde face à l’État autoritaire et la misère au Kazakhstan ne s’est pas calmée. Mardi, un décret d’État d’urgence ainsi que la mise en place d’un couvre-feu de 23 heures à 7 heures du 5 au 17 janvier dans les régions mobilisées ont été proclamés par Tokaïev. WhatsApp, Signal et Telegram ont aussi été coupés dans la nuit de mardi à mercredi. Mais le mouvement, étendu à la ville d’Aktau, bordant la mer Caspienne, a atteint ce mercredi Almaty.

Des véhicules anti-émeutes de la police y ont été saisis par les manifestants à Almaty, ainsi que des armes des forces de l’ordre.

Autre démonstration de force, 5000 manifestants ont envahi le principal bâtiment de l’administration de la capitale économique, malgré la forte répression, à coup de grenades assourdissantes et gaz lacrymogènes. Tokaïev a appelé en réaction à « ne [répondre] aux appels à prendre d’assaut les bâtiments officiels » qu’il pointe comme « crime pour lequel [la population sera punie] ». Plus de 200 personnes ont été arrêtées selon les informations officielles.

Le mouvement se poursuit aussi à l’Est du Kazakhstan comme dans la ville de Semey, ou à Aktobe à l’Ouest, où des manifestants sont entrés dans le siège local de gouvernement.

Netblockers, groupe spécialisé dans la surveillance web, a aussi annoncé que les données mobiles et internet avait été entièrement coupées à échelle nationale ce mercredi, ce qui « est [donc] susceptible de limiter sévèrement la couverture des manifestations antigouvernementales qui s’intensifient ».

La France, cette amie de la dictature kazakh

L’État autoritaire qu’est le Kazakhstan, tenu d’une main de fer par Nazarbaïev et Tokaïev, a toujours bénéficié du soutien sans faille des puissances impérialistes avides de ses riches ressources pétrolières mais aussi de sa position géographique stratégique. Parmi les griffes capitalistes les plus acérées autour de ce puits à profit, témoignant de leur grande amitié avec les dirigeants du régime dictatorial, se trouve la France.

L’historique des relations entre la France et son deuxième fournisseur en pétrole brut est longue. En 2009 Sarkozy signait avec le Kazakhstan la vente de 45 hélicoptères et de deux satellites français, accord aujourd’hui révélé comme lié à des affaires de corruption. Claude Guéant alors secrétaire général de l’Élysée qualifiait le pays d’« îlot de stabilité et de tolérance »… Hollande s’est lui-même déplacé au Kazakhstan en 2014 pour approfondir ses relations et sa coopération avec la France, notamment dans le nucléaire. Dans le compte-rendu de l’entretien téléphonique de Macron avec Tokaïev le 31 août dernier, publié sur le site de l’Élysée, on peut lire que Macron a profité de cet échange pour « [féliciter] le Kazakhstan qui célèbre cette année le 30ème anniversaire de son indépendance » ou encore que « la France et le Kazakhstan partagent l’ambition de renforcer leur coopération pour la sécurité internationale ainsi que pour la promotion d’une croissance économique durable. Le Président de la République et le Président Tokaïev ont convenu de renforcer encore le partenariat entre la France et le Kazakhstan, notamment dans le domaine économique ».

Le soutien de longue date aux dictatures comme le Kazakhstan, l’Arabie Saoudite ou encore les Emirats arabes unis ne sont que le visage de l’impérialisme français prêt à soutenir les responsables des crimes contre l’humanité les plus atroces pour préserver et fructifier avec eux ses intérêts. Nous affirmons notre plein soutien à la classe ouvrière et à la jeunesse kazakh qui se soulèvent aujourd’hui contre la misère croissante dont elles fait l’objet et le régime autoritaire soutenu par les puissances impérialistes qu’elle subit depuis des décennies.



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