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Racisme et violences d’Etat

Justice pour Jean-Paul

Jean-Paul, tué par la police à Aulnay : le policier a menti et ses collègues l’ont aidé à se couvrir

Quatre mois après la mort de Jean-Paul Benjamin, tué à Sevran par un membre de la BAC en mars dernier, Mediapart révèle de nombreuses incohérences dans la version du tireur, et montre que sa femme et ses collègues ont eu l’occasion d’interagir avec des éléments clés de l’enquête, avec l’accord de l’IGPN.

lundi 11 juillet

Publiée ce dimanche, une enquête de Médiapart apporte de nouveaux éléments sur la mort de Jean-Paul Benjamin, tué par la BAC d’Aulnay-sous-Bois. Lors d’une tentative d’interpellation en voiture de la part de deux agents, l’un d’eux a ouvert le feu et blessé mortellement le jeune homme de 33 ans, père de deux enfants.

Mis en examen pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner » après cinq nuits de révoltes à Sevran, le policier a vu sa thèse de « légitime défense » mise à mal par les premiers éléments de l’enquête. Mediapart, qui a eu accès aux éléments les plus récents, relève de nouvelles incohérences dans la défense du policier, notamment sur le nombre de balles tirées. Des incohérences que plusieurs de ses collègues auraient ensuite tenté de dissimuler.

« Après avoir prétexté un tir accidentel, cet agent de la BAC a déclaré avoir fait usage de son arme pour défendre sa vie et celle des passants » rappelle Mediapart à propos des premiers revirements dans la version du policier. S’il maintient malgré tout n’avoir tiré qu’une seule fois, l’IGPN constate en inspectant le chargeur de l’agent qu’il n’y manquait non pas une mais deux munitions, tandis que l’enregistrement des échanges radio au moment des faits font eux aussi état de plusieurs coups de feu.

C’est en suivant cette piste que les enquêteurs ont pu remonter à d’autres éléments troublants, remettant de nouveau en question la défense du policier et impliquant même certains de ses proches au sein de la police. Sur des images de vidéo-surveillance, on voit l’agent se baisser comme pour ramasser un petit objet au sol. Il dit ne pas s’en souvenir, et l’IGPN a la bonne idée de confier la tâche de récupérer ses vêtements et vérifier le contenu de ses poches à sa femme, qui s’avère être membre de la police scientifique... Évidemment, elle assure n’avoir retrouvé ni balles ni aucun élément qui mettrait en doute la version de son mari.

Et ce n’est pas la seule à avoir eu l’occasion d’accompagner son mari dans les jours qui ont suivi la mort de Jean-Paul. « Au fil des auditions, on découvre ainsi que non seulement les affaires du policier n’ont pas été saisies par les enquêteurs, mais qu’en l’absence de mesure judiciaire prise lors de son hospitalisation, il a pu rencontrer ses collègues, y compris son coéquipier, présent lors de l’interpellation. Autant d’occasions potentielles pour s’accorder sur une version des faits. »

De plus, les avocats de la famille du défunt, ont pu récolter plusieurs témoignages de passants et d’habitants de Sevran qui assurent tous que deux coups de feu ont été tirés. Me Arié Alimi, avocat de la compagne de Jean-Claude Benjamin, annonce qu’une plainte va être déposée pour « subornation de témoin », « obstruction à la manifestation de la vérité » et « faux et usage de faux en écriture publique ».

Bien que toute la lumière n’ait pas encore été faite sur cette affaire, il est clair que l’IGPN et l’institution policière ont laissé au tireur toute la marge nécessaire pour entraver des éléments clés de l’enquête. Des pratiques régulièrement mises à nues dans ce type d’affaire, et qui confèrent aux forces de polices une impunité totale en cas de violences. Face à cette institution qui tue impunément dans nos quartiers, seule la mobilisation peut permettre d’obtenir vérité et justice pour les victimes, comme l’ont montré les 5 jours d’émeutes qui ont suivi la mort de Jean-Paul et contraint le procureur de Bobigny à mettre en examen l’agent.



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