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Iran. Les manifestations se multiplient face à un régime de plus en plus fragilisé

Parties du meurtre de la jeune Mahsa Amini par la police des moeurs, les importantes manifestations en Iran se sont poursuivies ces derniers jours. Fébrile, le régime a pour l’instant comme seule réponse une violente répression face à une contestation qui ne faiblit pas.

lundi 26 septembre

Crédits photo : Anadolu Agency

En Iran, les manifestations entamées il y a dix jours suite au meurtre de la Mahsa (Jhina) Amini ont continué ce week-end, et ont à nouveau subi une répression féroce de la part du régime.

Parties du nord du pays en début de semaine dernière, la contestation a rapidement touché la capitale et l’ensemble du pays, tandis que plus de 80 villes iraniennes connaissaient des manifestations. Au cours des derniers jours, il semblerait que les manifestations se soient poursuivies sur de larges pans du territoire iranien.

Ainsi, des sources diverses, émanant de l’Etat, d’ONG et d’organes de presses font état de manifestations, entres autres, dans les provinces de Mazandaran et Guilan au nord du pays, à Quom à 150 km au sud de Téhéran, et à Karaj, à 40 km à l’ouest de Téhéran. Parties le 14 septembre du Kurdistan iranien, région opprimée du nord-ouest du pays où a été tuée Mahsa Amini (Jhina de son prénom kurde), les manifestations se sont étendues au reste du pays au cours de la semaine, et persistent désormais aux quatre coins du territoire.

Comme depuis le début du mouvement, le régime a répondu à la contestation par une répression intense. Alors que vendredi 23 septembre, l’ONG Iran Human Rights estimaient à 50 le nombre de manifestants tués par les forces de police, le bilan humain serait désormais de 57 victimes, selon la même la même ONG. On compte également un nombre considérable d’arrestations : dans la seule province de Guilan 739 personnes aurait été arrêtées, d’après les déclarations du chef de la police de la province, quand 450 « émeutiers » aurait connu le même sort dans la province de Mazandaran, annonce cet lundi le procureur général.

Face à une vaste mobilisation, qui remet en cause le régime théocratique dans ses fondements tout en rejetant un régime impopulaire responsables des difficultés économiques de la population, les femmes sont particulièrement prises pour cible. Ces derniers jours plusieurs images de jeunes manifestes arrêtées voire exécutées après des affrontements avec la police ont circulé.

C’est notamment le cas de Hadis Najafi, une jeune femme de 20 ans manifestant à Karaj. Le 25 septembre, une vidéo la montrant en train de s’attacher les cheveux avant de s’affronter aux forces de répression est devenue virale sur les réseaux sociaux. Plus tard dans la soirée, elle a été retrouvée morte, frappée de six balles dans le corps par les forces anti-émeutes, selon l’association Human Right Activists News Agency (HRANA), recensant les victimes. Un meurtre qui illustre une fois de plus la brutalité du régime iranien et le choix de la répression violente face à une mobilisation qui prend de l’ampleur.

Depuis le début du mouvement en effet, le gouvernement de Raïssi a choisi de réprimer la mobilisation. Il a ainsi faut usage en premier lieu de la censure cherchant à éviter que les vidéos ne circulent dans le pays ou à l’international. Le régime est en effet en mesure de couper rapidement l’accès à internet ; aussi le principal opérateur de téléphonie mobile du pays, Iran Mobile Communication, a ainsi privé près de 75 % de la population d’accès à Internet, touchant selon la BBC plus de 60 millions d’Iraniens (sur une population avoisinant les 85 millions). Dans le même sens, le régime s’attèle à museler la presse : ce samedi une journaliste a ainsi été emprisonnée pour avoir communiqué sur la mort de Jîna Amini, selon Rojinfo.

L’option répressive privilégiée par l’Etat Iranien, dans la continuité de son action lors des importantes révoltes de 2018 et 2019 pour le pouvoir d’achat, a été confirmée dans les déclarations de figures clés du régime. Ainsi le chef du pouvoir judiciaire a déclaré ce dimanche qu’il ne ferait preuve d’« aucune indulgence  ».

De même, la grande prière de vendredi dernier a été l’occasion pour le pouvoir de mobiliser ses troupes. Alors que des contre-manifestations étaient organisées pour affirmer le soutien au régime, l’imam Seyed Ahmad Khatami a déclaré : « Je demande fermement au pouvoir judiciaire d’agir vite contre les émeutiers qui brutalisent les gens, qui mettent le feu aux biens publics et brûlent le Coran », à l’occasion de sa prêche à l’université de Téhéran. Aussi, l’armée a déclaré que « ces actions désespérées font partie de la stratégie diabolique de l’ennemi pour affaiblir le régime islamique  », l’institution prévient alors qu’elle « affronterait les divers complots des ennemis afin d’assurer la sécurité et la paix pour les personnes qui sont injustement agressées », rapport L’Humanité.

Malgré cette importante répression non seulement les vidéos et images de mobilisation et de répression continuent de circuler largement mais la mobilisation prend de l’ampleur et les manifestations se multiplient. La colère loin de s’éteindre est en train de fragiliser très fortement le régime iranien.

Mais pour envisager un possible renversement du régime, la classe ouvrière, la jeunesse, les femmes iraniennes ne peuvent faire confiance aux pays impérialistes et doivent s’organiser en toute indépendance. En effet ceux qui leurs adressent un hypocrite soutien sont également responsables des sanctions qui étouffent la population iranienne, en aggravant les difficultés économiques du pays, qui subit d’ores et déjà une inflation annuelle de 41,5% en juin dernier. A l’international, le mouvement ouvrier et la jeunesse doivent soutenir et se solidariser de la révolte iranienne.



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