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Surexploitation

JO 2024 à Paris : les témoignages d’ouvriers sans-papiers exploités sur les chantiers se multiplient

Alors que les JO 2024 se rapprochent, les témoignages d’ouvriers sans-papiers engagés sur ces chantiers se multiplient, révélant l’exploitation à laquelle les soumettent les multinationales du BTP en complicité totale avec l’État français.

Natacha Lubin

25 janvier 2023

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Dans un reportage de BFMTV consacré aux travailleurs sans papiers engagés par les entreprises responsables des chantiers en cours pour les Jeux Olympiques 2024 qui auront lieu à Paris, deux ouvriers maliens évoquent leur quotidien : les salaires incomplets, les retards de paye, la pénibilité et le chantage exercé par les patrons : « Il y a des chantiers où je dois rester travailler jusqu’à 20h. Si tu dis que tu ne veux pas rester plus longtemps, ils te font du chantage : soit tu restes, soit tu prends tes affaires » raconte Moussa, ouvrier ayant travaillé sur le chantier du Village des athlètes situé au croisement des communes de Saint-Ouen, Saint-Denis et L’Île-Saint-Denis.

Ces témoignages de travailleurs sans-papiers se multiplient depuis plusieurs mois. Début décembre, le journal Le Monde publiait un long article où étaient interviewés des ouvriers sans-papiers du chantier du Village des athlètes. Déjà, les travailleurs sans-papiers rapportaient les terribles conditions de salaires et de travail auxquelles ils étaient soumis par les sous-traitants des multinationales du BTP qui exploitent les chantiers, avec des payes à « 80 euros la journée, qu’il[s] termine[nt] à 17 heures ou à 21 heures ». La CGT avait alors alerté sur les conditions de travail et de salaires de ces travailleurs sans-papiers.

Ces témoignages visibilisent une situation qui n’a rien d’exceptionnelle mais fait système en France. En effet, si les multinationales du BTP cherchent à faire croire qu’elles ne sont au courant de rien, en France, les travailleurs immigrés sont surreprésentés dans différents emplois du BTP et représentent notamment 27% des ouvriers non qualifiés du BTP et 24% des ouvriers qualifiés du gros œuvre du bâtiment selon la Dares, qui résume : « Plus les conditions de travail sont difficiles et plus la tension de recrutement est élevée, plus forte et la probabilité que l’emploi soit occupé par un immigré ».

Le BTP est un secteur enregistrant un nombre important d’accidents du travail, « avec 56 accidents du travail pour 1000 salariés, alors que la moyenne est estimée à 34”. Ces accidents peuvent aussi être mortels : selon un dénombrement mené en 2022 par Matthieu Lépine, professeur et administrateur du compte Twitter « Accident du travail : silence des ouvriers meurent », au moins 339 personnes sont mortes à la suite d’un accident de travail, dont au moins 78 artisans et/ou ouvriers du BTP.

Au début du mois de décembre 2022, le Ministère du Travail a annoncé répertorier 87 accidents dont 11 graves survenus sur les chantiers menés pour les JO, des chiffres qui, très probablement, n’incluent pas les travailleurs sans-papiers et donc non déclarés. Ces projets de construction détériore des conditions de travail déjà difficiles des travailleurs, avec en plus une pression à la rapidité afin de livrer à temps ces ouvrages.

L’État français et les multinationales du bâtiment responsables de l’exploitation des travailleurs sans-papiers

Ce chantier du Village des athlètes a été distribué par SOLIDEO, l’organisme public qui s’occupe de la répartition des chantiers, à Vinci, géant du BTP. Si Vinci feint ne pas savoir que des ouvriers sans-papiers travaillent sur ses chantiers, la multinationale est déjà connu pour avoir exploité des travailleurs sans papiers dans des conditions terribles [lors des chantiers pour la coupe du Monde au Qatar-> pour lesquels la multinationale avait empoché un juteux contrat de 1,5 milliards d’euros. Vinci avait été attaqué pour « travail forcé » envers des travailleurs népalais et indiens. Rebelote avec les JO 2024, où Vinci s’est encore taillé la part du lion avec les plus gros chantiers sur lesquels l’entreprise continue d’exploiter, via ses sous-traitants, de nombreux travailleurs sans-papiers à l’image de Moussa.

De son côté, l’État français est largement complice de cette exploitation que le patronat du BTP fait subir aux travailleurs sans-papiers avec la politique extrêmement répressive qu’il mène contre les migrants. Une politique migratoire qui fait la chasse aux sans-papiers et durcit toujours plus les conditions de régularisations des migrants les mettant dans des situations de précarité importante, risquant de se faire expulser à tout moment. Une telle politique est ainsi fonctionnelle aux intérêts des grandes entreprises du BTP : vivant des situations extrêmement précaires les travailleurs immigrés sont ainsi poussés vers les emplois les plus difficiles et pénibles et le patronat peut alors les soumettre à des conditions de travail et de salaires toujours plus dégradées.

Avec la loi immigration, le gouvernement bien décidé à intensifier l’exploitation des travailleurs sans-papiers

La situation de ces travailleurs sans-papiers exploités risque d’ailleurs de s’aggraver avec le projet de loi immigration porté par le gouvernement et Gérald Darmanin. En effet, ce projet de loi prévoit tout un arsenal de dispositions pour faciliter l’exécution des expulsions des migrants du territoire français et intensifier la chasse aux immigrés. Le projet de loi qui doit passer à l’assemblée nationale dans quelques semaines prévoit également l’instauration d’un titre de séjour « métiers en tension » dont font partie les métiers du BTP où travail massivement les sans-papiers. Loin de faciliter la régularisation de ces travailleurs ce titre de séjour va en réalité soumettre davantage la situation des travailleurs migrants aux intérêts du patronat des secteurs « en tension » qui pourra maintenir les conditions de travail et de salaires à un niveau extrêmement bas. De plus ce titre de séjour pourra être caduque dès que le métier ne sera plus considéré comme « en tension ».

Face à un système condamnant les travailleurs sans-papiers à être une main-d’oeuvre surexploitable et à la merci du patronat, le mouvement ouvrier, dans sa bataille contre la réforme des retraites, en plus du retrait de la réforme et d’un retour de l’âge légal à 60 ans et 55 ans pour les métiers les plus pénibles, devrait également revendiquer la régularisation de toutes les personnes sans-papiers et se battre dès maintenant contre la future loi immigration présentée en avril à l’Assemblée nationale, qui est une véritable offensive xénophobe et sécuritaire.


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